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Doit-on divulguer les cas de COVID-19 dans les commerces?

Un travailleur dans une épicerie porte un masque.

Les stratégies des autorités de santé publique divergent quant à la publication des cas de COVID-19 parmi les employés de commerces.

Photo : Getty Images / FG Trade

Savez-vous si des employés des commerces de votre quartier ont contracté la COVID-19? Alors que de plus en plus de magasins ouvrent leurs portes en Ontario et au Québec, certains communiquent peu ces informations au grand public. Les stratégies de divulgation des cas divergent aussi d'une autorité de santé publique à l'autre.

Lorsqu’une épicerie avise le Bureau de santé de l’est de l’Ontario qu’un de ses employés a contracté la COVID-19, l’agence publie un communiqué indiquant l’adresse du commerce, les dernières dates de travail de l’employé et même parfois son poste.

C’est notre rôle d’aviser les gens. Même si, dans cette situation, c’est un risque minime pour le public, on ne veut pas prendre de chance. Si quelqu’un a des symptômes et était dans le magasin à ce moment-là, on va le tester, explique le médecin hygiéniste du BSEO, le Dr Paul Roumeliotis. Le but est d’identifier les contacts [potentiels avec la personne atteinte] et de les isoler pour prévenir la propagation dans la communauté.

Portrait du docteur devant le Centre Nav à Cornwall.

Le médecin-conseil en santé publique et président-directeur général du Bureau de santé publique de l’est de l’Ontario, le Dr Paul Roumeliotis.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

La démarche du BSEO est saluée par l’épidémiologiste Nimâ Machouf, chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Elle croit qu’une façon efficace de retracer les contacts d’une personne positive est de donner le maximum d’information au public.

Si je sais que, dans mon épicerie du coin, la personne qui sert la viande a été testée positive et que, justement, cette semaine, je suis allée pour poser une question et il m’a répondu, je dois me considérer à risque. Je dois surveiller mes symptômes, je peux garder quelques jours mes distances des autres pour savoir si je développe des symptômes, souligne Mme Machouf.

C’est pour dire aux gens : "Faites attention, vous avez rencontré le virus sur votre trajet et surveillez vos symptômes, parce que vous pouvez avoir été infecté".

Nimâ Machouf, chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Par contre, ni Santé publique Ottawa (SPO) ni le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais n’ont emboîté le pas au BSEO.

Les entreprises ont souvent la capacité de faire le suivi avec tous les employés et les clients à risque. Alors on va partager l’information si on juge que le grand public est à risque, mais, de notre expérience, c’est possible de faire le suivi avec les contacts sans avis public, estime la médecin-chef de SPO, Vera Etches.

Rappelons que SPO dit faire une enquête pour retracer les contacts de chaque cas confirmé de COVID-19. Même chose pour le CISSS de l’Outaouais, qui, interpellé à ce sujet vendredi, n’a toujours pas répondu à nos questions.

Des approches différentes selon les commerces

Or, les commerces ont jusqu’à présent eu des façons très différentes de communiquer, ou pas, ces informations à leur clientèle active et potentielle.

Prenons l’exemple des marchés d’alimentation, restés ouverts depuis le début de la pandémie. Metro, qui possède plusieurs bannières comme Super C et Food Basics, publie uniquement les cas de COVID-19 de ses employés sur une page de son site d'entreprise, par ordre de dates. Il faut également fouiller sur le site d'entreprise de Sobeys pour trouver la liste des cas dans ses magasins, notamment dans les IGA. Les pages Facebook de Metro et IGA sont muettes à ce sujet.

Loblaws, aussi propriétaire de la bannière Provigo, ne fournit pas de liste centralisée, mais envoie de l’information par courriel à ceux qui possèdent une carte de points PC Optimum. Pour ce qui est des Costco et Walmart, bonne chance aux clients pour s’enquérir de l’état de santé des employés. Ces entreprises n’entretiennent pas de liste publique centralisée.

Un agent de sécurité près de la porte du magasin bloquée par une clôture.

Le magasin Walmart du boulevard de la Gappe à Gatineau est fermé mardi.

Photo : Radio-Canada / Louka Jacques

Le 19 mai, le Walmart de Gatineau a fermé ses portes pour une journée de nettoyage après que six employés ont contracté la COVID-19. Aucun message ne mentionnait la raison de la fermeture aux clients. Aucune mention de ces cas n’a été faite sur la page Facebook de la succursale. Le directeur des affaires publiques de l'entreprise a toutefois fourni l'information à Radio-Canada, par courriel.

Pourtant, le Guide en cas de déclaration d’un cas positif à la COVID-19 dans un établissement alimentaire, élaboré par la Direction de santé publique et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, mentionne que ces entités doivent collaborer avec l’exploitant ou les responsables de la chaîne alimentaire pour aviser, en toute transparence, la clientèle fréquentant l’établissement de la situation.

Les consignes sont les mêmes pour tous les commerces maintenant appelés à rouvrir, selon la responsable des relations avec les médias du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec Marie-Louise Harvey. La transparence est de mise. Devrait-il donc y avoir un suivi plus serré de la part des autorités de santé publique?

Créer de la paranoïa?

Professeur en communication spécialisé en santé publique à l’Université d’Ottawa, Luc Bonneville n’est pas convaincu des bienfaits de divulguer tous les cas dans les commerces.

Le danger est qu’on considère tout le monde comme étant de potentiels suspects et qu’on en vienne à créer un environnement ou une société où l’on craint systématiquement le contact avec les autres, que ce soit dans les commerces ou ailleurs, juge M. Bonneville.

Selon lui, pour prévenir les infections, l'essentiel est de respecter le mieux possible les directives de santé publique. Il va continuer d’y avoir des cas positifs et c’est rendu la normalité des choses, ajoute le professeur.

Ça peut rassurer certaines personnes [de savoir s'il y a des cas ou pas dans leur épicerie], mais il faut faire attention, parce qu’on peut devenir paranoïaque.

Luc Bonneville, professeur en communication spécialisé en santé publique à l’Université d’Ottawa

De son côté, la porte-parole du Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) est en faveur d’une grande transparence de la part des commerçants, pour que les gens comprennent que le risque est encore présent. La divulgation des cas pourrait amener les gens à être plus prudents, croit Roxane Larouche.

C’est important que tout le monde puisse avoir des comportements sécuritaires quand ils se présentent dans l’établissement, qu’ils respectent la distanciation, qu’ils ne disposent pas de leurs masques sur les tablettes et dans leurs paniers, dit-elle. Elle souligne que sur 35 000 membres au Canada qui travaillent en grande partie dans des épiceries et des quincailleries, 125 dans 59 magasins ont eu la COVID-19.

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Ottawa-Gatineau

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