•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’ex-maire de Chambly Denis Lavoie cité en déontologie municipale

Denis Lavoie à l'hôtel de ville.

L'ancien maire de Chambly, Denis Lavoie, fait l'objet de 45 manquements au Code d’éthique et de déontologie des élus de la Ville de Chambly.

Photo : Radio-Canada

L'ancien maire de la Ville de Chambly Denis Lavoie est cité en déontologie municipale par la Commission municipale du Québec, qui lui reproche des dizaines de manquements, dont celui d'avoir orchestré la destruction de la maison patrimoniale Boileau le jour même de la diffusion à Radio-Canada d’un reportage de l'émission Enquête concernant le climat de terreur qu'il faisait régner dans sa municipalité.

Le reportage d’Enquête levait le voile sur des pratiques peu orthodoxes que l’ex-maire Denis Lavoie utilisait pour gouverner la municipalité : menaces, poursuites, congédiements, abus d'autorité, etc. Pour la première fois, des témoins ont pris la parole pour dénoncer l'intimidation et le climat toxique à l'hôtel de ville, dont ils disent avoir été victimes.

Dans son rapport de huit pages, la Commission municipale du Québec (CMQ) recense 45 manquements au règlement sur le Code d’éthique et de déontologie des élus de la Ville de Chambly.

Les renseignements en possession de la Direction du contentieux et des enquêtes (DCE) sont susceptibles de démontrer que M. Denis Lavoie a commis plusieurs manquements aux règles prévues, peut-on lire dans le document.

Voici quelques-unes des récriminations de la Commission :

  • Utilisation à des fins personnelles de sa charge de maire auprès des autres élus du conseil municipal, de la direction générale de la Ville, du service des communications, du service de l’urbanisme, du service des loisirs, du service des travaux publics, du service des ressources humaines, etc.;
  • Abus de confiance pour utilisation des ressources matérielles de la Ville à des fins personnelles, comme la voiture de la municipalité pour lui et sa conjointe et la carte de crédit de la Ville;
  • Abus de confiance dans des litiges juridiques personnels aux frais de la Ville;
  • Tentative d’influencer des employés et des élus de la Ville afin qu’ils ne collaborent pas à l’enquête de la DCE ou qu’ils posent des gestes pour y nuire;
  • Traitement de faveur pour l’embauche de membres de sa famille à la Ville;
  • Ingérence abusive dans la gestion de dossiers disciplinaires d’employés;
  • Renvoi de personnel pour des motifs personnels et partisans;
  • Utilisation de ressources financières de la Ville à des fins personnelles en faisant assumer par les fonds publics des mises en demeure et poursuites judiciaires.

Danielle Pilette, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM, constate que le politicien avait mainmise sur tout à l’hôtel de ville de Chambly.

Ce maire essayait de tout contrôler et partout à son bénéfice personnel, au bénéfice de sa conjointe, au bénéfice de sa famille en obtenant des postes à la ville pour sa famille aussi. C’est vraiment l’appropriation de tous les pouvoirs municipaux, des conflits avec tous les services, c’est ce que la situation démontre, analyse-t-elle.

Pour la professeure Pilette, Denis Lavoie se comportait comme un despote. C’est un genre de Roi-Soleil qui s’est installé à Chambly et qui pensait pouvoir faire taire tout le monde. C’est un mode de fonctionnement tout à fait systématique pendant les cinq années qui ont été examinées par la Commission municipale, note-t-elle.

La Maison Boileau

Une pelle mécanique procède la la destruction du bâtiment.

La Maison Boileau a été le 22 novembre 2018 au petit matin.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

À propos de la Maison Boileau, la commission lui reproche d'avoir utilisé son poste de maire à des fins personnelles en orchestrant la destruction de la maison Boileau afin de créer une diversion médiatique au reportage de l'émission Enquête de Radio-Canada le concernant.

Cette maison ancienne, construite en 1819, était celle du patriote René Boileau. Elle a été détruite le 22 novembre 2018, au petit matin, alors que le reportage de Radio-Canada sur la contestation de sa gouvernance était diffusé en soirée.

La présidente du Mouvement citoyen de Chambly, Louise Chevrier, s'est battue pendant des années pour sauver le bâtiment.

