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Clubhouse, l’application ultrasélecte qui anime les soirées de la Silicon Valley

Un découpage de l'État de Californie, avec l'inscription Silicon Valley entourée d'étoiles, sur un fond de ciel bleu avec nuages.

L'application Clubhouse est surtout utilisée par des personnes vivant ou travaillant dans la Silicon Valley, en Californie, un pôle des industries technologiques de pointe.

Photo : getty images/istockphoto / gguy44

Agence France-Presse

« Don des dieux » pour certains, club élitiste pour d'autres, l'application de conversations audio Clubhouse ne laisse personne indifférent dans la Silicon Valley, surtout pas depuis qu'elle a été valorisée à 100 millions de dollars par des fonds d'investissement.

La plateforme ultraconfidentielle, offerte en version bêta et uniquement sur invitation à l'heure actuelle, n'est pourtant fréquentée que par quelque 1500 internautes.

Néanmoins, la plupart sont des membres faisant montre d'une grande assiduité, qui raffolent de cette plateforme unique; signe de la demande croissante pour des formes alternatives de socialisation.

Clubhouse, c'est un peu comme un centre de conférences virtuel, plongé dans le noir. Dans une pièce, les internautes débattent sur l'intelligence artificielle. Dans une autre, ces personnes organisent des tournois de culture générale. Dans une grande salle, le comédien américain Kevin Hart discute avec des admirateurs et admiratrices.

En raison non seulement la distanciation physique, mais aussi de l'impossibilité de sortir et de rencontrer des gens, c'est comme un don des dieux pour certaines personnes, dit, enthousiaste, Nathan Baschez, spécialiste des stratégies d'entreprise. L'homme a été invité à joindre l'application au tout début, il y a deux mois, quand celle-ci ne comptait qu’une seule pièce.

La semaine dernière, la presse américaine a révélé que Clubhouse avait levé 12 millions de dollars auprès du fonds d’investissement Andreessen Horowitz.

Les fondateurs, Paul Davison et Rohan Seth, ne sont pas sortis de leur silence pour autant. Ils n'ont toujours pas embauché de personnel, rapporte Sheel Mohnot, un investisseur qui a joint l'application depuis six semaines.

Un lieu de jeux et d'échanges

Depuis, Sheel Mohnot a remporté 800 dollars (qui ont été versés à une association) lors d'une partie de Qui veut gagner des millions?, et sa participation à un événement de rencontres en ligne a fait de lui l'une des vedettes de la toute jeune communauté.

J'y passe beaucoup de temps : environ 15 heures par semaine, raconte-t-il.

Pour y faire quoi? Échanger avec les autres, apprendre des choses et bien rigoler! C'est comme une super soirée.

L'investisseur croit beaucoup à l'avenir de la plateforme, même si le confinement a beaucoup joué dans l'attachement et la passion de ses utilisateurs et utilisatrices. Normalement, j'ai des dîners plusieurs fois par semaine; je ne peux pas passer tout ce temps à parler avec des gens inconnus sur Internet, reconnaît-il.

Une soif de contact social

La pandémie a fait exploser certains usages en ligne, notamment ceux qui combinent le divertissement, la spontanéité et la socialisation.

Sur Facebook par exemple, les volumes de diffusions en direct ont doublé dans certains pays. Le géant des réseaux sociaux a depuis lancé les Rooms, un outil d'appel vidéo permettant de faire un saut virtuel chez les proches qui ont ouvert leur salon.

Clubhouse répond donc à un besoin fort, et le format audio facilite son utilisation : on peut, en même temps, cuisiner, faire du vélo d'appartement ou se balader.

Un club élitiste et fermé?

Néanmoins, sur Twitter, la petite application confidentielle suscite déjà des critiques féroces de la part de ceux et celles qui y voient un club élitiste et fermé.

D'après les personnes qui l’utilisent, il s'agit surtout, pour les fondateurs, de prendre le temps de construire une application qui tienne la route. Ceux-ci viennent d'ailleurs régulièrement recueillir les retours d'expérience de leurs membres.

Je crois vraiment que ces gens n'aiment pas tout cet engouement [buzz] et qu'ils ne cherchent pas du tout à créer un club sélect, estime Nathan Baschez.

Mais s'ils ouvrent l'application trop vite, elle pourrait décoller, mal gérer l'afflux de personnes et s'écraser tout aussi rapidement. C'est pour ça qu'ils sont prudents, ajoute-t-il, avant d'évoquer les ajustements techniques nécessaires au quotidien.

L'avenir de Clubhouse

La toute jeune ébauche de plateforme fait déjà l'objet de nombreuses spéculations sur son avenir, des possibilités en matière de monétisation à d'éventuels rachats par des ténors des technologies.

À court et à moyen termes, elle doit surtout trouver le moyen de préserver la sensation de communauté, tout en s'ouvrant à un public plus large.

Cette application a de beaux jours devant elle, parce qu'elle ne dépend pas de l'effet de réseau; pas besoin que tout le monde y soit pour que ça fonctionne, analyse Bobby Thakkar.

Ce consultant en marketing avoue passer de 25 à 30 heures par semaine sur Clubhouse, au lieu d'écouter des balados ou de... dormir.

Sa pièce préférée? Celle qui a été surnommée Back of the Bus [au fond du bus], où quelques dizaines de personnes se retrouvent, le soir, pour parler de tout et de rien jusqu'aux petites heures du matin.

Il y a des modérateurs qui donnent la parole à tout le monde. Par exemple, si je n'ai pas parlé depuis une demi-heure, Ryan va dire: "Et toi, Bobby, qu'as-tu accompli aujourd'hui?"

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