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CHSLD : zones chaudes, masques et pénurie de personnel dans le rapport de l'armée

Une militaire avec un masque.

Les Forces armées canadiennes ont déployé plus de 1300 militaires au Québec, notammment dans 25 CHSLD.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le rapport des Forces armées canadiennes (FAC) sur la situation constatée par les soldats déployés en renfort dans des CHSLD du Québec en raison de la COVID-19 a été publié mercredi avant-midi. Le document fait état de problèmes déjà soulignés depuis le début de la crise, soit une difficulté dans la gestion des zones de contamination, des problèmes dans l'utilisation des équipements de protection, ainsi qu'un manque de personnel.

Au total, 1350 militaires ont été déployés au Québec dans le cadre de l'Opération Laser, dont 1050 oeuvrent directement dans 25 CHSLD québécois. Le document publié mercredi compte autant d'analyses de cas distinctes qu'il y a d'endroits où les FAC ont été dépêchés.

Dans le rapport d'une soixantaine de pages, les Forces armées évoquent ainsi des défis [...] qui varient selon une panoplie de facteurs propres à chaque CHSLD, mais les trois problèmes centraux qui y sont identifiés sont décrits comme étant « récurrents ».

L'armée mentionne d'abord que le contrôle des éclosions nécessite l'instauration et la surveillance efficace des zones froides, tièdes et chaudes, et que cela exige l'utilisation de mesures de protection individuelles et collectives.

Or, pour ce qui est de ces mesures de protection, et de l'utilisation des équipements de protection individuelle (EPI), le rapport souligne que dans plusieurs centres, la discipline en matière d'application des meilleures pratiques touchant l'utilisation de l'EPI devait être priorisée.

L'important roulement de personnel, y compris le recours à des employés ne connaissant pas les centres où ils devaient travailler, a exacerbé ce besoin d'appliquer une stricte discipline en matière de protection personnelle, soulignent encore les Forces armées canadiennes.

Celles-ci indiquent encore que si le manque de personnel dans les CHSLD est l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement du Québec a été forcé de demander de l'assistance, notamment parce que de nombreux employés ont été contaminés par la COVID-19, les employés touchés revenaient généralement au travail après trois à six semaines d'absence.

Manque de personnel, manque d'hygiène

À de nombreuses reprises, le rapport des FAC souligne que le manque de préposées aux bénéficiaires dans les différents CHSLD a eu une incidence directe sur l'hygiène des résidents.

Il est aussi fait mention, selon les établissements, d'un « non-respect des zones et des normes du port de l'EPI » à l'arrivée des militaires, avant que des améliorations ne soient observées par la suite. Des problèmes d'approvisionnement des équipements de protection sont également soulignés dans le document.

Au Centre de soins prolongés Grace Dart, dans l'est de Montréal, il est notamment question d'une deuxième vague de contamination par la COVID-19 parmi les résidents. En date du 16 mai, l'armée estimait que la maladie avait emporté 64 résidents sur une capacité de 230 lits, en plus de contaminer 40 % des autres personnes logeant dans le centre, ainsi qu'environ 49 % des employés.

La mauvaise discipline en matière de port de l'EPI, de respect des zones et des consignes de sécurité pour le port des équipements de protection personnelle serait en cause, écrivent les FAC.

C'est également à ce CHSLD qu'une préposée aux bénéficiaires a été contaminée par le coronavirus, avant de mourir de la maladie à la mi-avril.

Toujours dans la région de Montréal, le rapport évoque le cas du CHSLD Vigi Mont-Royal, où le taux de contamination des résidents est passé de 84 %, à l'arrivée des militaires, à environ 100 %, en date de rédaction du document.

Le rapport précise que certains employés ne respectent toujours pas les mesures de protection. Pire encore, le gestionnaire dépêché pour gérer la crise a lui aussi été affecté par la COVID-19, ce qui a ébranlé l'organisation déjà fragilisée, écrivent les FAC.

