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Québec pourrait régulariser le statut des demandeurs d'asile qui travaillent en CHSLD

Les dossiers seront revus « un par un », a fait savoir le premier ministre Legault lundi.

Le premier ministre Legault en conférence de presse.

Le premier ministre Legault envisage de régulariser le statut des demandeurs d'asile qui travaillent dans les CHSLD.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le gouvernement du Québec analysera finalement les dossiers des demandeurs d'asile qui travaillent dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) en vue de les accepter comme immigrants plutôt que comme réfugiés.

C'est ce que le premier ministre François Legault a annoncé lundi lors de sa conférence de presse quotidienne pour faire le point sur la pandémie de COVID-19. Il a rappelé que le critère pour déterminer si les demandeurs d'asile peuvent être acceptés comme réfugiés au Canada est de savoir si leur sécurité physique est compromise dans leur pays d'origine.

C'est toujours comme ça, a-t-il souligné. Par contre, j'ai demandé spécifiquement au ministre de l'Immigration, donc à Simon Jolin-Barrette, de regarder les cas un par un pour voir si on est capable de les qualifier comme immigrants et de les accueillir chez nous, non pas comme réfugiés, mais comme immigrants.

C'est une façon de leur dire merci.

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault, qui avait écarté jeudi dernier l'idée de régulariser ces immigrants, refuse de dire qu'il a changé d'idée. Il fait plutôt la distinction entre deux enjeux différents.

Les demandeurs d'asile, d'une part, il faut être prudent : je ne veux pas envoyer le message qu'à l'avenir nous allons accepter chacun et chacune seulement s'ils trouvent un emploi au Québec, a prévenu le premier ministre.

Mais il y a également un autre enjeu, à savoir qu'il est vraiment critique d'avoir plus de gens qui travaillent dans nos CHSLD, a-t-il poursuivi. Ces gens-là travaillent déjà dans le milieu, alors comment pouvons-nous les faire passer par le processus d'immigration normal? C'est ce que j'examine.

Selon des informations obtenues auprès du cabinet du premier ministre, des balises seront établies pour en faire une mesure exceptionnelle, limitée aux personnes ayant travaillé à temps plein dans les CHSLD. Ladite mesure s’appliquerait à moins de 1000 demandeurs, estime le cabinet de François Legault.

Bien sûr, il nous faudra discuter de ça avec le fédéral, mais ils ne seront plus des demandeurs d'asile, a souligné le premier ministre lundi. Parce que les demandeurs d'asile, afin d'être acceptés, ils doivent pouvoir prouver que leur intégrité physique est menacée dans leur pays d’origine. Ça, c'est différent.

Des échos à Ottawa

À la Chambre des communes, où les parlementaires siégeaient lundi, le Bloc québécois a profité de la période des questions pour demander au gouvernement libéral de traiter en priorité les dossiers des demandeurs d'asile qui travaillent dans les résidences pour personnes âgées, sans toutefois faire mention d'un possible changement de statut.

La députée Christine Normandin a ainsi souligné qu’environ 800 préposés qui mettent leur vie en danger dans ces résidences ne sont même pas citoyens du Québec et du Canada.

Ces personnes qui, bien souvent, revendiquent le statut de réfugié, ont prouvé qu’elles méritent leur place au Québec par leur contribution à notre société, a-t-elle soutenu.

C’est pourquoi le Bloc québécois demande au gouvernement de prioriser et d’accélérer le processus d’évaluation de leurs demandes en tenant compte du travail essentiel que ces gens font jour après jour pour le Québec.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, des discussions ont déjà cours au sein du Parti libéral du Canada afin de développer un programme qui permettrait de traiter ces dossiers plus rapidement. Mais la question n'est pas simple, explique le lieutenant québécois de Justin Trudeau, Pablo Rodriguez.

