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« La pandémie nous parle », dit l'Ordre des travailleurs sociaux

Un garçon est assis seul sur un bloc de béton.

L'Ordre des travailleurs sociaux présente un mémoire devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Photo : Ivanoh Demers

« Tout nous saute aux yeux actuellement », a déclaré la présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec devant la commission Laurent, mardi. Selon Guylaine Ouimette, les « maux sociaux » du Québec sont mis en lumière par la COVID-19.

« La pandémie nous parle », a déclaré Guylaine Ouimette à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Certes, c'était pour parler des lacunes et des défis au sein de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) que Guylaine Ouimette s'est adressée aux commissaires.

Et, dans le mémoire qu'il a déposé, l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ) réclame plus de ressources et d'autonomie pour la DPJ.

L'Ordre y cite ce qu'avait révélé la vérificatrice générale en 2019 : au Québec, les enfants qui ont besoin de services parce que leur sécurité ou leur développement sont en danger doivent attendre de 158 à 226 jours, soit de 5 à presque 8 mois.

Et il y a des points communs entre la vulnérabilité des enfants et celle des personnes âgées, dit l'Ordre dans son mémoire : Le Québec est révolté par le sort que subissent certaines personnes vulnérables de notre société.

Quand les Québécois parlent de ce qui les afflige dans cette pandémie, dit en substance Mme Ouimette, ils citent leurs maux sociaux bien plus souvent que leurs maux physiques. Des maux que la catastrophe de la COVID-19 met en lumière : détresse, isolement, violence conjugale, deuils vécus seuls...

La similitude des besoins en services sociaux et en soins de nos enfants et ceux de nos personnes âgées est flagrante, écrit l'Ordre dans ce document de 90 pages. Les discours doivent se transformer en actions.

Des morts « tragiques et évitables »

Le tiers des 15 000 membres de l'Ordre travaille auprès des jeunes et des familles de la province.

Une lourde tâche assombrie par la mort tragique et évitable d’une fillette à Granby, à la fin d'avril 2019, et de celle d’un bambin à Joliette, en mars 2020. Des deuils que les travailleurs sociaux disent « porter ».

Dans les deux cas, un suivi avait été effectué par la DPJ avant les tragiques événements. Et, une semaine seulement avant le drame de Granby, Mme Ouimette dit qu'elle avait rencontré le ministre délégué à la Famille, Lionel Carmant, pour lui faire part des problèmes de ses membres sur le terrain.

Pire encore, dit le mémoire de l’OTSTCFQ, plusieurs travailleurs sociaux craignaient depuis des années que de telles situations ne se produisent. Ils le redoutent encore.

Et dans l’état actuel des choses, ces professionnels disent ne pas être en mesure de déployer l’ensemble de leurs compétences.

Des services de « qualité médiocre »

Dans un sondage SOM mené en septembre 2018 par l’Ordre auprès des travailleurs sociaux, 93 % des répondants avaient jugé que la qualité des services était plutôt mauvaise, très mauvaise ou médiocre, et ce, dans tous les secteurs qu'ils servent dans le réseau public.

Plus spécifiquement en ce qui a trait à l'application des mesures en protection de la jeunesse, un autre sondage, mené cette fois par Léger en février 2020, révèle que 79 % des travailleurs sociaux sondés ont l’impression de ne pas avoir assez de temps pour répondre aux besoins des jeunes et des familles.

Par ailleurs, 80 % des répondants se disaient insatisfaits des conditions d’exercice et près des trois quarts citaient la charge de travail comme étant la plus importante source d’insatisfaction.

Un jeune adolescent est assis sur un banc dans un parc longeant une rue ruisselante de pluie.

Les travailleurs sociaux réclament du gouvernement du Québec de pouvoir disposer de plus de temps lorsqu'ils doivent répondre aux situations complexes en protection de la jeunesse.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une machine trop grosse

Si les services à la jeunesse comportent tant de failles, c'est notamment à cause des vastes restructurations qu’a subies le réseau de la santé et des services sociaux, disent les travailleurs sociaux.

Selon eux, cela a eu pour effet de noyer la mission jeunesse de l’État au sein d’immenses structures et de réduire les initiatives visant la protection des enfants.

L'OTSTCFQ recommande de scinder le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour en faire deux ministères distincts, une demande qu'il avait formulée dès 2006.

Car l’histoire nous enseigne que la mission santé accapare toujours la part du lion, est-il écrit dans le mémoire de l'Ordre.

Le MSSS, c'est trop complexe et c'est trop gros, résume Guylaine Ouimette qui déplore qu'il n'y ait pas de plan global pour la jeunesse.

Un tel plan doit être mis en oeuvre sans délai, réclame l'Ordre qui attend aussi de tous les députés de l'Assemblée nationale qu'ils traitent en priorité l'ensemble des recommandations que fera la commission Laurent.

Autres recommandations

L’Ordre recommande à la commission de s’attarder aux Premières Nations et aux Inuit, parce que les jeunes de ces communautés se retrouvent en plus grande proportion dans les services de protection de la jeunesse.

Les travailleurs sociaux pressent aussi le gouvernement du Québec de reconnaître formellement les organismes communautaires et de les financer adéquatement et durablement.

Car, pour ce qui est d'accueillir et d'accompagner jeunes et familles, la raison d'être des organismes communautaires n'est plus à démontrer, disent-ils.

À l'instar de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec, qui signifiait en février dernier aux commissaires que la DPJ ne doit pas être la porte d'entrée aux services, les travailleurs sociaux pressent le gouvernement de François Legault de s'occuper en amont des familles vulnérables.

Ainsi, la DPJ pourra redevenir une mesure d'exception, ce pour quoi elle avait été conçue il y a plus de 40 ans, lors de l'entrée en vigueur de la loi.

Les audiences de la commission Laurent, qui sont accessibles au public sur Internet (Nouvelle fenêtre), avaient repris mercredi dernier, après une interruption due au coronavirus.

Vendredi, à l'occasion de la clôture de ces audiences, la commission tiendra une conférence de presse.

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