C’est horrible de penser qu’un maire a utilisé un bien patrimonial pour détourner l’attention, pour peut-être se venger, enfin, peu importe, mais disons que le motif était loin d’être noble. Cela confirme également que tout ce qu’on disait au sujet de la maison Boileau – elle était en perdition, impossible à restaurer – c’était faux, déclare-t-elle.

La perte d’un bâtiment patrimonial c’est toujours irréparable. C’est irrécupérable, malheureusement.

Louise Chevrier, présidente du Mouvement citoyen de Chambly
Une femme qui porte des lunettes et un manteau noir répond aux questions d'un journaliste.

Julie Daigneault, conseillère municipale.

Photo : Radio-Canada

La conseillère municipale Julie Daigneault, qui est aussi cheffe intérimaire de Démocratie Chambly, le parti est pouvoir, abonde dans le même sens. Selon elle, cette citation en déontologie municipale constitue un premier pas, mentionnant au passage que l'enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) visant M. Lavoie se poursuit.

On a payé très cher. On a payé par notre patrimoine. Cela laisse un trou vide. Chaque fois qu’on passe devant, on s’en rappelle. Il faut se rappeler aussi des nombreuses mises en demeure qui ont été envoyées par le maire pour museler des employés, museler aussi des citoyens, dit-elle.

Elle souligne que Démocratie Chambly avait vivement dénoncé les mises en demeure de l'ancien maire. Cela représente près de 200 000 $ en frais juridiques qui ont été utilisés contre les citoyens. Ce sont des sous qui appartiennent aux citoyens. Donc, cet argent a été utilisé par Denis Lavoie et son équipe. Oui, ça laisse des traces, admet-elle.

Un hebdomadaire sous pression

Par ailleurs, l'ancien maire aurait également fait pression sur le Journal de Chambly. La Commission écrit : Entre le 18 et le 25 octobre 2017. M. Denis Lavoie, dans le cadre d’un article sur le Pôle du savoir publié en pleine campagne électorale, a exigé du Journal de Chambly que sa photo soit juxtaposée à l’article en question à la place de celle d’une pelle mécanique.

La professeure Danielle Pilette, spécialiste du monde municipal, explique qu'en s'attaquant aux médias, M. Lavoie se protégeait en évitant que des reportages contre son administration voient le jour.

Cela veut dire qu’il était conscient que s’il y avait eu une institution qui pouvait mettre en lumière ce qui se passait à Chambly, s’il y avait une institution qui présentait un danger pour lui, à son avis, c’était bien les médias. Cela confirme le rôle de chien de garde [des médias], combien il est important quand le système est déjoué par des individus, affirme-t-elle.

Un homme en complet cravate et portant des lunettes parle en étant assis à une table.

Le maire de Chambly, Denis Lavoie, en 2012

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Maheu

Denis Lavoie, qui a été maire de la Ville pendant 15 ans, a démissionné de son poste de maire en avril 2019. Quelques semaines plus tôt, la municipalité avait été mise sous tutelle par la Commission municipale du Québec, après une série de perquisitions de l’UPAC dans les locaux de la Ville. La tutelle a été levée le 29 novembre 2019.

Des dizaines de milliers de dollars en jeu

La Commission municipale du Québec est un tribunal administratif. L'ancien maire Denis Lavoie a 10 jours pour lui répondre.

S'il est reconnu coupable, l’ancien maire pourrait devoir rembourser plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Isabelle Rivoal, porte-parole de la CMQ, explique : Remboursement de son salaire pendant la période du ou des manquements, remboursement des dépenses non justifiées. L’ampleur est là évidemment, puisque l’on parle de manquements qui débutent possiblement en 2013-2014 jusqu’à sa démission. Effectivement, c'est majeur.

Il a été impossible de rejoindre Denis Lavoie, mardi.

Cependant, il a dit au Journal de Chambly qu’il contestera chacun des reproches qui lui sont adressés. Il a déclaré au journal : La Commission municipale n’a pas fait enquête correctement et n’a pas été chercher tous les éléments de preuve.

Entre-temps, l’UPAC continue de mener son enquête à Chambly.

Avec les informations de René Saint-Louis

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Grand Montréal

Politique municipale