Ces dernières mentionnent par ailleurs avoir constaté la « disparition » d'équipement de protection, et l'absence d'un système de contrôle des EPI à l'arrivée des militaires sur place.

L'armée rapporte également qu'une livraison de narcotiques semble avoir disparu et l'approvisionnement au sein des unités de soins est difficile.

Un déploiement « nécessaire »

Lors de son point de presse quotidien, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a affirmé que le contenu du rapport sur la mission militaire dans les CHSLD québécois prouvait que les éléments « troublants » que l'on y trouve confirment l'aspect « nécessaire » du déploiement des FAC.

M. Trudeau, qui a reçu le rapport québécois mardi soir, en discutera prochainement avec le premier ministre du Québec, François Legault. Il fera de même avec Doug Ford, le premier ministre ontarien, à la suite de la publication, mardi, d'un premier rapport sur la situation dans des centres de soins de longue durée de cette province.

On y évoque que des résidents avaient été abandonnés sur des matelas à même le sol ou longtemps abandonnés dans des couches souillées sans que personne n'intervienne ou ne réponde à leur appel à l'aide.

La présence de coquerelles et de nourriture avariée dans certains des cinq établissements où ont été déployés des militaires dans le cadre de l'Opération Laser était aussi mentionnée.

Le rapport dénonçait également un mépris flagrant pour les mesures de prévention et de contrôle des infections, et une culture de peur entourant l’utilisation de matériel de protection individuelle.

Plusieurs années de négligence

Au cours de sa propre conférence de presse quotidienne, mercredi, François Legault a indiqué que s'il n'avait pas vraiment appris de nouvelles informations dans le rapport des FAC, l'état de la situation dans le réseau des CHSLD représente un jugement porté sur plusieurs années où on a négligé [ces centres de soins].

Depuis 5 ans, 10 ans, il nous manque 10 000 personnes dans les CHSLD... ça, c'est gênant, a poursuivi le premier ministre, en réponse à une question à savoir s'il était embêtant de devoir compter sur les militaires pour faire fonctionner des centres de soins de longue durée.

On aurait dû [combler le manque de main-d'oeuvre] bien avant, a martelé le chef du gouvernement, qui a mis de l'avant son bilan dans ce dossier.

M. Legault a aussi pris l'ancien gouvernement libéral à partie, notamment pour ses coupes dans les rangs des gestionnaires en santé. C'est vrai qu'il y avait peut-être trop de bureaucratie, et il était normal d'en enlever une partie, mais on est peut-être allés trop fort... Moi je pense que dans chaque établissement, il devrait y avoir un patron ou une patronne. On ne peut pas avoir un gestionnaire qui s'occupe de trois établissements, a-t-il indiqué.

Le premier ministre a indiqué que son gouvernement allait s'attaquer à ce problème au cours des prochains mois.

M. Legault a d'ailleurs fait savoir qu'il avait demandé à son homologue fédéral de prolonger la mission des militaires dans les CHSLD jusqu'au 15 septembre. Mais un peu plus tard, mercredi, le ministre fédéral de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a assuré que ce n'était pas possible dans les conditions actuelles.

Nous ne serons pas en mesure [d'assurer une présence jusqu'en septembre] parce que nous n’avons pas les effectifs suffisants, a-t-il déclaré. Faire travailler les militaires sept jours sur sept, avec des quarts de travail de 12 heures par jour n'est pas une solution viable, a-t-il ajouté.

Les enfants pauvres du système

Pour David Levine, ex-président directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal et ancien ministre délégué à la Santé dans le gouvernement Landry, le rapport des FAC ne contient rien de véritablement nouveau en ce qui concerne la situation dans les CHSLD.

Je pense que c'est une vision très claire, très factuelle, a-t-il indiqué, en entrevue à l'émission Midi Info, sur les ondes d'ICI Première.

