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Une escouade de cueilleuses à la rescousse des asperges de l'Île d'Orléans

Le reportage de Sébastien Tanguay

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Elles sont motivées, elles n’ont pas peur de se salir les mains et selon leur patronne, elles forment une « joyeuse équipe ». Voici l’escouade des cueilleuses de la ferme Jacques Coulombe et fils, une brigade de femmes qui a pris le chemin des champs à l’appel du gouvernement et qui « tente de sauver le monde, une asperge à la fois ».

Plutôt qu’attendre l’aide gouvernementale à la maison, ces femmes de tous âges et de tous horizons ont décidé de se mobiliser pour que le Québec ait des produits locaux à mettre dans son assiette.

Jessy Talbot revenait en catastrophe d’un séjour de trois ans en Océanie, brusquement interrompu par l’avancée de la COVID-19.

Une jeune fille devant un champ qui surplombe le fleuve Saint-Laurent, avec la rive sud en arrière-plan

Jessy Talbot travaillait depuis trois ans en Océanie lorsque la COVID a accéléré son rapatriement au Québec.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Mélanie Lapierre, travailleuse en restauration, était parmi les premières à subir la crise.

Nathalie Letendre, elle, avait du temps et beaucoup d’énergie : si les agriculteurs québécois avaient besoin de bras, elle répondait présente sans hésiter.

Certaines réorientent leur carrière; d’autres répondent simplement à l’appel de la terre.

Une à une, elles ont postulé à l’annonce lancée par Amélie Coulombe, copropriétaire de la ferme fondée par son grand-père.

Une femme souriante devant un champ

En voyant un groupe de femmes travailler aux champs, Nathalie Letendre avait l'impression d'être retournée « en pleine Seconde Guerre mondiale », une période de l'histoire où les femmes oeuvraient aux labours pendant que les hommes combattaient au front.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Les candidatures qui sont venues en premier, c'était toutes des femmes. Il y avait très peu d'hommes.

Amélie Coulombe, copropriétaire à la ferme Jacques Coulombe et fils

Elles sont maintenant une vingtaine à travailler aux champs, beau temps, mauvais temps.

Y’a des p’tits muscles qui se dérouillent au début, mais on s’habitue! raconte, souriante, Jessy. 

Pour toutes les personnes qui tournent en rond dans leur chez-eux, qui sont des habituées du sport, mais qui n'en font plus comme elles voudraient, venez cueillir des asperges! lance en riant Nathalie, arrivée seulement la veille à la ferme. Vous allez faire des abdos et des squats comme vous n’en avez jamais faits! C'est très, très physique comme exercice!

Une femme cueille des asperges avec, en arrière-plan, une autre femme qui en apporte une caisse dans la remorque d'un tracteur rouge

Nathalie Letendre est catégorique : la récolte des asperges remplace amplement le gym pour se muscler!

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Un labeur qui en décourage plusieurs

Tellement physique que plusieurs Québécois abandonnent les labours bien avant la récolte.

C’est d’ailleurs à contrecoeur qu’Amélie Coulombe s’est tournée vers une main-d’oeuvre québécoise pour ses champs. En 20 ans d’expérience, elle a connu quelques exceptions… mais surtout des déceptions.

Une femme souriante devant ses champs, avec des cueilleuses en arrière-plan

Amélie Coulombe se souvient qu'à son adolescence, jusqu'à six femmes pouvaient travailler dans les champs. Ce printemps, elle en accueille une vingtaine — une proportion de cinq filles pour chaque garçon dans l'équipe.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Plusieurs se font une idée préconçue de l'agriculture comme quoi c'est utopique, c'est merveilleux, c'est beau. Oui, ce l'est, sauf que c'est un travail qui est aussi très dur.

Amélie Coulombe, copropriétaire de la ferme Jacques Coulombe et fils

Amélie a souvent vu des gars bien charpentés quitter ses champs en pleine journée, sans se retourner. D’autres se découragent devant les longues heures et la chaleur. Certains s’étonnent de devoir récolter, même sous la pluie.

Une femme récolte une asperge dans un champ sous un ciel nuageux

La cueillette d'aspergest est parmi les plus exigeantes physiquement : le dos constamment courbé pour récolter, les journées sont longues et exténuantes.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

En l’absence de ses travailleurs étrangers habituels, la femme d’affaires a dû se résoudre à embaucher localement. Un choix qu’elle ne regrette nullement, maintenant qu’elle peut compter sur ses cocottes.

