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Rapport sur les foyers de soins de longue durée de Toronto: « une atrocité »

Un travailleur portant une tunique et un masque protecteurs transporte un cadavre sur une civière.

Les foyers pour aînés y compris Eatonville à Toronto ont été frappés durement par la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Des Ontariens réagissent au rapport accablant de l’armée à propos de cinq foyers de soins de longue durée de la région de Toronto durement touchés par la pandémie. Si la frustration est palpable, beaucoup de questions restent en suspens pour ces gens qui ont des liens, de près ou de loin, avec la clientèle des foyers.

Jacqueline Mitchell peine à retenir sa rage lorsqu'elle parle.

Sa mère âgée de 94 ans et atteinte de la maladie de l’Alzheimer vit au Eatonville Care Centre à Etobicoke.

Selon le rapport des forces armées, les résidents infectés par le virus y côtoient ceux qui ne le sont pas et le personnel est parfois agressif envers les résidents, entre autres.

C’est choquant, c’est honteux et c’est une atrocité, résume Mme Mitchell.

Sa mère a heureusement obtenu des résultats négatifs aux deux tests de dépistage de la COVID-19 qu’on lui a fait passer récemment. Celle qui ne peut communiquer avec sa mère qu’avec le toucher ne dérougit cependant pas.

J’ai l’impression que ma mère attend la COVID. Elle respire le même air que des gens malades dans son foyer. […] Elle vit dans un endroit qui serait fermé si c’était un restaurant.

Une citation de :Jacqueline Mitchell

Mme Mitchell s’interroge sur les priorités du gouvernement ontarien, qui met tant d’efforts à rouvrir l’économie, alors que les foyers sont encore en manque de ressources pour faire face à la crise.

Je ne veux pas aller me faire couper les cheveux, je m’en fous. Je ne veux pas aller au restaurant. Ce que je veux, c’est serrer ma mère dans mes bras, s’exclame-t-elle.

La commission indépendante sur les foyers de soins de longue durée qui sera lancée en septembre ne rassure pas Mme Mitchell, qui dénonce l’inaction du gouvernement, selon elle, dans le dossier.

Tous ces gens qui se présentent à la télévision aujourd’hui en disant qu’ils sont indignés... maintenant vous êtes indignés? Moi j’étais indignée quand on m’a appelé pour m’annoncer que 14 résidents étaient morts au foyer, déplore celle qui n’a pas vu physiquement sa mère depuis plus de deux mois.

Des messages épinglés sur une clôture métallique.

En date du 23 mai, 43 résidents du Eatonville Care Centre avaient succombé à la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Des aînés craintifs de se retrouver en foyer

Certains aînés qui se rapprochent tranquillement de ce moment où ils devront être placés dans un foyer sont anxieux quant à leur futur.

On dit tous qu’on ne veut pas aller dans un foyer pis qu’on espère mourir avant, lance Lorraine Wilson, la présidente du Club de l’âge d’or Notre Dame à Hamilton.

Memorial outside Camilla Care Community, Mississauga, ON

Un cimetière improvisé par les familles des dizaines d'aînés morts au centre Camilla Care depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Michael Charles Cole

Et cette dernière parle d’un sujet qu’elle connaît bien. En plus d’être impliquée chez les aînés de sa communauté, la dame de 79 ans a dû placer sa tante il y a quelques années dans un foyer qui n’est pas visé par le rapport, mais qui a subi une éclosion de cas de COVID-19.

Aussitôt que je suis rentrée dans le foyer, je me suis dit je ne peux pas placer ma tante ici, ça n’a pas de bon sens. […] Ils étaient trois par chambre et pas une grande chambre-là, indique celle dont la fille travaille de nuit dans un autre foyer.

J’ai toujours eu cette idée-là: j’espère ne jamais être obligée d’aller dans un foyer

Une citation de :Lorraine Wilson, présidente du Club de l'âge d'or Notre Dame

De l’âgisme selon CARP

Après avoir lu le rapport de l’armée canadienne, la directrice des politiques de l’Association canadienne des personnes retraitées (CARP), Marissa Lennox, ne passe pas par quatre chemins:

 C’est de l’âgisme. Le simple fait que les aînés représentent une réflexion d’après-coup, dans cette pandémie. […] Pourquoi est-ce qu’on n’a pas priorisé les protocoles contre les épidémies dans ces centres en premier?, dénonce-t-elle.

Pour Mme Lennox, le constat décrit par les militaires dans le rapport est tout simplement indéfendable.

Des propos qui font échos à ceux de Martine Lagacé à l’Université d’Ottawa.

On a tous été déconcertés. Ça dépasse ce qu’on pouvait imaginer, souligne celle dont les recherches portent sur le bien-être des aînés, en faisant référence au rapport.

La chercheuse rappelle toutefois que les problèmes qui font rage dans les foyers ne datent pas d’hier.

La COVID est simplement une loupe… Ces problèmes-là ont été magnifiés par une crise sanitaire, précise Mme Lagacé.

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