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L'isolement chez les aînés, « un angle mort majeur » du gouvernement

Deux personnes près d'une fenêtre ouverte d'un établissement.

En raison de la pandémie, des personnes âgées se retrouvent isolées, même en période de grande chaleur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Au nom de la lutte contre le coronavirus, des résidents de centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) se retrouvent malgré eux confinés dans leur chambre, certains n’ayant pas la possibilité d’en sortir depuis deux mois. Afin d’atténuer les conséquences, physiques et mentales, chez les aînés, le ministère de la Santé a envoyé de nouvelles directives à l'attention des résidences privées pour aînés (RPA) et des CHSLD.

Ça m'a extrêmement choquée. Maude Lépine le dit deux fois plutôt qu'une.

En entrevue au 15-18, cette avocate de formation qui a troqué ses dossiers contre les habits de protection des préposés aux bénéficiaires n'a pas digéré de voir des résidents du CHSLD où elle travaille depuis maintenant cinq semaines confinés dans leur chambre à toute heure de la journée.

La seule fois qu’ils sont sortis de leur chambre en deux mois – et ça, c’est des personnes qui n’ont pas le virus – c’est pour aller prendre un bain. Leur premier bain, leur seul bain en deux mois, raconte-t-elle.

En cette période de pandémie, la chaleur accablante s'est ajoutée aux contraintes qui pèsent sur le quotidien des aînés dans les centres de soins de longue durée. Force est de constater que les directions de nombreux établissements n’étaient pas prêtes à affronter ce défi supplémentaire.

Dans le CHSLD où Maude Lépine est venue prêter main-forte, les aires communes, comme la cafétéria, et les corridors sont climatisés, « mais les résidents n’y ont pas accès [et] ne peuvent pas en bénéficier », déplore-t-elle.

Au final, les zones « fraîcheur » mentionnées par le gouvernement Legault, « il n’y en a pas, parce que [les gens] ne peuvent pas sortir de leur chambre ». Dans les CHSLD où il y a de nombreux cas d’infection, « il n’est pas question de laisser [les résidents] aller dans des zones fraîcheur pour se réunir », constate-t-elle.

Et pour ce qui est des chambres, la climatisation varie d’un résident à l’autre; certains peuvent compter sur un ventilateur sur pied pour tenter de se rafraîchir, d’autres n’ont rien de tel. La direction de l’établissement lui a assuré que des climatiseurs seraient installés incessamment.

J’essaie un peu de me battre pour qu’ils puissent sentir le soleil sur leur peau, sentir le vent sur leur visage, respirer de l’air pur, écouter le bruit des oiseaux. C’est essentiel pour la santé mentale, et encore plus en temps de canicule.

Maude Lépine

Le premier ministre François Legault a assuré en début de semaine que 97 % des CHSLD ont au moins une zone de fraîcheur. Il a toutefois reconnu que celles-ci représentaient un défi de logistique, les déplacements entre les chambres et ces zones devant se faire dans le respect des consignes de santé publique.

Mercredi, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, s'est défendue d'avoir tardé à agir dans le dossier de la climatisation des CHSLD, jugeant qu'il était fondamental d'attendre les recommandations de la santé publique.

L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a publié différents avis avant de donner son feu vert, mardi, à l'utilisation de climatiseurs mobiles et de ventilateurs sur pied dans les foyers pour aînés.

Canicule ou non, le confinement est très dur sur le moral des aînés. Tandis que le gouvernement enchaîne les annonces sur le déconfinement des campings, des centres de golf, des salons d'esthétique, énumère Maude Lépine, il n’y a rien qui se passe pour les personnes âgées.

Les personnes âgées crient beaucoup moins fort que le reste des gens […] Elles se plaignent moins, ou du moins on n’a pas les moyens de les entendre se plaindre et revendiquer leurs droits. Je pense que c’est un angle mort majeur.

Maude Lépine

Si le gouvernement Legault a à cœur la santé des aînés, il doit agir rapidement, dit-elle.

Au début du mois, Québec a assoupli certaines mesures qui avaient été adoptées pour combattre la COVID-19 dans les 1900 résidences privées pour aînés (RPA) de la province, en autorisant notamment les promenades extérieures.

En CHSLD, ces sorties nécessitent un encadrement particulier. Pour pouvoir prendre l'air, les résidents des CHSLD en confinement doivent avoir accès à un corridor de circulation, à une sortie dédiée et être en contact exclusivement avec les personnes de leur zone (membres du personnel, résidents, proches aidants), pendant leur déplacement ainsi qu’une fois rendus à l’extérieur, selon le ministère de la Santé.

Prévenir le déconditionnement

Le cri du cœur de Maude Lépine, qui compte parmi les milliers de personnes recrutées grâce à la plateforme gouvernementale Je contribue, survient alors que le ministère de la Santé a publié de nouvelles directives pour atténuer les effets du confinement chez les aînés.

Québec a soumis aux directions des CHSLD, mais aussi des RPA, des ressources intermédiaires (RI) et des ressources de type familial (RTF), une série de points à surveiller pour prévenir le déconditionnement chez les personnes âgées isolées.

Ce déconditionnement peut notamment provoquer des troubles de l'équilibre, un déclin des performances cognitives ou encore une diminution des capacités cardio-respiratoires, note le ministère.

Afin d'aider les résidents à conserver une certaine autonomie, il est notamment suggéré de les encourager à effectuer leurs soins de base, tels l’hygiène et l’habillement et de les inciter à participer le plus possible aux activités domestiques si de l’aide est requise.

Des exercices de conditionnement physique sont aussi proposés, et des alternatives sont suggérées si un résident doit utiliser quotidiennement une marchette, une canne ou un déambulateur.

Le personnel soignant est invité à faire régulièrement des tournées des chambres, qu'il s'agisse d'offrir de l'eau régulièrement aux résidents, de vérifier l'état de leur sommeil ou de s'assurer qu'ils ont à leur portée des moyens de se divertir, comme des sudokus ou des casse-têtes.

Il ne faut pas oublier de s'informer de [l'état] de la personne, rappelle-t-on.

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