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Urbanisme post-confinement : faire la part belle aux piétons et aux vélos

Un homme à vélo avec un bandana sur le nez.

Le vélo et la marche ont la primeur dans les plans de mobilité post-confinement de nombreuses villes à travers le monde.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Depuis le début de la pandémie on voit apparaître de nombreuses initiatives de réorganisation des grandes villes faisant la part belle au vélo et à la marche. Des changements qui devraient être durables selon des urbanistes.

À Toronto, certains tronçons de rues principales sont fermés aux voitures durant les fins de semaine et la Ville a limité la circulation sur près de 60 km de routes. L’initiative s'inscrit dans le programme ActiveTO de la Ville de Toronto et sera mise à jour graduellement au cours des prochaines semaines.

À Montréal, ce sont plus de 300 km supplémentaires de corridors sanitaires, ou trottoirs élargis, qui sont ajoutés d'ici cet été.

Tous ces réaménagements urbains doivent permettre de laisser plus d'espace aux cyclistes et aux piétons, notamment afin qu'ils puissent respecter les nouvelles normes de distanciation physique.

Selon l'urbaniste Ken Greenberg, il s'agit d'aménagements nécessaires dans des villes qui ne sont pas adaptées au monde post-COVID.

Des gens courent et d'autres font du vélo.

Les déplacements en voiture ont grandement diminué et de plus en plus de gens marchent, pédalent, prennent l'air et prennent le temps pour se déplacer.

Photo : Radio-Canada

Quand on parle d'espace public, on a besoin d'énormément plus d'espace puisque les trottoirs qu'on a sont trop étroits pour faire respecter la distance physique, dit-il. Le professeur en urbanisme à l'Université de Waterloo, Pierre Filion, explique qu'il faudra désormais penser à laisser plus de place aux cyclistes et aux piétons, et ce, de manière durable.

Tant que la pandémie dure, une très forte proportion de la population va se méfier du transport en commun. Et ce n’est pas possible que tous prennent la voiture à Toronto, alors il faudra créer des corridors pour laisser la place aux piétons et aux cyclistes, des corridors le long des lignes de tramway, souligne-t-il.

M. Filion estime que la Ville de Toronto n'est pas allée assez loin en proposant des corridors sanitaires seulement les fins de semaine, avec des aménagements temporaires pour le moment.

Ça peut durer quelques mois ou ça peut durer des années, on ne sait pas. Il y a certaines exigences qui font que les choses doivent se faire différemment, comme la distance physique dans les rues, sur les trottoirs. Il faut plus d'espace.

Pierre Filion, professeur en urbanisme, Université de Waterloo

De son côté, M. Greenberg estime que certains changements de cet urbanisme d'urgence pourraient devenir permanents. Pour lui, cela va dans la continuité des plans des villes, qui est de réduire la présence des voitures.

Il pense aussi que la méfiance envers les transports en commun va permettre de rendre la pratique du vélo et de la marche plus attrayantes pour bien des gens.

Je pense qu'il y a un pourcentage de ces transformations qui va durer. Pourquoi? Parce qu'on a essayé ces conditions de libération dans la ville.

Ken Greenberg, urbaniste

L'urbaniste rappelle toutefois que tout ne pourra pas être permanent, notamment parce que ceux qui vivent en banlieue, comme c'est le cas des résidents du Grand Toronto par exemple, utilisent davantage la voiture.

Les deux tiers de la population vivent dans les banlieues proches de Toronto, où il est difficile de se déplacer à pied ou à vélo et même le transport en commun n'est pas tant développé, rappelle-t-il.

Mais, pour lui, nul doute que l'utilisation de l'espace public va profondément changer.

Le vélo et la marche ont d'ailleurs la primeur dans les plans de mobilité post-confinement de nombreuses villes à travers le monde.

À Toronto, il s'agit encore d'un projet-pilote, mais le maire John Tory ne ferme pas la porte à poursuivre l'expérience. Créer les voies permanentes, c'est une possibilité. Nous étudierons le résultat de cette expérience des fins de semaine avec attention, a-t-il dit lors d'un point de presse samedi.

Mais la Ville est à la traîne dans la construction de ses pistes cyclables, selon des militants qui espèrent profiter de cet élan pour demander un meilleur réseau cyclable dans la ville.

Le cycliste Robert Zaichkowski, a lancé une pétition en ligne pour demander au maire davantage de pistes cyclables dans la Ville Reine, notamment pour permettre aux gens de respecter les distances physiques lorsqu'ils sont à vélo.

Robert Zaichkowski, a lancé une pétition en ligne pour demander au maire davantage de pistes cyclables

Robert Zaichkowski, a lancé une pétition en ligne pour demander au maire davantage de pistes cyclables.

Photo : Radio-Canada

Il faut reconfigurer nos routes afin d’accommoder plus de gens et la meilleure façon de faire ça, c’est d’élargir les trottoirs pour les piétons et plus de pistes cyclables protégées, dit-il.

Des groupes d'activistes les soutiennent dans cette démarche comme Bells on Bloor, Cycle Toronto, la Fondation David Suzuki, TTC Riders et Walk Toronto. La pétition a déjà recueilli 5000 signatures.

Ils demandent l'installation de 40 km de pistes cyclables sur les tronçons les plus fréquentés, Bloor, Danforth et Yonge, ainsi que 60 km de pistes cyclables supplémentaires pour refléter les itinéraires de transport en commun les plus achalandés de la ville.

Le directeur de campagne de Cycle Toronto, Kevin Rupasinghe, se réjouit aussi d'initiatives comme ActiveTO et de plus de corridors sanitaires, mais aimerait voir cela aussi durant la semaine et de façon durable dans la métropole.

Le directeur de campagne de Cycle Toronto, Kevin Rupasinghe.

Le directeur de campagne de Cycle Toronto, Kevin Rupasinghe

Photo : Radio-Canada

On sait que le transport en commun ne pourra pas repartir comme avant, la CTT (Commission de transport de Toronto) dit qu’elle pourra prendre environ 30 % des passagers habituels, alors qu’arrivera-t-il aux 70 % restants? S’ils prennent tous leurs voitures, la ville va être congestionnée. Ce n’est pas possible. Il faut construire des pistes cyclables à plusieurs endroits, dit-il.

Il ajoute que la Ville Reine a bien du mal à mettre en place un réseau cyclable sécuritaire et l'infrastructure nécessaire, malgré la culture du vélo qui existe.

Mais il faudra rapidement un bon réseau cyclable, parce que les gens devront s'ajuster, estime-t-il.

Dans une ville où la voiture est encore reine, il espère en tout cas que l'été sera plutôt vélo cette année.

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