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Horacio Arruda tient un crayon dans sa main.

Le directeur national de la Santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Ce qui arrive au Dr Horacio Arruda est particulièrement inusité. Ce fonctionnaire de l’ombre a connu en deux mois une ascension fulgurante. Un vedettariat qu’il doit au premier ministre du Québec. François Legault l’a propulsé d’abord en l’installant tout près de lui au sein de son cabinet politique, du jamais-vu, mais aussi en l’invitant tous les jours à son point de presse. Le Dr Arruda est devenu un des hommes les plus puissants du Québec.

C’est extrêmement grisant, ce qu’il vit, explique un ancien ministre libéral, qui souligne qu’il est loin d’être un spectateur comme plusieurs ministres peuvent l’être. Horacio Arruda est aux commandes avec François Legault.

Il faut dire que le premier ministre n’avait pas vraiment le choix de prendre le contrôle de la crise. Peu de gens au ministère de la Santé avaient prévu que le virus frapperait aussi durement le Québec. C’était aussi le cas du Dr Arruda.

Au début janvier quand la Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Ontario commandaient des masques et de l’équipement de protection, le Québec ne voyait pas l’urgence d’agir. Selon plusieurs sources, la première commande de masques a été passée autour du 19 février, deux à trois semaines après les autres provinces.

Ainsi, quand le premier cas de COVID-19 a été détecté, le 27 février, le Québec était en retard. Le directeur de la santé publique, Horacio Arruda, n’avait visiblement pas la tête au coronavirus. Il était en Europe pour donner une conférence sur le cannabis. C’est son adjoint, Yves Jalbert, qui a accompagné la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, lors de la conférence de presse.

Quand le Dr Arruda est revenu de ses vacances à l’étranger, deux semaines plus tard, et qu’il a rencontré le premier ministre, le chef de cabinet de François Legault, Martin Koskinen, et son conseiller spécial Stéphane Gobeil avaient déjà fait leurs devoirs. C’est eux qui ont pris la décision de confiner le Québec.

Le communicateur

Horacio Arruda a vu passer plusieurs gouvernements. Ceux de Jean Charest, de Pauline Marois, de Philippe Couillard et maintenant de François Legault. Sous-ministre adjoint à forfait, il s’est toujours montré loyal et fidèle à l’endroit des nombreux ministres de la Santé qui passaient, quelle que soit leur couleur politique.

Ses services ont toujours continué d’être requis, avec augmentation de rémunération avantageuse. Son statut de contractuel, explique un ancien ministre de la Santé, lui permet de se négocier des nananes. Ses amis comme ses ennemis affirment qu’il est compétent et vaillant, et qu’il veut bien faire les choses. Mais selon un autre ex-ministre qui a travaillé avec lui, s’il est parfait pour parler de prévention du cannabis ou de la malbouffe à l’école, il est moins outillé pour faire face à une crise comme celle de la COVID-19.

Une source du milieu médical ajoute qu’il aurait fallu un mercenaire avec le couteau entre les dents pour que s’active la bureaucratie au ministère de la Santé et que M. Arruda n’a pas cet ascendant.

N’empêche, ses qualités de vulgarisateur et de communicateur sont indéniables. Les sondages internes commandés par le gouvernement indiquent semaine après semaine qu’il fracasse des records de popularité notamment auprès des francophones, la base électorale de François Legault. Il est devenu un atout pour le premier ministre.

Le mélange des genres

La faille est apparue quand le Dr Arruda a critiqué la conseillère scientifique en chef au bureau du premier ministre Justin Trudeau. Lorsque la Dre Mona Nemer, une chercheuse émérite, remet en question la stratégie de dépistage au Québec, Horacio Arruda le scientifique se défend en faisant de la politique. Il déclare que Québec n’a pas de comptes à rendre à Ottawa.

Il faut comprendre que Mme Nemer a dit tout haut ce que plusieurs scientifiques au Québec n’osent pas dire. Placé où il est, le Dr Arruda dispose d’un pouvoir énorme sur la carrière des spécialistes de la santé publique au Québec. C’est comme si l’homme est devenu un intouchable. Et les critiques dont sont l’objet les journalistes incitent à la réflexion quiconque oserait remettre en question les décisions du charismatique Dr Arruda.

Mais plusieurs spécialistes, notamment à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), étroitement lié à la Direction de la santé publique, s’interrogent sur le plan de déconfinement du Dr Arruda. Les équipements de protection manquent toujours, la stratégie de traçage à Montréal reste difficile et la gestion des lits dans les hôpitaux est complexe. Il semble suivre la parade, dit un fonctionnaire de la santé publique, plutôt que de la mener.

La même question a été posée par les partis d’opposition : « Qui fait les arbitrages au bureau du premier ministre? Qui tranche quand il y a litige? » Le premier ministre a beau dire qu’il est docile, la réalité est que les pressions viennent de partout pour que l’économie reparte.

Et la politique

En acceptant de s’installer au cabinet du premier ministre, Horacio Arruda s’est surtout mis à cheval sur la clôture entre le politique et son rôle de fonctionnaire scientifique. Quand il a été questionné la semaine dernière à l’émission Tout le monde en parle sur ses aspirations politiques, il a d’abord rejeté l’idée avant d’ajouter : Je n’ai pas d’ambition, mais je ne dis pas que je ne le ferai pas, parce que si je dis que je ne le ferai pas, je vais finir par le faire. Pour certains, la porte est fermée. Pour d’autres, elle est entrouverte.

Il ne faut toutefois pas sous-estimer la pression que subit Horacio Arruda, qu’il en soit conscient ou pas. Le premier ministre ne manque pas une occasion de faire porter le fardeau du déconfinement sur le dos de la santé publique, ce qui peut sembler flatteur. Mais François Legault est un politicien d’expérience, ce que n’est pas le Dr Arruda.

Si ça tournait mal, le bon docteur pourrait redescendre aussi vite qu’il est monté.

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