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Le masque respiratoire P100 en voie de devenir une solution de rechange au N95

Lorsqu’il n’y a pas de masques N95 de qualité médicale, Santé Canada est d’avis que les respirateurs P100 représentent une bonne solution de rechange.

Les masques élastomères munis d’un filtre P100 seront permis d’utilisation dans les hôpitaux.

Lorsqu’il n’y a pas de masques N95 de qualité médicale, Santé Canada est d’avis que les respirateurs P100 représentent une bonne solution de rechange.

Photo : Radio-Canada

Longtemps associés au secteur de la construction, les masques à cartouches remplaçables P100 sont devenus les alliés inespérés des travailleurs de la santé dans leur combat contre la COVID-19. Même s’ils ne sont pas conçus pour un usage médical, les respirateurs P100 seront bientôt recommandés par Santé Canada comme solution de remplacement aux masques N95.

Ce changement est peut-être la bouée de sauvetage qu’attendaient certains travailleurs de la santé aux prises avec un manque de matériel de protection et particulièrement anxieux à la perspective de devoir faire face à une deuxième vague de la pandémie.

Certains n’ont cependant pas attendu que Santé Canada change son fusil d’épaule. 

Des ambulanciers paramédicaux sur la route.

Des ambulanciers paramédicaux en action.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

La COVID, c’est du jamais-vu! lance Pierre-Alexandre Bisson, chef d’équipe à la Coopérative des paramédics de l’Outaouais. Tout ce qu'on a appris au niveau de l’ambulance, il faut mettre ça de côté. On pourrait appeler ça ambulance COVID!

M. Bisson, qui travaille à la Coop depuis 2010, préfère en rire, mais la réalité de son métier est loin d’être drôle. Tout a changé, relate-t-il. Le travail a beaucoup changé, la façon d’intervenir aussi. Plus rien n’est pareil!

Ce changement, on le remarque aussi dans le matériel de protection que transportent les ambulanciers paramédicaux à chacune de leurs interventions sur le terrain. Tous les ambulanciers de la Coopérative sont désormais équipés d’un appareil de protection respiratoire (APR) — un demi-masque en élastomère muni d’un filtre P100. 

Depuis qu’ils sont arrivés, c’est vraiment apprécié des paramédics en général.

Pierre-Alexandre Bisson, Coopérative des paramédics de l’Outaouais

    Des chantiers aux ambulances

    Les masques en élastomère sont davantage associés aux travailleurs de la construction. De prime abord, on ne les penserait pas utiles dans un milieu de soins. Pourtant, lorsqu’ils sont équipés du bon filtre, ils se révèlent encore plus efficaces que les masques N95 pour protéger l’utilisateur des aérosols infectieux.

    Les filtres P100 stoppent 99,97 % des particules en suspension dans l’air contrairement aux filtres N95, qui n’en retiennent que 95 %. De plus, le masque est très hermétique, soutient Pierre-Alexandre Bisson, ajoutant qu’il adhère bien au visage.

    Certains masques peuvent faire de la buée dans les lunettes. Ça, ça veut dire qu’il y a de l’air qui s’échappe. Mais avec ceux-là, vraiment, il n’y a aucune buée. On sent qu’ils sont plus étanches, explique l’ambulancier.

    Un ambulancier est debout devant son ambulance.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    L'ambulancier Pierre Alexandre Bisson avec un masque P100 au visage.

    Photo : Radio-Canada / Raphael Tremblay

    C’est ce haut niveau de protection qui a incité la Coopérative des paramédics de l’Outaouais à se tourner vers les masques en élastomère.

    Nos paramédics sont au front quotidiennement. On se devait de trouver une pièce d’équipement qui allait les mettre en sécurité à 100 %, explique à son tour Marie-Ève Daoust, chef aux opérations et aux communications.

    On veut leur donner la meilleure pièce d’équipement qu’il soit pour qu’ils se sentent en sécurité et qu’ils n’aient pas peur de faire leur travail.

