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Des infirmières manifestent pour obtenir leurs vacances d'été

Les infirmières ne sont pas certaines de pouvoir prendre leurs vacances en raison de la suspension de plusieurs éléments de leur convention collective par le gouvernement Legault.

Du personnel infirmier est couché sur le trottoir de manière symbolique lors d'une manifestation devant un établissement, en plein jour.

Au premier plan, Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, participe à une manifestation devant le CHSLD Notre-Dame-de-la Merci, à Montréal, le 27 mai 2020.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

« Rien ne justifie actuellement […] de ne pas appliquer et de ne pas respecter le contrat de travail des professionnels en soins. » C'est ce qu'a affirmé Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) mercredi, alors que des infirmières manifestaient partout au Québec pour obtenir de meilleures conditions de travail.

En entrevue à Midi info, Nancy Bédard a qualifié d'opportunisme la manière dont le gouvernement de François Legault se comporte vis-à-vis des professionnels en soins.

La présidente de la FIQ en a contre les arrêtés ministériels successifs auxquels recourt le gouvernement du Québec.

Une manière de faire qui n'a rien de mobilisateur, selon elle, et qui n'ajoute rien de positif pour les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes qui combattent la COVID-19 depuis deux mois et demi.

Ces arrêtés-là bafouent les droits des professionnels en soins, a ajouté Mme Bédard.

Mercredi, des syndicats affiliés à la FIQ ont tenu des rassemblements sous le thème Mortes de fatigue à Montréal, à Terrebonne, à Longueuil, à Québec et à Trois-Rivières, notamment.

Les syndiqués ont voulu exprimer leur ras-le-bol face à leurs conditions de travail et plus particulièrement face à l’incertitude entourant l’octroi de leurs vacances d'été.

La semaine dernière, des dizaines d’infirmières avaient manifesté devant les bureaux du premier ministre pour dénoncer la suspension prolongée de plusieurs éléments de leur contrat de travail, dont le droit aux vacances.

En point de presse, M. Legault n’avait pas caché son mécontentement, affirmant qu'il aurait préféré discuter plutôt que d'avoir des manifestations devant son bureau.

Lieux des manifestations :

  • CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, à Montréal
  • Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal
  • Hôpital Notre-Dame, à Montréal
  • Hôpital général juif, à Montréal
  • Hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne
  • Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil
  • Hôtel Le Concorde (centre désigné pour les patients COVID-19), à Québec
  • Siège social du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux, à Trois-Rivières

« On a besoin de toutes nos vacances »

La suspension de certaines sections des conventions collectives du personnel de la santé, dont celles qui touchent l'octroi des vacances, a été décrétée par le gouvernement Legault dans le cadre de la lutte contre la COVID-19.

Kathleen Bertrand, qui préside le Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l'Île-de-Montréal, fait écho aux propos de Nancy Bédard en affirmant qu'il est extrêmement difficile pour les infirmières de se faire imposer arrêté sur arrêté ministériel. Et ce, alors qu’elles travaillent à un rythme infernal depuis le début de la pandémie.

Il faut démontrer à notre employeur, mais aussi au gouvernement, qu’on a besoin de toutes nos vacances, des vacances qui étaient planifiées, à l’horaire, pour la période estivale, mais également pour signifier qu’on a besoin de congé.

Kathleen Bertrand, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l’Île-de-Montréal

Mme Bertrand compare cette façon de gouverner à la méthode du bâton et de la carotte : Je te donne un petit nanane et si tu ne fais pas ce que je te dis, tu vas avoir un coup de bâton.

On nous fait miroiter des primes ou des montants forfaitaires qui ne seront appliqués qu’à une infime partie des membres, et de l’autre côté, on s’assure, du côté de la gestion, de nous forcer à être présents au travail avec les arrêtés ministériels, dénonce-t-elle.

Si ce rythme de travail continue, ce qu’on risque de voir arriver, c’est de plus en plus d’épuisement professionnel, de plus en plus d’arrêts de travail […]. Il se pourrait aussi qu’il y ait plus de gens qui décident de quitter la profession ou qui décident de quitter le milieu de la santé.

Kathleen Bertrand, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l’Île-de-Montréal

Kathleen Bertrand dit recevoir deux à trois démissions par semaine.

Les journées sont longues, sont éreintantes, autant physiquement que psychologiquement, et on en demande toujours plus.

Devant un établissement, une femme portant un masque de protection est debout avec une pancarte sur laquelle il est écrit : « Nos vacances sont le juste retour de nos efforts ».

Des membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-FIQ manifestent devant le CHSLD Notre-Dame-de-la Merci à Montréal le 27 mai 2020.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les gestionnaires manqueraient de temps

Selon Mme Bertrand, les gestionnaires du réseau se refusent à justifier pourquoi ils annuleront des vacances qui avaient pourtant été accordées aux syndiqués, plus tôt ce printemps.

On n’a aucune donnée, aucune explication sur leur analyse factuelle. Ce qu’on nous dit, c’est : "On ne sait pas de quoi sera fait l’avenir et on ne voudrait pas se retrouver avec des problématiques de personnel", rapporte-t-elle.

On comprend qu’ils ne veulent pas se retrouver avec des problématiques de personnel, mais entre des problématiques qui sont réelles et ce qu’ils pensent, il peut y avoir une marge, poursuit la cheffe syndicale.

Les syndicats du milieu de la santé ont soumis plusieurs propositions pour trouver des voies de passage, assure Mme Bertrand. Mais ils se feraient dire par les gestionnaires que le temps manque pour les mettre en œuvre.

On nous écoute, mais est-ce qu’on prend vraiment en compte ce qu’on dit? On en doute énormément, et on ne voit pas de réelle volonté d’amoindrir la situation en lien avec les vacances.

Kathleen Bertrand, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l’Île-de-Montréal

Selon Mme Bertrand, il y a maintenant suffisamment de personnel en place pour que ceux et celles qui s'étaient vu accorder leurs vacances puissent bel et bien les prendre.

On ne peut pas accepter ça

Une femme portant un masque de protection marche dans la rue.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, explique que les offres globales récentes du gouvernement de François Legautl sont inacceptables pour les syndiqués qu'elle représente.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mardi, le Conseil du Trésor a présenté des offres salariales aux employés de l’État québécois, soit 5 % d'augmentation sur trois ans.

Des offres que la FIQ a rejetées sur-le-champ.

Bien sûr qu’on ne peut pas accepter ça, parce qu’il n’y a rien pour nous et on n’a rien négocié encore, a expliqué Nancy Bédard à Midi info.

La FIQ se dit prête à négocier avec le gouvernement.

Il faut traiter de la surcharge de travail, de l’attraction et de la rétention [de personnel], de la rémunération […]. Il en va de l’avenir du réseau et de notre capacité à soigner la population au Québec.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Mme Bédard croit que le personnel du réseau de la santé a le soutien de la population. Même si le premier ministre, dit-elle en substance, a tous les jours l'occasion de faire valoir son point de vue lors du point de presse télévisé.

La population reconnaît que le temps supplémentaire obligatoire, ça a assez duré […], dit Nancy Bédard.

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