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Meurtre de Daphné Huard-Boudreault : la coroner recommande plus de formation

Daphné Boudreault, victime d'un meurtre à Mont-Saint-Hilaire.

Daphné Huard-Boudreault est morte dans des circonstances tragiques à l'âge de 18 ans.

Photo : Facebook/Daphné Boudreault

Les policiers devraient être mieux équipés pour venir en aide aux victimes de violence conjugale, selon la coroner Stéphanie Gamache, qui vient de déposer son rapport au sujet de la mort de Daphné Huard-Boudreault.

La jeune femme a été tuée le 22 mars 2017 à Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie. Elle avait 18 ans.

Quelques jours auparavant, Daphné Huard-Boudreault avait mis fin à la relation avec son conjoint de 22 ans et quitté l'appartement qu'elle partageait avec lui. Il se serait alors montré contrôlant, possessif et jaloux à son endroit. C'est en retournant à son ancien domicile pour récupérer ses effets personnels que la jeune femme a été poignardée à mort.

Le meurtre avait soulevé d'importantes questions sur le travail des policiers, à qui l'on reprochait de ne pas avoir protégé adéquatement la jeune femme, alors que celle-ci s'était rendue au poste un peu plus tôt dans la journée pour dénoncer son ex-petit ami. Elle avait toutefois refusé de déposer une plainte en bonne et due forme contre lui.

Daphné Huard-Boudreault avait par la suite quitté le poste de police sans escorte pour aller chercher ses affaires à son ancien domicile, croyant son ex-conjoint absent des lieux. Ce dernier a été arrêté sur les lieux du crime. La jeune femme, elle, a succombé à ses blessures peu de temps après.

Des policiers et des ambulanciers sont présents sur les lieux à Mont-Saint-Hilaire.

La scène de crime, il y a un peu plus de trois ans.

Photo : Radio-Canada / Danny Gosselin

En mars 2019, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a fait savoir qu'à la lumière du rapport du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), aucune accusation criminelle ne serait déposée contre les policiers. Il a révélé par la suite qu'une policière avait insisté pour accompagner la victime ce jour-là.

Une plainte en déontologie policière déposée par le père de la victime a également été rejetée en février 2020, mais un comité de révision a jugé l'analyse incomplète le mois dernier, forçant ainsi la reprise de l'enquête pour déterminer si oui ou non les agents concernés ont fait preuve de négligence.

Plus de formation et de sensibilisation

Dans son rapport de 11 pages, Me Gamache formule cinq recommandations pour prévenir une telle tragédie.

La coroner recommande d'abord à la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent, qui était intervenue, d’élaborer des ateliers de formation continue auprès des policiers concernant les comportements qui caractérisent les cycles de la violence conjugale.

Un rappel ponctuel concernant les comportements qui caractérisent les cycles de la violence conjugale aurait possiblement permis aux policiers de détecter des signes de domination de l'ex-conjoint de Mme Huard-Boudreault à son égard, écrit-elle.

Il est parti avec le téléphone cellulaire de Daphné. Il a utilisé son compte Facebook à son insu. Ce sont des signes de contrôle. [...] Les signes nous montraient qu'il n'acceptait pas la rupture.

Stéphanie Gamache, coroner

La coroner propose aussi d’effectuer des sessions de sensibilisation auprès des policiers concernant les vécus et les émotions des victimes de violence conjugale lorsqu’elles sont confrontées à cette réalité.

Le métier de policier est à la base un travail de répression du crime, mais il comporte également une composante sociale, a expliqué Me Gamache sur ICI RDI, lundi matin. Il leur revient donc de sensibiliser les victimes aux dangers potentiels de retourner dans un lieu où un drame pourrait se produire, selon elle.

Étant impliquée émotivement dans cette situation, Daphné Huard-Boudreault n'avait peut-être pas le recul nécessaire pour bien apprécier la dangerosité de son ex-conjoint, écrit la coroner dans son rapport.

Un problème qui n'épargne pas les jeunes couples

Plus largement, Me Gamache conseille au ministère de la Sécurité publique de s'assurer que tous les corps de police de la province traitent adéquatement les dossiers de violence conjugale.

La violence conjugale, rappelle-t-elle dans son rapport, est un problème de santé publique complexe et important qui affecte toutes les couches de la société sans faire de distinction entre l'âge des couples impliqués ni même le stade de la relation à la source de cette problématique.

Enfin, la coroner suggère l'élaboration d'une campagne de sensibilisation et de promotion des rapports égalitaires dans les relations et d’étendre spécifiquement cette campagne, en l’adaptant à tous les élèves de la province de niveau d’enseignement secondaire.

Car la lutte contre la violence conjugale trouve racine dans la communication, la dénonciation de cette problématique et les relations bâties sur des rapports égalitaires et les règlements pacifiques des conflits, rappelle Me Gamache, qui dit avoir été troublée d'apprendre que la violence conjugale fait plus de victimes chez les 18-29 ans que chez leurs aînés.

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a salué les recommandations de la coroner. Mais le rapport n'a pas convaincu tout le monde.

Le père de Daphné Huard-Boudreault, qui mène un combat depuis plus de trois ans pour que sa fille ne soit pas morte en vain, estime que les recommandations ne vont pas assez loin.

Éric Boudreault voudrait que les victimes soient accompagnées d'un intervenant social dès qu'elles se présentent au poste de police.

Je prends l'exemple de ma fille : à 18 ans, elle est terrorisée, elle est en choc. On lui demande : "Tu veux déposer une plainte, oui ou non?" Je ne pense pas qu'à 18 ans, on sait c'est quoi, porter plainte. Elle s'est sûrement dit : "Il va vouloir me tuer si je porte plainte. Ça va être l'enfer".

Éric Boudreault, père de la victime

L'assassin de sa fille a plaidé coupable l'an dernier à une accusation réduite de meurtre non prémédité. Anthony Pratte-Lops a aussitôt été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans. Il n'y a pas eu de procès.

C'est la conclusion de ce processus judiciaire, incluant tout délai d'appel, qui a permis la publication du rapport d'investigation lundi, a expliqué le Bureau du coroner. Cependant, la conférence de presse initialement prévue n'a pas pu avoir lieu en raison de la pandémie de COVID-19.

Jointe par Radio-Canada, la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent a refusé de commenter le rapport de la coroner.

Avec la collaboration de Geneviève Garon

Avec les informations de La Presse canadienne

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