    Marie-Ève Daoust, Coopérative des paramédics de l’Outaouais

    Avec cet équipement, clame-t-elle, nos paramédics savent qu’il n’y a pas de chance qu’ils puissent ramener [la COVID-19] chez eux et [infecter] leur famille [...] Parce que je vous mentirais si je vous disais qu’il n’y a pas eu d’inquiétude.

    Une utilité éprouvée 

    À l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), un organisme qui mène des recherches pour éliminer les risques d’atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs, la réputation des demi-masques en élastomère n’est plus à faire. 

    En plus de leur étanchéité et de leur capacité de filtration, ils sont réutilisables. C’est là un autre avantage de taille, selon Geneviève Marchand, chercheuse spécialisée en microbiologie dans les bioaérosols. 

    Dans la mesure où un travailleur peut l’utiliser pendant plusieurs semaines, « tu ne tombes plus en pénurie parce que tu peux l’utiliser à plusieurs occasions », soutient la spécialiste. « Ce n’est pas comme le N95, qui est un masque jetable. »

    Le masque est d’une très bonne étanchéité; 
Les filtres P100 captent 99,97 % des particules dans l’air; 
Le masque et les filtres P100 sont réutilisables; 
Le masque et les filtres protègent celui qui le porte, pas son entourage!Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Quelques caractéristiques d'un masque en élastomère muni d'un filtre P100.

    Photo : Radio-Canada

    La pénurie de masques N95 est d’ailleurs une autre raison pour laquelle la Coopérative des paramédics de l’Outaouais a choisi d’équiper son personnel avec des masques en élastomère, même si, techniquement, ils ne sont pas conçus pour un usage médical.

    C’est une solution de rechange également retenue par d’autres corps ambulanciers au Québec, en Ontario et en Nouvelle-Écosse, et même par certains dentistes au Manitoba. Aux États-Unis, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) en recommandent l’utilisation dans les hôpitaux. 

    La décision d’utiliser ou non des instruments non médicaux comme les respirateurs P100 relève de la pratique clinique et dentaire, laquelle est du ressort des gouvernements provinciaux et territoriaux. 

    Même s’ils offrent une protection contre la COVID-19, les respirateurs P100 n’ont pas réussi à s’imposer comme solution de remplacement aux masques N95.

    Malheureusement, dans la majorité des milieux de soins, les APR sont peu utilisés et surtout très peu connus. Il y a très peu de connaissances par rapport à ça, remarque Mme Marchand.

    Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

    Santé Canada se positionne

    Même s’ils ne sont pas des instruments médicaux, les respirateurs P100 seront bientôt reconnus par Santé Canada, dans une mise à jour de ses lignes directrices publiques, comme une option de rechange aux N95.

    Santé Canada est d’avis que les respirateurs P100 représentent une bonne solution de rechange lorsqu’il n’y a pas de masques N95 de qualité médicale, car ils offrent une protection au moins équivalente.

    Santé Canada

    Au Canada, les établissements de santé qui n’ont pas accès à des respirateurs N95 de qualité médicale peuvent, s’ils le jugent approprié, acheter et utiliser des respirateurs de qualité commerciale, comme des masques N95, P95 ou P100 (ou des masques équivalents, comme KN95 ou KP95) pendant la pandémie de COVID‑19, affirme le ministère dans une note envoyée à Radio-Canada.

    Toutefois, en raison du risque que l'air non filtré sortant de la soupape d'expiration contamine le champ chirurgical, ces types de masques ne pourront pas être utilisés dans un milieu stérile.

    Reste maintenant à voir comment les masques en élastomère avec un filtre P100 vont s'inscrire dans les habitudes des travailleurs de la santé. Ce qui va être intéressant de voir, c’est si ça va perdurer dans le temps après la pandémie, juge Geneviève Marchand.

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