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Analyse

Deux feux jaunes pour le gouvernement Legault

François Legault, portant un masque réutilisable, regarde vers le sol.

Francois Legault lors d'une conférence de presse à Montréal

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Deux feux jaunes viennent de s’allumer sur le tableau de bord du gouvernement Legault. L’un vient de l’intérieur : la décision de la Protectrice du citoyen, mardi, de déclencher une enquête sur la gestion de la crise dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). L'autre concerne la volonté du gouvernement fédéral d'en mener plus large dans le domaine de la santé.

Le premier ministre François Legault devait bien savoir qu’il n’échapperait pas à une forme ou une autre d’enquête sur ce qui s’est passé dans les CHSLD, surtout que son homologue de l’Ontario, Doug Ford, en a déjà annoncé une dans sa province.

Mais quand elle enquêtera sur les CHSLD, Marie Rinfret sera loin d’être en terrain inconnu. Elle et tous ses prédécesseurs savaient depuis longtemps qu’il y avait des problèmes majeurs dans les résidences pour personnes âgées du Québec et en ont abondamment parlé dans leurs rapports annuels.

Mme Rinfret a indiqué aussi qu’elle voulait examiner la responsabilité politique dans une préparation de crise qui a complètement oublié de protéger le point faible du réseau de la santé, soit les CHSLD. Incidemment, il est significatif que son enquête ne porte pas sur l’ensemble de la gestion de la crise sanitaire, mais spécifiquement sur les CHSLD.

Depuis plusieurs semaines, déjà, on sait que le gouvernement avait tout planifié en fonction d’avoir suffisamment de lits dans les hôpitaux et les soins intensifs. Mais le gouvernement savait depuis longtemps qu’il y avait des pénuries de personnel dans les CHSLD et que, physiquement, ceux-ci étaient souvent dans des édifices vétustes où la contagion pouvait se propager rapidement.

Dans les circonstances, le fait, difficilement contestable, que l’épidémie a été maîtrisée sauf dans les CHSLD n’est pas une excuse, c’est une circonstance aggravante.

Et c’est précisément la conclusion que le rapport de la Protectrice du citoyen risque fort d’étayer – autant lors du rapport intérimaire cet automne que du rapport final à l’automne de 2021 – alors qu’on entrera dans l’année électorale et que le débat politique reprendra ses droits.

Une demande qui vient d’Ottawa… et de Toronto

L’autre feu jaune qui vient de s’allumer sur le tableau de bord du gouvernement Legault serait une volonté du gouvernement fédéral d’en mener plus large dans le domaine de la santé.

On l’a vu mardi. Ayant lu les horreurs contenues dans le rapport des Forces armées sur leur mission dans les résidences pour personnes âgées de l’Ontario, le premier ministre Doug Ford a littéralement appelé le gouvernement fédéral à l’aide : Aidez-nous pendant que nous avançons, nous ne pourrons pas régler ça tout seuls.

Comme s’il avait prévu la demande de son homologue ontarien, quelques heures plus tôt, Justin Trudeau avait affirmé, au cours de son point de presse, que la situation dans les résidences de personnes âgées existe depuis longtemps. Nous devrons agir comme pays, a-t-il ajouté.

L’histoire des crises majeures dans l’histoire du Canada montre que, presque tout le temps, cela devient une occasion pour le gouvernement fédéral d’accroître ses pouvoirs. Depuis le début de cette crise sanitaire, le premier ministre Justin Trudeau a scrupuleusement respecté les juridictions provinciales.

Mais il vient peut-être de signaler que cela pourrait changer. Chose certaine, les pressions pourraient devenir très fortes pour que le gouvernement fédéral s’intéresse de beaucoup plus près à la protection des personnes âgées, surtout si les provinces ont du mal à le faire, comme vient de le montrer la présente crise.

Une commission d’enquête fédérale, non pas sur la crise, mais sur la condition des personnes âgées au Canada pourrait facilement en devenir le véhicule, comme cela a été le cas, au siècle dernier, pour la création de l’assurance-chômage.

Un premier ministre du Québec s’opposerait presque automatiquement à une telle initiative, surtout quand, comme François Legault, on aime à se dire nationaliste. Mais la performance de son gouvernement dans la gestion de cette crise risque fort de ne pas l’aider. Surtout si le fédéral cible son intervention sur le sort des personnes âgées, comme le premier ministre de l’Ontario l’invite à le faire.

En fin de compte, on peut dire ce qu'on veut, mais les chiffres sont têtus. Le Québec, qui compte 23 % de la population canadienne, a recensé plus de 60 % des décès. Et, à titre de comparaison, si les États-Unis avaient le même taux de mortalité de la COVID-19 que le Québec, ils ne seraient pas sur le point de passer le cap des 100 000 décès, on parlerait plutôt de 155 000 morts.

Ces chiffres-là pourraient bien venir hanter le gouvernement Legault au cours des prochains mois quand on s’intéressera de plus près à la situation des personnes âgées, au Québec comme au Canada.

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