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Témoignages unanimes à la mort de Pierre Jobin, un grand régionaliste

Reconnu pour son érudition et sa finesse d'analyse de l'actualité, il a été aux premières loges des luttes populaires du Bas-Saint-Laurent.

Pierre Jobin en entrevue à Radio-Canada.

Pierre Jobin lors d'une entrevue à Radio-Canada (archives)

Photo : Radio-Canada

L'ex-directeur du Conseil régional de développement du Bas-Saint-Laurent (CRD), le sociologue Pierre Jobin, est mort samedi, à Rimouski, à l'âge de 75 ans. Il a succombé à une complication à la suite d'une hémorragie.

Né dans la basse-ville de Québec en 1944, Pierre Jobin s'est surtout fait connaître à titre de directeur général du CRD, une organisation mise sur pied dans la foulée du Bureau d'aménagement de l'Est-du-Québec.

[Pierre Jobin] était un monument du développement régional.

Claude Ross, ex-journaliste

Il était très proche du monde, se souvient l'ex-journaliste à Radio-Canada, Claude Ross. Pierre Jobin, ç'a été l'homme qui a concerté le milieu, qui a amené une vision régionale globale et qui a mis fin aux guerres de clochers.

Pierre Jobin a été un ardent défenseur de la théorie du développement social, mentionne pour sa part le professeur de développement régional à l'UQAR, Clermont Dugas.

À l'époque, la population était encore échaudée par le plan du Bureau d'aménagement de l'Est du Québec (BAEQ) et la fermeture de paroisses dites marginales.

La rue longue rue principale d'Esprit-Saint, au Bas-Saint-Laurent, et l'église du village dont le clocher se démarque du paysage.

Le souvenir des relocalisations des années 1960 reste vif dans la communauté d'Esprit-Saint, où un centre de mise en valeur rappelle cette page de l'histoire du Québec depuis 10 ans (archives).

Photo : Radio-Canada

Et là, on a commencé à revendiquer le développement par les gens d'ici, on avait plus confiance aux technocrates de l'État. On voulait remplacer le rôle de technocrate par celui d'intervenants du milieu, relate M. Dugas.

Une idéologie défendue ardemment par le sociologue.

Dans une entrevue accordée à la Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent en 1979, Pierre Jobin mentionne justement que la vraie notion de développement régional, ce sont des gens qui se regroupent pour faire des choses ensemble afin de répondre à leurs besoins. Pas pour répondre à un modèle quelconque de développement qui est parachuté.

Son fils, Luc, a d'ailleurs tenu à rappeler que son père était certes un Rimouskois, mais surtout un Bas-Laurentien.

C'est ça, je pense, qu'il aimerait qu'on retienne de lui, indique Luc Jobin. Il a été à peu près de tous les combats pour que notre région ne meure pas et continue d'avancer.

Après son passage au Conseil régional de développement, Pierre Jobin a été chargé de cours en sociologie à l'Université du Québec à Rimouski.

Il était très proche de ses étudiants, mentionne Alexandre Gagné, historien et journaliste indépendant, qui n'hésite pas à qualifier les cours de Pierre Jobin comme les meilleurs de l'université.

À l'UQAR, en sociologie, il n'y avait pas beaucoup d'étudiants et souvent, ses cours se déroulaient en fin d'après-midi, voire en soirée. Souvent, Pierre proposait plutôt d'aller faire le cours au café-bar étudiant, la bière sur la table. Les cours devenaient des bons moments d'échange, on prenait des notes dans un calepin sur le coin de la table et on ne voyait plus le temps passer, se remémore M. Gagné.

On en parle un petit peu moins de ce côté-là, mais c'était une personne qui valorisait beaucoup l'éducation publique, se souvient son fils.

Cette implication a mené Pierre Jobin, entre autres, à participer à la Commission parlementaire sur le financement des universités en 1986.

Son engagement, ajoute Luc Jobin, allait aussi à la justice sociale, la liberté, il avait même un côté féministe. De toute façon, il n'avait pas le choix, ma mère étant une ardente féministe.

Université du Québec à Rimouski

Université du Québec à Rimouski

Photo : Radio-Canada

Son ami, le communicateur mont-jolien, Roger Boudreau, garde le souvenir d'un homme d'une grande intelligence. Pierre aimait potasser le monde de l’éducation, de la politique, du sport, du développement régional et de l’animation sociale, particulièrement. Sa mémoire phénoménale donnait encore plus d’authenticité à ses brillantes analyses dont il régalait les auditeurs de la radio communautaire.

Pierre Jobin présidant une assemblée dans sa jeunesse.

