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Quelles leçons doit-on tirer de la 2e vague de la pandémie de 1918?

Le relâchement de certaines mesures en 1918 a contribué à une deuxième vague beaucoup plus meurtrière.

Des patients couchés les uns près des autres dans un hôpital.

Un hôpital américain débordé en 1918 par l'épidémie de grippe espagnole qui a fait 30 millions de morts partout sur la planète.

Photo : La Presse canadienne / Associated Press

Le déconfinement est entamé dans la plupart des provinces, mais les autorités de santé publique tiennent à rappeler que la COVID-19 n’est pas encore vaincue et qu'une deuxième vague est probablement inévitable. Et la pandémie de grippe espagnole a montré comment un retour à la normale trop hâtif peut avoir des conséquences désastreuses.

Sans vaccin, une deuxième et peut-être même d’autres vagues risquent de frapper au cours des prochains mois. Aux États-Unis, le Dr Anthony Fauci, l'épidémiologiste en chef de la Maison-Blanche, dit qu’il n’y a aucun doute qu’une deuxième vague frappera à l’automne.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré cette semaine qu’un deuxième pic pourrait même survenir au cours de la première vague, avant même l’arrivée de la deuxième.

Nous devons être conscients du fait que la maladie peut survenir à tout moment. Nous ne pouvons pas faire d'hypothèses. Ce n’est pas parce que le nombre de cas est en train de baisser maintenant qu’il va continuer à baisser.

Dr Mike Ryan, directeur général du programme de gestion des urgences sanitaires de l’OMS

Si les experts ne peuvent pas dire avec certitude quand une deuxième vague frappera et si elle sera plus mortelle, la plupart croient que la COVID-19 n’a pas dit son dernier mot.

Quand il y a un relâchement. Il peut y avoir une propagation qui peut prendre par surprise. Et les personnes qui n’ont pas été atteintes et n’ont pas développé d’immunité peuvent être atteintes, dit Abdo Shabah, urgentologue et membre du conseil d’administration de l’Association médicale canadienne pour le Québec, en entrevue à RDI.

Dans l’histoire des pandémies, il n’y en a jamais eu une dans laquelle il n’y a pas eu de deuxième vague. Et généralement, la deuxième vague est pire que la première.

Dr Abdo Shabah, Association médicale canadienne pour le Québec

Au 20e siècle, le monde a connu trois pandémies de grippe : la grippe espagnole H1N1 de 1918, la grippe asiatique H2N2 de 1957 et la grippe de Hong Kong H3N2 de 1968. Chacune de ces pandémies a connu plus d’une vague.

Les trois vagues de la grippe espagnole

L’une des pandémies les plus mortelles, celle de la grippe espagnole (1918-1920), est celle souvent citée par les experts pour expliquer le phénomène des vagues, soit de nouvelles flambées épidémiques après une réduction du nombre de cas.

D’abord, la première vague au printemps 1918 a été relativement faible et a fait peu de morts. La seconde, à l'automne, a été très contagieuse et très mortelle; certaines personnes infectées mouraient en quelques jours, voire en quelques heures. Cette vague a infecté jusqu’à cinq fois plus de personnes qu’au printemps 1918.

La troisième vague, qui s'est produite pendant l'hiver et jusqu'au printemps 1919, a été plus meurtrière que la première vague, mais moins que la seconde.

Un graphique montrant les trois vagues de la pandémie de 1918-1919.

La deuxième vague de la grippe espagnole a été particulièrement meurtrière à l'automne 1918.

Photo : Domaine public

La grippe espagnole, qui a infecté plus de 500 millions de personnes et en a tué entre 20 et 50 millions, la plupart pendant la seconde vague. Au Canada, 50 000 personnes sont mortes, soit près de 1 % de la population.

À l'été 1919, la pandémie avait presque disparu, mais certains endroits au Canada, dont Montréal et certaines communautés autochtones, ont connu des éclosions jusqu’en 1920.

Un déconfinement trop précoce

Quatre jeunes femmes portant des masques devant un édifice. Photo noir et blanc d'époque.

Des employées de la compagnie provinciale de téléphone avec leur masque à High River en octobre 1919. De gauche à droite : Gladys Stephenson, Cora Stephenson, Addie McDonald et Annie Grisdale.

Photo : Source: Archives du Musée Glenbow, NA-3452-2.

Bien sûr, chaque pandémie est différente et le système de santé en 1920 a beaucoup évolué. Mais une chose n’a pas changé : le désir des gens d’en finir avec le déconfinement et les mesures de restrictions.

Si le passé est garant de l’avenir, une deuxième vague d’éclosions de la COVID-19 au Canada et ailleurs dans le monde pourrait être le résultat d'un relâchement trop rapide des mesures de distanciation physique, comme ce fut le cas pendant la grippe espagnole.

Les leçons de la pandémie de grippe [espagnole] sont principalement des leçons de ce qui n'a pas fonctionné.

