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L’industrie du charbon espère un nouveau souffle en Alberta

Une pelle mécanique déverse du charbon dans une benne, dans une mine à ciel ouvert, le tout vu du ciel.

Une mine de charbon à ciel ouvert

Photo : iStock

Le gouvernement albertain a abrogé sa politique sur le charbon dans l’espoir d’attirer plus d’investissements dans ce secteur en déclin. L’industrie pourrait-elle renouer avec les beaux jours du siècle dernier? Les chances sont très faibles, selon des experts.

Dans le sud-ouest de la province, on s’accroche cependant à cet espoir. Dans la voix du maire de Crowsnest Pass, Blair Painter, la dernière municipalité avant la frontière avec la Colombie-Britannique, la lassitude se fait entendre.

Je vais vous dire d'emblée ce que la communauté pense de l’industrie du charbon : nous sommes une communauté de mineurs depuis la fin du XIXe siècle et nous soutenons absolument ces projets, affirme-t-il.

La promesse de l'acier

La fermeture des mines les unes après les autres a laissé la région sans moteur économique, mais, depuis quelques années, le vent semble avoir tourné.

Les maisons d'un village vu entre les arbres avec en avant-plan une route et en arrière-plan un pic de montagne.

La communauté de Crowsnest Pass est située à 230 km au sud-ouest de Calgary en Alberta.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

La promesse des gouvernements albertain et canadien d’éliminer les centrales électriques au charbon d’ici 2030 a condamné la plupart des mines thermiques. Il en reste moins d’une dizaine dans la province.

La roche noire peut toutefois être utilisée pour produire de l’acier. C’est sur cette industrie du charbon sidérurgique que compte la communauté. La réouverture de la mine à Grande Cache, dans le nord de l'Alberta, a redonné de l'espoir à cette municipalité, et la même chose pourrait se passer à Crowsnest Pass.

L’entreprise australienne Riversdale Resources propose de rouvrir une mine abandonnée appelée Grassy Mountain pour produire 93 millions de tonnes de charbon sur une période de 23 ans.

Il s’agit du projet le plus avancé de la région, mais au moins trois autres entreprises, deux australiennes et une canadienne, explorent aussi la possibilité d’ouvrir des mines pour exploiter le filon de charbon métallurgique qui dort sous l’Alberta.

Cela nous apporterait de la croissance et de la stabilité.

Blair Painter, maire de Crowsnest Pass

La pandémie a mis des bâtons dans les roues des projets de revitalisation de l’industrie, selon le président de l’Association canadienne du charbon, Robin Campbell. Elle pourra cependant lui redonner de la vigueur.

Robin Campbell en conférence de presse.

L'ancien ministre provincial Robin Campbell représente les intérêts de l'industrie du charbon (archives).

Photo : Radio-Canada

L’intégralité du charbon sidérurgique de l’Alberta est exportée en Chine et en Asie du Sud-Est pour alimenter les sidérurgies de ces pays.

Nous espérons que, quand le virus disparaîtra, les économies mondiales voudront réinvestir dans leurs infrastructures, ce qui voudra dire une demande accrue pour de l’acier, explique Robin Campbell.

Des emplois pour les ruralités

Les récents changements à la politique sur le charbon par le gouvernement albertain ont encouragé cet ancien politicien. Selon lui, ceux-ci pourraient conduire à de nouveaux investissements. L’entreprise australienne Atrum, qui mène des études exploratoires dans la région de Crowsnest Pass, a ainsi qualifié ces changements de pas en avant dans la réalisation de son projet minier.

Nous n’allons pas remplacer l’industrie pétrolière et gazière, mais nous avons le potentiel de construire des installations dans les communautés rurales de l’Alberta et d’y amener des emplois, de l’argent pour les municipalités et dans les coffres de la province, soutient M. Campbell.

Il ne se risque cependant pas à prédire combien de nouvelles mines seront ouvertes dans cinq ans.

Un retour en arrière?

L’industrie reste très réglementée, ajoute Robin Campbell. Les projets mettent des années à se mettre en branle et peuvent coûter de 750 millions à 1 milliard de dollars. Pour investir, les entreprises doivent pouvoir compter sur un retour sur leur investissement.

C'est pourquoi le directeur de l’Institut de l’énergie Trottier à Polytechnique Montréal, Normand Mousseau, ne croit pas un retour de l’industrie du charbon en Alberta.

Je ne pense pas qu’on voit une multiplication par trois ou quatre. Je ne pense pas qu'il y aurait un développement majeur des mines de charbon surtout qu’il y a des pressions fortes pour transformer la sidérurgie et la cimenterie, toutes ces industries dont les procédés produisent du carbone, pour décarboniser ces industries-là, explique-t-il.

Plan serré des épaules et de la tête de Normand Mousseau.

Le professeur de Polytechnique Montréal Normand Mousseau croit que l'élimination du charbon de la production de l'acier nuira à la reprise de l'industrie du charbon.

Photo : Radio-Canada

La technologie n’est pas encore en place pour remplacer le charbon sidérurgique dans la production de l’acier, mais il parie que, dans 15 ans, la situation sera tout autre, même en Chine.

Ce n’est pas une manière de transformer son économie. Qu’on ait des mines de charbon, oui. Mais, quand les seules alternatives aux sables bitumineux, c’est le charbon, on ne peut pas dire qu’on a compris le message en Alberta. La transition vers une économie verte est une réalité, affirme-t-il.

Même dans la région de Crowsnest Pass, le regain d’intérêt dans ce secteur ne fait pas l’unanimité. Un groupe de propriétaires terriens, le Livingstone Landowners Group, s’inquiète des effets de ces projets miniers sur les cours d’eau qui alimentent les Prairies.

Je pensais que nous avions tué l'industrie du charbon en Alberta, déplore le président du groupe, Bill Trafford.

Les actions du gouvernement provincial lui font craindre une bataille à la David contre Goliath.

L'industrie du charbon en Alberta en chiffres :

  • 8 sites miniers
  • 41 % de la production de charbon au Canada
  • 15,7 millions de dollars de redevances

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