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SpaceX mise gros avec un premier vol habité

Des travailleurs s'affairent près de l'avant de la fusée.

C'est aujourd'hui que l'entreprise SpaceX enverra deux astronautes vers la Station spatiale internationale à bord d'une fusée Falcon 9.

Photo : Getty Images / Joe Raedle

Neuf ans après l'abandon de ses navettes spatiales, la NASA, l’agence spatiale américaine, espère pouvoir reprendre ses propres vols spatiaux habités en s’appuyant sur SpaceX, la compagnie du coloré homme d’affaires Elon Musk. L’entreprise doit ainsi effectuer, mercredi après-midi, un premier vol habité à destination de la Station spatiale internationale (SSI).

Voilà déjà plusieurs années que la compagnie effectue des vols de ravitaillement. SpaceX a bénéficié de lucratifs contrats du gouvernement américain grâce en partie à sa fusée Falcon 9, qui coûte moins cher que les traditionnels lanceurs de la NASA. Une bonne partie de cette fusée peut non seulement être récupérée, mais aussi être réutilisée.

L’objectif d’Elon Musk – et de SpaceX – a cependant toujours été d’envoyer des astronautes dans l’espace. Après tout, M. Musk rêve d’explorer notre système solaire, voire de coloniser Mars. Pour financer ces démarches plus qu’ambitieuses, SpaceX loue ses services pour la mise en orbite de satellites, mais aussi pour envoyer des vivres, de l’eau, de l’oxygène et de l’équipement en tout genre dans le grand laboratoire, qui orbite à 408 kilomètres d’altitude.

Le vol de mercredi après-midi, qui doit décoller du pas de tir du centre spatial Kennedy, en Floride, est en fait le deuxième vol dit de démonstration de la capsule Dragon Crew. Cet engin spatial doit normalement emporter jusqu’à cinq astronautes jusqu’à la SSI.

En mars 2019, un premier vol a eu lieu afin de tester les systèmes destinés à assurer la survie et le confort des passagers humains. Lors de ce voyage, le mannequin baptisé Ripley était à bord.

Robert Behnken et Douglas Hurley devant un avion

Les astronautes Robert Behnken, à gauche, et Douglas Hurley lors d'une rencontre avec la presse

Photo : NASA/Bill Ingalls

Mercredi, ce sont plutôt les astronautes américains Robert Behnken et Douglas Hurley qui prendront place dans l’engin. Une fois les astronautes parvenus à la SSI, leur mission sera d’aider l’équipage qui se trouve à bord de la station, et ce, pour une période pouvant aller de 30 à 119 jours. La capsule Crew Dragon reviendra sur Terre au plus tard le 23 septembre prochain.

Pour les Américains, la réussite de ce vol d’essai signifiera la possibilité d’envoyer directement des astronautes en orbite sans passer par l’agence spatiale russe et ses engins Soyouz.

Course géopolitique

Outre l’importante avancée technologique que représenterait la réussite du lancement de mercredi, le décollage de SpaceX serait une victoire politique pour le président américain Donald Trump, qui a fait de l’Amérique d’abord son slogan, mais aussi son cheval de bataille. Le chef de l’État sera d’ailleurs présent sur place, en Floride, pour assister au décollage. Depuis 2011, tous les vols habités s’effectuaient à partir de Baïkonour (au Kazakhstan), rappelle ainsi Olivier Hernandez, astrophysicien et directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan, à Montréal.

Ce centre de lancements spatiaux de l’agence spatiale russe a été mis sur pied à l’époque où cette république d’Asie centrale était dans le giron de l’Union soviétique.

Pour les Américains, avoir la chance de contrôler de bout en bout l’envoi d’humains vers la station spatiale est une grande priorité. En fait, il faut se rappeler que c’est l’administration Obama qui a donné ces contrats-là.

Toujours au dire de M. Hernandez, lorsque l’affaire prend une nouvelle dimension géopolitique, je pense que cela revêt un caractère encore plus grand.

On sent toute l’impatience et la fébrilité des Américains à ce que cela fonctionne correctement, pour se libérer de cette dépendance envers la technologie russe, a poursuivi le directeur du Planétarium.

La fusée est à l'oblique de la plateforme de lancement.

La fusée Falcon 9 de SpaceX en train d'être installée sur la plateforme de lancement, à cap Canaveral, en Floride, le 26 mai 2020.

Photo : Associated Press / David J. Phillip

Le retour de cette autonomie américaine ne signifie cependant pas la fin de la collaboration internationale dans l’espace. Après tout, la SSI a été bâtie avec l’aide de nombreux pays, et non seulement les astronautes des différentes nationalités qui y travaillent le font en toute collégialité, mais les agences spatiales européenne et japonaise contribuent aussi en expédiant des capsules de ravitaillement automatisées.

Plus d’astronautes, plus de science?

