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À Saint-Malo, l'angoissante absence des touristes

Les Français ne sont pas autorisés à se déplacer à plus de 100 kilomètres de leur domicile.

Des gens marchent sur les remparts.

Malgré la météo clémente, les touristes sont rares à Saint-Malo en raison notamment de la fermeture des frontières et des restrictions sur les déplacements des Français.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Déplacements limités, avions cloués au sol, frontières fermées. L’industrie touristique a beaucoup de peine à redémarrer après le choc causé par le coronavirus. La situation est particulièrement difficile en France, le pays qui accueille d’ordinaire le plus de touristes.

Un étrange calme règne sur les remparts de Saint-Malo, en Bretagne. Les promeneurs sont rares, malgré une météo idéale et un soleil qui s’apprête à se coucher.

Près de la statue en hommage à Jacques Cartier, il y a quelques groupes d’amis, des couples, des gens seuls. Ils semblent tous venir du coin et profiter de cette soirée paisible.

En fait, peu de touristes peuvent se rendre à Saint-Malo ces jours-ci. Les Français ne sont pas autorisés à se déplacer à plus de 100 kilomètres de leur domicile.

Il faut aussi oublier les touristes étrangers, retranchés dans leur pays respectif. Essentiellement, seuls les Bretons peuvent visiter la Bretagne, ces jours-ci.

Une situation qui semble plaire à ceux qui profitent de la brise de cette chaude soirée de mai. Mais pour ceux dont le gagne-pain dépend directement des vacanciers, l’ambiance est plutôt à l’angoisse.

Tout a été annulé

Il s’efforce de sourire, le capitaine, mais on ne le sent pas tout à fait à l’aise. Son magnifique bateau trois mâts est amarré devant les fortifications de Saint-Malo. Et Le Français ne repartira pas de sitôt.

Tout a été annulé, explique Bob Escoffier. Les mariages ont été annulés, les anniversaires, les sorties en mer. Tout est annulé. Nous sommes à quai jusqu’à l'année prochaine.

Bob Escoffier devant son bateau.

Bob Escoffier est capitaine du bateau «Le Français» amarré à Saint-Malo.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Une très longue escale imposée par le coronavirus. Ses marins sont au chômage forcé; le capitaine tourne en rond et s’occupe comme il peut.

Pour tenter de rester financièrement à flot, Bob Escoffier offre des visites de son bateau. Un parcours à sens unique, en respectant les distances sécuritaires… et en passant par la boutique souvenir.

Lors de notre visite, il attendait les clients en lançant des regards vers le port quasi désert. Devant lui sur le pont, deux tables pleines de souvenirs représentant son bateau.

Des torchons, des tasses à café, des aimants pour le frigo de madame. Des objets qui, en temps ordinaire, pouvaient rapporter quelques euros de profit. Mais dans le contexte actuel, ces euros supplémentaires semblent plus importants.

Financièrement, tout ce qu’il nous reste, c’est ce qu’on fait, explique-t-il. Tout, c’est-à-dire la vente de souvenirs et les visites guidées.

Les sorties en mer, beaucoup plus lucratives, ne pourront se faire tant qu’il sera interdit de réunir de grands groupes en un seul endroit.

On fait un test ce week-end. Si ça marche, on va persévérer. Si ça ne marche pas, on ira à la pêche.

Bob Escoffier, capitaine

La pression est énorme

Oyez, oyez braves gens! Sur la terre ferme, un crieur au tricorne et au masque noir rappelle les consignes sanitaires. Dans la vieille ville de Saint-Malo, l’ambiance est davantage hygiénique qu’estivale.

Un crieur au tricorne en plein action.

Saint-Malo a affecté un crieur au tricorne pour informer les touristes des mesures sanitaires à respecter.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Dans les petites rues principales de pierres, les masques sont obligatoires aux périodes les plus fréquentées. Les solutions désinfectantes sont omniprésentes aux entrées des boutiques.

La circulation ne se fait plus que dans un sens sur les fameux remparts, histoire d’éviter que les gens ne se croisent dans les escaliers et les sections trop étroites.

