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Un père se meurt, sans soins, pour demeurer près des siens

Une seule personne à la fois peut se rendre au chevet d'un mourant, même lorsqu'il lui reste un seul jour à vivre.

Le reportage de Sébastien Tanguay

Photo : fournie par la famille

Les membres d'une famille de Charlesbourg demandent au gouvernement des assouplissements pour éviter à leur père malade de devoir choisir entre être soigné dans la solitude ou être souffrant et entouré des siens.

Les photos montrent une famille unie, soudée autour d’un père aimant et aimé.

Autant de souvenirs d’une période plus heureuse chez les Dumas-Gonthier.

Depuis novembre, le cancer fait partie du portrait.

Actuellement, mon père est en fin de vie, explique Audrey, la fille de Jean Dumas. On a rendu les armes dans son combat contre le cancer de l’œsophage.

Leur bataille, désormais, c’est celle de pouvoir l’accompagner jusqu’au bout.

Mon père, il est prêt à partir. Il nous demande une chose, c'est de rester avec lui, jusqu'à la fin.

Audrey Dumas-Gonthier, fille de Jean Dumas

Seul, mais soigné ou souffrant, mais entouré

Jean Dumas voulait rendre son dernier souffle à la Maison Michel-Sarrazin.

La COVID-19 et, surtout, les directives de la santé publique ont bouleversé ses plans.

Depuis le 14 avril, le gouvernement autorise, dans les unités de soins palliatifs et dans les maisons de fin de vie, la visite d’une seule personne à la fois, pour un maximum de trois personnes par période de 24 heures.

Des voitures devant une maison pour personne en fin de vie à Québec.

La Maison Michel-Sarazin, à Québec

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Pour la famille Dumas-Gonthier, un choix déchirant s’impose : qui, entre le fils, la fille ou la femme, sera au chevet de Jean lorsqu’il rendra l’âme?

Nous, ce qu'on veut, c'est qu'il n'ait pas à choisir entre recevoir des soins et être avec sa famille, parce que j'ai peur qu'il choisisse d'être avec sa famille. Moi, je veux qu'il puisse recevoir le maximum de soins, pour être le mieux possible, indique Audrey Dumas-Gonthier.

La directive date d’un mois et demi… Depuis, le gouvernement a déconfiné les commerces, les transports en commun, les parcs et bientôt les campings.

Rien, toutefois, pour les maisons où les gens entrent sans espoir de retour.

Comment se fait-il qu'on puisse se faire couper les cheveux, mais qu'on ne puisse pas accompagner son père vers la mort?

Audrey Dumas-Gonthier, fille de Jean Dumas

J'ai l'impression qu'il y a tellement de gens qui ont besoin de se faire couper les cheveux, puis il y a tellement de gens qui veulent pouvoir envoyer leurs jeunes en camp de jour que c'est ce qu'on a priorisé comme décision, croit Audrey. On est peut-être pas assez nombreux à avoir un proche en fin de vie en ce moment.

Situation difficile pour les maisons de fin de vie

La directive rend la situation très compliquée à la Maison Michel-Sarrazin, qui estime qu’elle est à l’encontre de sa philosophie, qui place le patient et sa famille au cœur de la démarche.

C’est très difficile pour nos patients, pour leurs proches, pour nos employés, concède Sophie Gingras, directrice des communications de l’organisme.

Malgré tout, les mesures de santé publique y sont appliquées à la lettre.

Un cas de COVID nous forcerait à fermer toute la maison, illustre-t-elle. Nous respectons la directive, et nous nous adapterons lorsqu’une nouvelle directive sera mise en place.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on indique que les maisons de fin de vie sont invitées à faire preuve de flexibilité et d’humanisme.

La directive laisse une marge de manœuvre aux gestionnaires, souligne le MSSSQ.

Toutefois, concernant les visites, le règlement du 14 avril est sans appel : même lorsqu’il reste 24 heures à vivre à un patient, même lorsque celui-ci reçoit l’aide médicale à mourir, une seule personne à la fois est autorisée à son chevet.

C’est comme si on prévoyait une zone grise sans qu’il y ait de gris, déplore Audrey Dumas-Gonthier.

Un homme avec des lunettes regarde sa fille dans les yeux, elle lui tient le visage avec ses deux mains

Audrey et son papa

Photo : fournie par la famille Dumas-Gonthier

Changements à venir?

Les autorités se montrent sensibles aux souffrances des familles qui se retrouvent dans une situation semblable.

Je reçois des courriels de cette nature-là et ça me fend le cœur chaque fois. Je ne suis pas sûr que je tolérerais moi-même la situation, a indiqué le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, lors du point de presse quotidien de mercredi.

Est-ce qu'on a besoin de faire un autre tour de roue? Bon, moi je suis ouverte à ça avec la santé publique, certainement, affirmait aussi la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, qui privilégie toutefois les soins à domicile aussi longtemps que possible.

Aucune échéance n’est toutefois fixée.

Pourtant, le temps manque pour les Dumas-Gonthier.

Leur père, à 61 ans, vit ce qui sera sans doute son dernier printemps.

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Québec

Soins et traitements