Du côté de l’Agence spatiale canadienne (ASC), Luc Dubé, directeur des opérations d’exploration spatiale et d’infrastructure, estime lui aussi que le retour des vols habités en sol américain est une étape importante, d’autant plus qu’elle permettra à la NASA de disposer d’un peu plus d’autonomie.

Selon M. Dubé, plus il y a d’astronautes à bord de l’ISS, plus il est possible d’effectuer des expériences scientifiques.

Un grand nombre de tests et autres essais ont déjà eu lieu à bord de la station avec les trois membres d’un équipage, soit la capacité maximale d'astronautes transportés dans une capsule Soyouz. Le seul moment où les astronautes se retrouvent six à bord du laboratoire orbital est quand une nouvelle expédition vient prendre la relève.

Toujours au dire de M. Dubé, l’utilisation des services de SpaceX – et peut-être ceux de Boeing, puisque l’avionneur travaille depuis plusieurs années sur son propre engin spatial, le Starliner – permettra de multiplier les vols, et donc peut-être de réduire la longueur des missions en permettant un plus grand roulement des équipages.

Nous avons déjà beaucoup de connaissances sur la capsule Dragon Crew, a précisé M. Dubé, puisque lors de la mission de l’astronaute canadien David Saint-Jacques, entre le début de décembre 2018 et la fin de juin 2019, l’équipage de l’ISS s’est occupé de l’inspection de l’engin de SpaceX, dans le cadre du premier vol de démonstration de la version habitée de la capsule spatiale.

C’est M. Saint-Jacques lui-même qui avait d’ailleurs « attrapé » la capsule pour l’amarrer à la station.

Dans le cadre du vol de mercredi, l’ASC aura pour mandat d’utiliser notamment le Canadarm 2, le bras manipulateur robotisé, pour inspecter la capsule Dragon Crew avant son retour sur Terre. Plus besoin toutefois, comme c’est le cas avec d’autres types d’engins, d’attraper la capsule se dirigeant vers la SSI pour aider à l’amarrage, puisque la Dragon Crew peut se rendre elle-même à destination, a souligné M. Dubé.

Ce dernier se fait par ailleurs rassurant : advenant la réussite du vol d’essai de mercredi, le programme spatial canadien ne devrait pas être très largement chamboulé par le retour des vols habités aux États-Unis. La contribution canadienne à la station spatiale internationale est de 2,3 % de l’ensemble du budget, avec des crédits associés à la science et à l’envoi d’astronautes canadiens, a précisé Luc Dubé.

Et puisque le contrat signé avec l’ASC concerne uniquement la NASA, c’est cette dernière qui, après la fin des vols de navettes, avait dû se tourner vers la Russie, notamment pour respecter ses obligations envers le Canada.

S’il y a un avantage à la reprise des vols en Amérique du Nord, toutefois, a indiqué le directeur Dubé, c’est une simplification de l’aspect logistique des missions dans l’espace. Pour envoyer un astronaute canadien en orbite, dit-il, il y avait beaucoup de "voyagements" en direction de la Russie et du Kazakhstan, sans compter le décalage horaire, la formation supplémentaire nécessaire, l’obtention des visas… c’est beaucoup plus complexe.

La nostalgie du programme Apollo

Olivier Hernandez le dit clairement : il ne faut pas s’étonner que les nouveaux engins spatiaux en cours de développement, que ce soit directement à la NASA, avec le programme lunaire Artemis, ou chez SpaceX, Boeing ou Blue Origin, une entreprise fondée par un autre milliardaire, le patron d’Amazon Jeff Bezos, aient, tous, un petit air de déjà-vu.

Adieu, pour l’instant, le concept de grand engin réutilisable aux allures d’avions de l’espace, comme l’était la navette spatiale. Les engins en cours de conception ou de test sont tous des capsules installées à la tête de grands lanceurs. On voit qu’on est allé chercher du côté du programme Apollo, celui qui, à l’aide de la titanesque fusée Saturn V, a permis d’envoyer des Américains sur la Lune.

La réflexion que l’on peut se faire, c’est à quel point "ils étaient bons, les ingénieurs d’Apollo". Ils ont réussi à développer non seulement le plus gros lanceur qui existe et qui a fonctionné […], mais en plus, on a pu envoyer des hommes sur la Lune et les ramener sur Terre, même en cas de catastrophe, avec Apollo 13. Toute cette technologie, tout ce savoir était incroyable, et Boeing et SpaceX réutilisent cette technologie, a-t-il ajouté.

Ce recours aux technologies éprouvées, qui n’est pas sans rappeler le fait que les Russes utilisent les Soyouz depuis des décennies sans trop de problèmes, s’explique par le fait que le budget de la NASA est environ dix fois moindre qu’il ne l’était à l’époque de la course à la Lune, a encore soutenu le directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan.

La conquête spatiale et l’astronautique, c’est vraiment une question d’argent.

Olivier Hernandez, astrophysicien et directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan, à Montréal

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