Esyllt Jones, historienne, Université du Manitoba

Cette professeure d’histoire à l’Université du Manitoba, qui a étudié la pandémie de 1918-1919 au Canada, ajoute que les pandémies du passé montrent l’importance de la distanciation physique.

En 1918-1919, les gouvernements hésitaient notamment à imposer des quarantaines, de peur qu’elles nuisent aux efforts de guerre. Cela a contribué à la propagation rapide de l’influenza.

Puis un relâchement trop précoce des mesures a mené à de nouvelles éclosions dans plusieurs villes.

Par exemple, en 1918, la Ville de Philadelphie a ignoré les signes d’une éclosion en septembre, permettant des rassemblements et l’ouverture des écoles. On a autorisé la tenue d’un défilé pour soutenir les efforts de guerre qui a attiré 200 000 personnes. Trois jours plus tard, tous les lits des 31 hôpitaux de Philadelphie étaient remplis de patients malades et mourants, infectés par la grippe espagnole. En une semaine, des milliers de personnes étaient mortes.

La courbe pour Philadelphie est beaucoup plus élevée que celle de St. Louis.

Pendant la pandémie de grippe espagnole, le nombre de morts a été beaucoup moins important à St. Louis qu'à Philadelphie, notamment en raison de mesures de distanciation physique beaucoup plus sévères.

Photo : Domaine public

En contrepartie, les villes qui ont maintenu les interventions en place n’ont pas connu une deuxième vague avec de hauts taux de mortalité.

En 1918, certaines villes avaient adopté des mesures plus agressives que d’autres. Ces mesures étaient en quelque sorte des expériences. Et on peut maintenant voir l’impact de la distanciation physique, dit David Buckeridge, épidémiologiste et professeur à l'Université McGill.

Par exemple, la Ville de St. Louis aux États-Unis a imposé de strictes mesures de confinement seulement quelques jours après l’apparition des premiers cas au début octobre 1918. Les autorités ont refusé de lever les restrictions tant qu’il n’y avait pas moins de 150 nouveaux cas par jour. Certains commerces ont pu rouvrir après un mois de confinement, mais en moins de deux semaines, le nombre de nouveaux cas a rapidement augmenté. Les autorités n’ont pas hésité à imposer de nouveau la fermeture des écoles et des commerces.

Pression du public pour un retour à la normale

Des manifestants tiennent des pancartes qui demandent la fin du confinement.

À Edmonton, des Albertains ont manifesté en avril pour demander au gouvernement de mettre un terme aux mesures de confinement.

Photo : Radio-Canada

Tout comme aujourd’hui, certaines personnes vivant la pandémie de grippe espagnole ont poussé le gouvernement à un déconfinement aussitôt que le nombre de cas diminuait légèrement, dit Mme Jones.

En 1918, l'agence de santé publique de Winnipeg a notamment dû faire face à de nombreuses pressions pour mettre fin aux fermetures parce qu'elles affectaient l'économie et perturbaient le quotidien des Winnipegois. Certains travailleurs, sans revenu ni filet social pendant de nombreuses semaines, ont manifesté pour la levée du confinement.

On ne peut pas blâmer les gens de vouloir aller au parc s’ils ont été en confinement depuis deux mois. Les effets sur la santé mentale peuvent être sévères chez certaines personnes. Il y a une certaine fatigue qui s’installe, dit Mme Jones, qui ajoute que les autorités doivent songer à des moyens pour aider les gens à passer au travers des prochaines vagues qui pourraient survenir à l’automne ou à l’hiver.

Mais les autorités ne doivent pas oublier que ce sont les mesures de distanciation physique qui ont freiné la propagation, ni succomber à la pression publique d’assouplir les restrictions trop tôt, disent les experts.

Après tout, la courbe ne s’est pas aplatie et le nombre de cas n’a pas diminué parce que le virus a disparu ou a été vaincu, c’est parce que la majorité des gens étaient en confinement ou pratiquaient la distanciation physique.

Je reçois beaucoup de pression de la part de tant de groupes et d'organisations, mais il est facile d’ouvrir jusqu'à ce que nous soyons dans une deuxième vague. Et c’est à ce moment que nous allons payer pour [ces décisions], a dit le premier ministre ontarien Doug Ford à la fin avril. Je demande aux gens d’être patients.

Même son de cloche du côté du premier ministre québécois François Legault. Si on veut réussir le déconfinement, on doit rester très disciplinés.

Le directeur national de santé publique au Québec, le Dr Horacio Arruda, a lui aussi souligné la semaine dernière le fragile équilibre du déconfinement. C’est très important, le moment qu’on est en train de vivre. Si on change rien que 10 % des gens qui ne respectent pas la distanciation, on peut tout changer la dynamique. Écoutez-moi svp, a-t-il imploré les Québécois.

Ainsi, le message des autorités en santé publique et des gouvernements ne doit pas suggérer que le déconfinement est un retour à la normale. La distanciation sociale sera nécessaire tant qu’il n’y aura pas de vaccin.

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