C'est quand même spécial, d'avoir une équipe féminine comme ça, une équipe de Québécoises qui avancent bien, qui créent une atmosphère géniale, qui sont là tous les jours, qui ne démissionnent pas spontanément, souligne la patronne. Y'a du beau qui ressort de toute cette histoire de COVID-là.

Une femme, asperge en main, regarde un tracteur passé debout au milieu d'un champ. La silhouette des Laurentides sont visibles en arrière-plan

En 20 ans sur la ferme, Amélie a très souvent vu des travailleurs quitter en plein milieu de la journée pour ne jamais revenir. Les femmes qu'elle a embauchées ce printemps sont toutes restées jusqu'à maintenant, une situation que la patronne qualifie d'exceptionnelle.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Cheffe, oui cheffe!

La complicité règne dans ces champs qui surplombent le Saint-Laurent.

Chaque demande ou directive d’Amélie soulève une réponse chorale de la brigade, tirée d’une émission culinaire bien connue…

Avez-vous assez d’eau, les filles?

Cheffe, oui cheffe!, répondent en choeur les cueilleuses.

Un tracteur se dresse au milieu d'un champ, entouré par des cueilleurs qui s'affairent à récolter et à transporter des asperges sous un ciel nuageux

Il y a cinq femmes pour chaque homme qui travaille aux champs ce printemps à la ferme Jacques Coulombe et fils, du jamais vu en trois générations.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

L’ambiance est super, souligne Mélanie. Chacune arrive avec son histoire à raconter.

Des filles, c’est solidaire, donc oui, l’atmosphère est vraiment unique, confirme Jessy. 

Différentes générations de femmes se côtoient dans l’équipe. Les plus anciennes regardent d’un oeil bienveillant les plus jeunes qui se bougent plutôt que d’attendre leur PCU.

Des éclats de rires jaillissent souvent dans les rangs. Le divertissement est facile lorsque, sécateur à la main, ces femmes récoltent en coupant à la racine des asperges dont la forme est… bien masculine.

Une main tient un sécateur contre une asperge dressée dans un champ

Les asperges se récoltent au sécateur lorsqu'elles atteignent une vingtaine de centimètres.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

C’est bon pour toi, Amélie : le reportage va attirer des p’tits gars! Ils vont savoir les filles sont où!

Entendu par Radio-Canada lors de son passage dans les champs

Leur bonne humeur fait en sorte que nous aussi, on garde le moral, ajoute la cheffe. Pis ça, c'est vraiment génial parce que ça fait longtemps qu'on n'a pas eu une équipe aussi joyeuse, un peu fofolle. L'atmosphère est toujours bonne et pas du tout tendue, même si présentement, l'atmosphère devrait être tendue parce qu'on a beaucoup de stress.

Une femme cueille des asperges, accroupie

La récolte et la vente d'asperges assurent des liquidités jusqu'au mois d'août à la ferme Jacques Coulombe.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Malgré la contribution des valeureuses cueilleuses, la récolte a trop tardé en raison de l’incertitude provoquée par la COVID-19. Amélie, qui compte sur la vente de ses asperges pour assurer ses liquidités jusqu’au mois d’août, ne parviendra pas à toutes les cueillir.

Un champ d’honneur

La conviction d’avoir assemblé une équipe exceptionnelle fait apparaître une éclaircie dans les nuages qui bouchent encore l’horizon de la saison.

Elles veulent vraiment bien travailler, elles veulent bien faire, se réjouit Amélie. Elles sont désintéressées financièrement pour la plupart, la majorité ne m’a même pas demandé combien on payait quand elles ont postulé pour le poste.

Une jeune fille devant un champ

Mélanie Lapierre dit avec humour qu'elle et les autres filles «tentent de sauver le monde, une asperge à la fois.»

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

La première impression que j’avais à mon arrivée, c’était d’être en pleine Seconde Guerre mondiale, quand c’était les femmes qui contribuaient aux champs, se rappelle Nathalie.

Nous essayons de sauver le monde, une asperge à la fois, rigole humblement Mélanie, avant de rependre le chemin des champs pour rescaper peut-être pas le monde, mais l'été de la ferme Coulombe.

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