L'une des observations les plus marquantes contenues dans le rapport, a mentionné M. Levine, est cette obligation, pour les CHSLD – des milieux de vie –, de se convertir en centres de soins aigus, c'est-à-dire des hôpitaux, dans le contexte de la pandémie.

La main-d'oeuvre n'était pas prête pour ça, a poursuivi M. Levine, qui soutient que la question des différentes zones conçues pour éviter les contaminations relève aussi de la pratique en hôpital, plutôt qu'en CHSLD.

Au cours du point de presse gouvernemental, mercredi en début d'après-midi, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a d'ailleurs elle aussi reconnu que « les milieux de vie étaient devenus des milieux de soins ».

L'armée a aussi souligné la grande organisation, la disponibilité du matériel..., a encore dit l'ancien ministre délégué.

Si, précise-t-il, le rapport des FAC sur les CHSLD québécois n'a pas révélé une situation aussi terrible qu'en Ontario, le document démontre une attitude envers les personnes âgées qui est digne pour le Québec.

Le problème, a ajouté M. Levine, date d'avant la pandémie, avec un manque de rénovations dans les CHSLD, notamment en ce qui concerne l'installation d'équipements de climatisation.

On n'a pas pris soin de nos centres de soins de longue durée, qui étaient les enfants pauvres de notre système de santé.

David Levine, ex-PDG de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal

Embaucher le personnel nécessaire, surtout en raison de la lourdeur des cas à gérer, coûte cher, a poursuivi M. Levine. Et si l'argent n'est pas au rendez-vous, on n'y arrive pas.

M. Levine souhaite ainsi que le gouvernement du Québec effectue les investissements nécessaires pour corriger la situation. Et il ne faut pas uniquement investir dans les soins de courte durée, c'est-à-dire dans les hôpitaux, martèle-t-il.

Quand j'étais PDG de l'Agence, entre 2002 et 2012, on a mis 10 milliards dans nos hôpitaux, et on n'a rien mis, à part des rénovations pour des toits qui coulent, dans nos CHSLD.

David Levine

Vous savez, il y a de la politique, dans la santé, a rappelé M. Levine, avant de parler du « lobbying des médecins spécialistes », ainsi que de la préférence de s'occuper de quelqu'un de 35 ans qui pourra guérir, plutôt que de quelqu'un de 85 ans qui est en fin de vie.

Des observations spécifiques

Les deux rapports des FAC ne constituent pas un aperçu de la situation globale dans les CHSLD du Québec et de l'Ontario, mais bien un aperçu de ce qu'ils ont vu dans le cadre de leur mission, limitée à quelques établissements.

C’est dans ce contexte que le personnel des FAC [...] documente et signale toute situation pouvant être préjudiciable aux résidents de ces établissements, à leurs employés et à la mission, ont expliqué les FAC, mardi.

L'objectif poursuivi est de fournir une connaissance constructive de la situation à la chaîne de commandement et de signaler tout problème éventuel susceptible d’entraver le succès de la mission ou, plus important encore, de porter préjudice à ceux que nous servons.

Au Québec, 2497 des 4139 décès attribuables à la COVID-19 sont survenus dans des CHSLD, ce qui représente 60 % du total des morts dans la province, selon les derniers chiffres officiels publiés mardi.

Les médias québécois ont d'ailleurs mis au jour diverses histoires d'horreur qui se sont produites dans des CHSLD depuis le début de la crise. Celles concernant le CHSLD Herron, à Dorval, ont notamment ému l'opinion publique.

Devant cette situation tragique, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a d'ailleurs annoncé l'ouverture d’une enquête sur ce qui s'est passé dans certains CHSLD et foyers pour aînés.

Selon elle, le nombre élevé de décès et la multiplication des foyers de contagion dans ces établissements dressent un constat alarmant sur leur capacité à assurer la sécurité et le bien-être des personnes âgées qui y vivent.

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