Un tiers de l’économie de Saint-Malo dépend de la présence des touristes. Les restaurateurs et les hôteliers ne savent toujours pas quand ils pourront reprendre leur activité, ni d’où viendront les vacanciers.

Des inquiétudes qui s’amplifient avec les jours qui passent et se transforment en demandes pressantes qui atterrissent sur le bureau du maire de Saint-Malo.

C’est dramatique! Il y a des commerçants qui ont beaucoup investi et qui n’ont plus aucun revenu. Il faut imaginer ça. C’est dramatique!

Claude Renoult, maire

Le maire a approuvé plusieurs mesures d’aide pour les commerçants : annulation de certains frais, terrasses plus larges pour l’été et campagne de promotion.

Une rue déserte avec une bannière suspendue indiquant que le port du masque est obligatoire.

Dans les petites rues principales de pierres, les masques sont obligatoires aux périodes les plus fréquentées.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’élu tente de trouver le juste équilibre entre deux impératifs : permettre une reprise économique, parce que la pression est énorme, sans pour autant risquer une nouvelle flambée du coronavirus.

Un équilibre qui ne sera jamais atteint tant que les Français de partout ne pourront pas circuler librement dans l’ensemble du pays.

Saint-Malo ne compte pas vraiment sur les touristes étrangers cette année. La Ville anticipe plutôt une concurrence féroce pour les vacanciers français entre les destinations touristiques du pays.

Cela sera un gâteau réduit, admet le maire Renoult.

Ça a tout l’air de ressembler à une crise économique

Voyez, on n’a même pas pris la peine de nettoyer la piscine! Les manches de sa chemise roulées, Arnaud de La Chesnais se désole en regardant l’eau verte dans le bassin devant lui.

Il dirige un centre de villégiature aux abords de Saint-Malo. Un vaste domaine qui accueille plus de 3000 vacanciers en plein été. En majorité des étrangers qui campent ou dorment dans des petits chalets.

Arnaud de La Chesnais dehors devant une haie de cèdres.

Arnaud de La Chesnais dirige le Domaine des Ormes.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Le Domaine des Ormes est demeuré désert lors de la longue fin de semaine qui vient de se terminer. Le premier long week-end depuis la fin du confinement. En temps normal, 1500 personnes auraient dormi sur place. Cette année, aucun client n’est venu troubler la besogne des quelques ouvriers présents. Un village fantôme.

Les opérations devraient reprendre à la mi-juin. Une bonne nouvelle qu’il faut tempérer. D’ici la fin de l’été, Arnaud de La Chesnais s’attend à accueillir la moitié moins de vacanciers que d’ordinaire.

On va quand même faire une saison. Mais toute petite.

Arnaud de La Chesnais, entrepreneur

Une petite saison avec moins d’employés. Les services seront assurés par le personnel régulier. Quelque 300 saisonniers ne devraient pas être employés cet été. Tous ces saisonniers qui ne vont pas avoir de travail d’été, désespère Arnaud de La Chesnais.

Il pense aux autres entreprises qui, elles non plus, n’embaucheront pas cet été. Ça a tout l’air de ressembler à une crise économique, lance-t-il.

Pour éviter le pire, les employés tentent de convaincre les clients de reporter leur séjour à plus tard. Cet été, ou même l’an prochain.

Arnaud de La Chesnais mise aussi sur un vaste dôme qu’il vient de faire construire au-dessus d’un ensemble de piscines et d’arbres exotiques.

Une piscine recouverte d'un immense dôme semi-transparent.

Le nouveau dôme qui recouvre un ensemble de piscines et d’arbres exotiques pourrait permettre aux touristes d'aller au Domaine des Ormes pendant l'automne.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

La structure pourrait devenir un atout, une raison pour séjourner au domaine en automne ou en hiver. Une façon qui pourrait aider à compenser pour les revenus perdus cet été.

C’est le pari à moyen terme que fait le gestionnaire. À court terme, il y a cette saison qui semble perdue. Qui permettra seulement de payer le minimum des frais.

Il fait un temps magnifique, observe-t-il, mais on n’a pas de client. C’est désolant. On est anxieux. Pas paniqué, mais anxieux.

Yanik Dumont Baron est correspondant en Europe

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