Sur un principe humanitaire, c'est sûr que tout le monde va regarder ça d'un bon œil. Mais d'un point de vue gouvernemental, comment ça va pouvoir prendre effet? Je n'ai pas de réponse pour vous maintenant.

Pablo Rodriguez, lieutenant québécois de Justin Trudeau

Le Nouveau Parti démocratique a également déposé une motion pour que le gouvernement Trudeau régularise le statut de ces travailleurs essentiels, lundi, mais il aurait fallu l'unanimité des parlementaires pour qu'elle soit adoptée. Or, le Parti conservateur s'y est opposé.

Il a su voir comment nous nous battons pour eux

Les organismes de la communauté haïtienne de Montréal font pression depuis quelques semaines auprès des gouvernements fédéral et provincial pour que la situation des demandeurs d'asile qui œuvrent dans les CHSLD du Québec soit régularisée.

Ils réclament la création d'un programme spécial destiné à ces travailleurs qui s'exposent à la COVID-19 pour prendre soin des personnes âgées.

La demandeuse d'asile et préposée aux bénéficiaires Sterly Lucien – qui se remet de la COVID-19 – est optimiste au vu de la plus récente déclaration de François Legault.

Il a su voir comment nous nous battons pour eux; il a su voir comment nous mettons tout notre cœur pour faire notre travail; il a su voir notre potentiel, comment nous pourrons être utiles demain, s'est-elle réjouie, lundi.

La semaine dernière, François Legault redoutait qu'un traitement spécial de ces demandeurs d'asile crée un précédent. Son gouvernement avait également rejeté une motion en ce sens déposée le 13 mai à l'Assemblée nationale par la députée indépendante Catherine Fournier.

Mais le président de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration, Guillaume Cliche-Rivard, ne partage pas cette crainte.

La COVID-19, on n'a jamais connu ça de notre histoire, alors je ne pense pas qu'on va créer un précédent en créant une situation exceptionnelle aussi pour répondre à un contexte exceptionnel, a-t-il fait valoir, lundi, en entrevue à ICI RDI.

Il est déjà arrivé par le passé qu'Ottawa, avec l'appui de Québec, développe un programme spécial d'immigration destiné aux demandeurs d'asile. Des moratoires sur l'expulsion des Algériens, en 2002, et des Haïtiens, en 2010, ont été adoptés grâce au travail conjoint des deux ordres de gouvernement.

Plus de 4000 victimes

Le débat sur les demandeurs d'asile refait surface au moment où le Québec franchit le triste cap des 4000 décès dus à la COVID-19.

Le bilan présenté lundi fait état de 4069 morts, soit 85 de plus que la veille. Le premier ministre a toutefois signifié que 42 de ces nouveaux décès étaient survenus il y a plus de sept jours.

Le Québec compte actuellement 1425 hospitalisations dues à la COVID-19, dont 179 aux soins intensifs.

Officiellement, 47 984 personnes ont été contaminées par la maladie depuis le début de la crise, dont 14 654 sont aujourd'hui considérées comme guéries.

Masqués, le premier ministre et les comédiens marchent dans les couloirs de la Place des Arts.

François Legault recevait lundi « de la belle visite » à la Place des Arts : les comédiens Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les comédiens Pier-Luc Funk et Sarah-Jeanne Labrosse s'étaient joints lundi au premier ministre pour relayer aux jeunes son message en ce qui a trait au respect des recommandations de la santé publique sur le lavage des mains, la distanciation sociale et le port du couvre-visage.

Les deux comédiens animeront, le 19 juin à Télé-Québec, un grand rassemblement virtuel pour pallier le report du traditionnel bal de fin d’année au Québec. Ils ont d'ailleurs confié à quel point cette initiative leur est précieuse, dimanche, à Tout le monde en parle. Il serait crève-cœur, selon eux, d’ajourner une étape de vie aussi significative pour les jeunes.

Avec la collaboration de Valérie-Micaela Bain, Joëlle Girard et Romain Schué

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