Le sociologue Pierre Jobin présidant une assemblée (archives)

Photo : Radio-Canada

Depuis quelques années, Pierre Jobin collaborait à plusieurs émissions à la radio communautaire CKMN. Homme aux intérêts multiples, il pouvait aussi bien discourir de baseball que de politique internationale, et ce, dans la même phrase! Il a d'ailleurs animé une émission consacrée au monde du sport pendant de nombreuses années.

Le député de Rimouski, Harold LeBel, s'est aussi dit attristé par la mort de Pierre Jobin, tout en ajoutant vouloir honorer sa mémoire.

J’ai toujours aimé discuter avec lui. C’était toujours enrichissant, plein de fierté pour la région et plein d’humanité. Une bibliothèque vivante vient de nous quitter... C’est une triste nouvelle. Je vais trouver le moyen pour lui rendre hommage c’est certain.

Harold LeBel, député de Rimouski

L'ancien directeur de la Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent, Gérald Beaudry, déplore lui aussi la perte d'un régionaliste. Il avait cette capacité de vulgariser et de rendre accessibles des contenus fort complexes.

Président d'assemblées houleuses

Pierre Jobin est aussi reconnu comme le pape du Code Morin dans l'Est-du-Québec.

À ce titre, il a présidé de nombreuses assemblées délibérantes, notamment auprès d'associations de pêcheurs, en Gaspésie. Son calme, son flegme et son humour ont permis de dénouer de nombreuses tensions, se souvient Claude Ross.

C'est probablement pendant une telle assemblée que le fondateur du journal Le Mouton Noir, Jacques Bérubé, a rencontré pour la première fois Pierre Jobin.

Pour moi, c'est comme un monument. Un monument de la sociologie.

Jacques Bérubé, fondateur du journal Le Mouton Noir

Jacques Bérubé se souvient d'un homme d'une grande rigueur intellectuelle.

Quand j'avais ma chronique dans Le Mouton Noir, il y avait parfois de petites distorsions des fois. Et je te dis que Pierre Jobin n'en manquait pas une, soit qu'il me remettait en question où il en ajoutait sur ce que je venais d'écrire.

Pierre Jobin parle à un micro.

Reconnu pour son érudition et son amour de la région, Pierre Jobin a été à la base du mouvement de concertation régionale au Bas-Saint-Laurent (archives).

Photo : Radio-Canada

Reconnu pour sa grande capacité d'analyse du monde en constante évolution qui l'entoure, M. Jobin croyait fondamentalement que le Bas-Saint-Laurent sortirait gagnant de la transformation technologique qui s'opérait déjà à la fin des années 1970.

Interrogé par la Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent en 1979, il précisait ainsi sa pensée. Toute la question de l'informatique et de la téléinformatique accorde une plus grande importance à la circulation de l'information plutôt que celle des biens. Dans ce modèle, l'Est-du-Québec se trouverait dans une position privilégiée pour entrer avec quelques longueurs d'avance dans le nouveau type de société post-industrielle vers laquelle on se dirige.

Il était contemporain, il se tenait au fait de l'actualité, il épluchait le New York Times d'un bout à l'autre, se souvient son fils Luc.

Quelques jours en prison

Pierre Jobin a été emprisonné en 1970 lors de l'application de la Loi sur les mesures de guerre. Il en parle dans le cadre de ce qui sera sa toute dernière entrevue à l'émission Témoins de l'histoire diffusée sur maCommunauté.

Son appartement avait été fouillé par la police à l'époque jusque dans le réservoir de la chasse d'eau raconte-t-il.

Il a été relâché quelques jours plus tard, car les policiers n'avaient rien trouvé d'incriminant. Ils sont ressortis avec une caisse de livres.

Je ne sais pas s'il accepterait une étiquette. D'aucuns pourraient dire que c'est un anarchiste, c'est peut-être une peu heavy, mentionne son fils, sourire en coin. Mais l'idée pour lui, c'était de rester fidèle à certains principes.

Il était très à gauche, mais avait toujours une façon humoristique de parler de la gauche, raconte Jacques Bérubé. Quand je dis la gauche, c'est le développement social, le bien public et l'anticapitalisme.

Plus récemment, en 2016, Pierre Jobin avait pris position à la radio communautaire, afin que la Ville de Rimouski consulte ses citoyens sur l'avenir du centre-ville (Nouvelle fenêtre). Il demandait aux autorités municipales de faire preuve de plus de transparence.

Depuis quelques années, il devait se déplacer en fauteuil roulant en raison du diabète dont il souffrait.

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