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Bolsonaro fait pire que Trump

Face à la crise, « Trump a été contraint de changer son fusil d'épaule, alors que Bolsonaro persiste et signe dans une fuite en avant », résume Juliette Dumont, de l'Institut des hautes études d'Amérique latine.

Jair Bolsonaro, la main en l'air devant un drapeau américain.

Le président brésilien Jair Bolsonaro saluant des partisans, le 3 mai, à Brasilia.

Photo : Reuters / Ueslei Marcelino

Agence France-Presse

Déni face au coronavirus, déclarations à l'emporte-pièce, absence d'empathie, obsession de l'économie et de la chloroquine, le président brésilien Jair Bolsonaro ne s'est pas contenté d'emboîter le pas à son modèle Donald Trump. Il est allé plus loin.

Si en février, pour le président américain, le virus allait disparaître avec le retour de la belle saison, Bolsonaro dénonçait en mars l'hystérie autour d'une petite grippe.

Comme à Washington, le déni prévalait à Brasilia, pourtant la COVID-19 commençait à semer la mort dans les favélas surpeuplées de Rio et jusqu'à la forêt amazonienne.

Aujourd'hui, les États-Unis et le Brésil sont les deux pays qui comptent le plus de cas de contamination et déplorent respectivement près de 100 000 et 24 000 morts.

Jair Bolsonaro continue de s'offrir des bains de foule, et sans ce masque que son homologue américain a toujours refusé de porter en public. Le premier fait de la motomarine, le second a repris le golf.

À Brasilia, le Trump des tropiques a lui aussi semé la consternation avec un manque total d'empathie pour les victimes et des propos surréalistes sur ce virus, qu'il faut affronter comme un homme, pas comme un gamin.

Comme Trump avant qu'il ne change de ton, Bolsonaro a été très critiqué au Brésil pour son incapacité à donner un cap face à une pandémie qu'il a politisée à l'extrême, coupant le pays en deux.

Des gouverneurs désignés à la vindicte populaire

Dans ce Brésil lui aussi fédéral, Bolsonaro s'est heurté, comme Trump, à des gouverneurs dotés de pouvoirs de santé publique qui ont imposé la tyrannie du confinement, dit-il.

Notamment ceux de Sao Paulo et de Rio de Janeiro, qu'il a traités de bouse et de tas de fumier lors d'un conseil des ministres dont la vidéo a fait scandale.

Quatre policiers devant une porte grillagée d'une résidence.

La police fédérale brésilienne a exécuté mardi des mandats de perquisition à la résidence du gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, un adversaire politique du président Bolsonaro. Selon la police, il s'agirait d'une enquête pour corruption.

Photo : Reuters / PILAR OLIVARES

Bolsonaro et Trump ont suivi la même stratégie, qui consiste à se distancer de la crise économique à venir et de blâmer les autres acteurs politiques, comme les gouverneurs, dit Oliver Stuenkel, professeur en relations internationales à la Fondation Getulio Vargas.

Mimétisme encore, quand Trump évoquait le virus chinois, Bolsonaro laissait un ministre complotiste et quelques centaines de manifestants du dimanche anticommunistes dénoncer le comunavirus.

Et après que Trump a coupé les vivres de l'Organisation mondiale de la santé, Bolsonaro vitupérait contre l'OMS, qui favorise masturbation et homosexualité.

Cette nécessité de trouver des ennemis est "trumpienne", mais il y a une tradition autoritaire et populiste qui consiste à chercher des boucs émissaires (...) pour ne pas endosser la responsabilité [d'une crise].

Oliver Stuenkel, professeur en relations internationales à la Fondation Getulio Vargas

La science jetée aux orties

Affichant le même mépris que Trump pour la science, Bolsonaro a généralisé les traitements très controversés à la chloroquine et l'hydroxychloroquine. Le locataire de la Maison-Blanche venait de révéler prendre cette dernière.

La chloroquine notamment a coûté leur portefeuille à deux ministres de la Santé en un mois et a été un thème obsessionnel chez Bolsonaro, de même que le retour de la population au travail. Comme Trump.

Faisant écho à l'appel au redémarrage de l'Amérique dès la mi-avril de Trump, Bolsonaro a martelé que le Brésil ne peut s'arrêter sauf à connaître la faim et la misère.

Bolsonaro, comme Trump, ne veut pas être tenu responsable d'une faillite économique, dit Juliette Dumont, maître de conférence à l'Institut des Hautes études d'Amérique latine, à Paris.

Un jeune homme masqué brandit une pancarte debout sur un coin de rue.

« Pouvez-vous donner 1 kg de nourriture », peut-on lire sur cette pancarte brandie par un jeune homme de 17 ans à Morro do Borel, une favéla au nord de Rio de Janeiro, dans le cadre d'une opération menée par un groupe religieux.

Photo : Getty Images / Bruna Prado

Comme Trump en novembre, Bolsonaro comptait sur l'économie pour être réélu en 2022.

Mais le président d'extrême droite, en dehors du socle d'inconditionnels sur lequel il s'appuie de plus en plus, a perdu des soutiens.

Il y a des similitudes frappantes, un alignement complet et inédit sur les États-Unis dans l'histoire brésilienne. Mais il y a une différenciation. Trump a été contraint de changer son fusil d'épaule, alors que Bolsonaro persiste et signe (...) dans une fuite en avant.

Juliette Dumont, maître de conférence à l'Institut des Hautes études d'Amérique latine

Même s'il est un peu moins dans le deni, car les chiffres sont là, il ne revient pas en arrière, poursuit-elle. Il a placé un intérimaire ministre de la Santé, un militaire qui n'y connaît rien. C'est assez parlant.

Bolsonaro a été bien plus irresponsable que Trump, abonde M. Stuenkel, il a minimisé la crise en permanence.

Si Trump a survécu en février à une procédure de destitution, cette même menace est bien réelle pour Bolsonaro, après le dépôt de 35 demandes à la Chambre des députés, certaines pour sa gestion de la crise sanitaire.

Un homme portant un masque et une coiffe traditionnelle de plumes porte un masque sur lequel on peut lire « Dehors Bolsonaro ».

Un chef autochtone portant un masque sur lequel on peut lire « Dehors Bolsonaro », lors d'une manifestation en faveur de la destitution du président devant le Parlement, jeudi dernier, à Brasilia.

Photo : Getty Images / AFP/EVARISTO SA

Mais Bolsonaro a face à lui une opposition quasiment inaudible, souligne Mme Dumont, qui évoque aussi des contre-pouvoirs moins efficaces qu'aux États-Unis.

Bolsonaro a beaucoup plus de liberté que Trump, qui est bien plus contraint par les institutions et doit être plus présidentiel, dit M. Stuenkel.

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