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S'éloigner pour se soigner : témoignages d'Acadiens atteints de cancer

Subir des traitements contre le cancer est éprouvant. Le faire pendant la pandémie de COVID-19 est encore plus difficile. Témoignages.

Une affiche du Centre d'oncologie Dr-Léon-Richard.

Le Centre d'oncologie Dr-Léon-Richard est situé à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Janique LeBlanc

Depuis six semaines, Guilmont, le mari de Lorraine Roussel, subit des traitements à Moncton pour un cancer de la gorge. L'épreuve vécue par ce couple de la Péninsule acadienne a été passablement alourdie par la pandémie de COVID-19.

Depuis le 15 d'avril, c’est cinq jours par semaines, puis le mardi, il en fait deux [traitements].

Lorraine Roussel
Lorraine et Guilmont Roussel.

Lorraine et Guilmont Roussel.

Photo : Gracieuseté

M. Roussel a reçu son diagnostic en mars.

Quand le centre d’oncologie a appelé pour fixer des rendez-vous, l’employée a demandé à Mme Roussel si son mari pouvait voyager au quotidien pour subir ses traitements.

J'ai dit : ''C'est impossible''. On peut pas voyager ça tous les jours, on est presque à trois heures de route, a répondu Mme Roussel.

En temps normal, les Roussel auraient pu loger à l'Auberge Mgr Henri-Cormier, mais ce centre d’hébergement gratuit pour les patients qui vivent à l’extérieur de Moncton, a aussi été fermé à cause de la pandémie.

Du ruban jaune sur des balançoires.

L'Auberge Mgr Henri-Cormier a été fermée à cause de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Les Roussel sont à la retraite et n’avaient pas les moyens de payer six semaines à l’hôtel.

Deux semaines après le diagnostic de cancer, ils ont reçu un autre appel du centre d’oncologie, leur annonçant qu’on leur avait réservé une chambre dans un hôtel de Moncton, payée par la campagne de l'Arbre de l'espoir.

On est contents qu’on ait eu cette place ici, parce que si ça avait pas été d’eux, je sais pas si on aurait pu le faire. Louer une chambre pour coucher, ça nous aurait coûté les yeux de la tête, et on est rien que sur notre pension de vieillesse, raconte Lorraine Roussel.

Voyager seul à Moncton

Jim Lebreton subit aussi des traitements contre un cancer de la prostate depuis fin avril.

Jim Lebreton.

Jim Lebreton, un résident de Pont-Landry, est atteint d'un cancer.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Depuis cinq semaines, il voyage depuis chez lui, à Pont-Landry, jusqu’à Moncton avec les Roussel. Il a eu une permission spéciale de monter avec eux en voiture malgré la pandémie et doit porter un masque pour faire le trajet de trois heures.

M. LeBreton doit venir seul, car sa femme s’occupe de sa sœur et de leur fille handicapée à la maison.

Il apprécie beaucoup l’accès à une chambre d'hôtel gratuite, mais il aurait préféré être logé à l’auberge avec les autres patients et leurs proches.

L'auberge Mgr Henri-Cormier.

L'auberge Mgr Henri-Cormier offre normalement un hébergement gratuit aux patients qui vivent à l’extérieur de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

J’aurais pas pu venir, j'aurais jamais eu les moyens de faire ça, moi. Nous autres, on a un salaire minime, un petit chômage, explique ce travailleur saisonnier de 57 ans qui oeuvre l’été au Village Historique Acadien de Caraquet.

Un homme accompagné de deux fillettes.

Jim Lebreton trouve le temps long loin de sa femme, de ses filles et ses deux petites-filles.

Photo : Gracieuseté

Si ça avait été normal, moi j’aurais mieux aimé l’auberge, parce que les repas sont faits, tu peux sortir au salon. Mais ici, 90 % du temps, je suis dans la chambre, précise-t-il en regardant autour de lui, l’air découragé.

La COVID-19 a aussi retardé le début de ses traitements de quelques semaines.

C’est pour lui une source d'inquiétude. Je vais perdre deux semaines d’ouvrage, puis nous autres, on est saisonniers. On a juste nos timbres [prestations d’assurance-emploi] et c’est tout. C’est ça qui me casse le plus la tête, mais on n’a pas le choix d’aller avec, dit-il, résigné.

Interdiction d'accompagnement

À cause de la pandémie, Lorraine Roussel ne peut pas accompagner son mari lors de ses traitements.

Une affiche « Pas de visites ».

Les visites ont été interdites dans plusieurs établissements de santé du Réseau de santé Vitalité.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Il doit prendre un taxi de l’hôtel pour y aller seul.

Elle s’inquiète aussi de ne pas connaître exactement la nature du cancer et le détail des traitements de son mari.

J’étais pas là non plus quand le docteur lui a tout dit qu’est ce qu’ils allaient faire avec, puis tout, quel cancer il avait. Je sais rien de tout ça et lui c’est un homme, il dit pas toute, confie-t-elle, seule dans sa chambre d’hôtel alors que son mari est au centre d’oncologie.

Elle trouve le temps très long, loin des siens et de sa maison, enfermée dans une chambre d’hôtel en temps de pandémie. Elle ne veut pas sortir, ne veut pas risquer de contracter quelque chose qu’elle pourrait transmettre à son mari.

Une femme derrière une fenêtre.

À cause de la pandémie, Lorraine Roussel ne peut pas accompagner son mari lors de ses traitements.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

L’isolement de la chambre d’hôtel est aussi très difficile pour Guilmont. On est dans de quoi de beau et propre, mais c’est pas la maison. D’être en oncologie, ça aurait été meilleur, on aurait pu aller au salon voir la télé, voir du monde.

Lorraine raconte qu’un jour, son mari était près de la fenêtre quand elle l’a entendu soupirer un Ô mon Dieu. Elle lui a demandé ce qu’il avait. Je vais-tu me rendre là [à la fin de mes traitements]? avait alors rétorqué M. Roussel à son épouse, découragé.

Une guérison à l'horizon

Malgré tout, Guilmont Roussel s’est bien rendu, car cette semaine, il finit ses traitements contre le cancer.

Les Roussel vont pouvoir retourner chez eux à Rivière-du-Portage. Ils sauront à l’automne si les traitements ont réussi à guérir le cancer de Guilmont.

De son côté, Jim Lebreton a encore un peu plus de trois semaines de traitements devant lui. Il trouve lui aussi le temps long loin des siens.

Les premières semaines, je voulais m’en aller à force que c’était long, mais là, j’ai passé le cap de ça là.

Jim Lebreton, patient atteint de cancer

Pour s’encourager, Jim a fait le dessin d’un arc-en-ciel qui représente la courbe de ses traitements contre le cancer.

À gauche de l’arc-en-ciel, un visage triste illustre les premières semaines de son éloignement pour soigner son cancer.

Jim Lebreton avec une image d'un arc-en-ciel et un dessin d'un homme triste.

Jim Lebreton a fait un dessin d'arc-en-ciel qui représente la courbe de ses traitements.

Photo : Capture d’écran / Jim Lebreton

Il a maintenant passé le cap de la moitié.

À droite de l’arc-en-ciel, on voit un visage souriant.

Jim LeBreton attend impatiemment d’arriver à l’étape marquant la fin de ses traitements.

Mon souhait, c’est de passer à travers tout ça et retourner chez nous en forme et vivre un autre 20 ans, dit-il avant de verser une larme en pensant à ses deux petites-filles qu’il veut voir grandir.

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