•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un été incertain pour les camps de jour du Québec

Des moniteurs de dos font la file pour entrer dans un parc.

Le recrutement d'animateurs dans les camps de jour ne semble pas poser de difficultés. Le problème tient plutôt au manque de financement et de locaux.

Photo : Radio-Canada

Des parents qui comptent envoyer leurs enfants dans les camps de jour du Québec pourraient bien se retrouver le bec à l'eau. Sept camps de jour indépendants sur dix estiment ne pas avoir les moyens d'ouvrir cet été.

Contrairement à ce que laisse entendre le premier ministre François Legault, ce n'est pas le recrutement d'animateurs qui pose problème dans ce secteur d’activités, mais plutôt le manque de financement et de locaux.

La directrice générale de la Base de plein air Jean-Jeune, Anick Bribosia, le confirme : trouver des animateurs ne représente pas un problème. J'ai les ressources humaines, mais je n'ai pas l'espace, déclare-t-elle.

Pour respecter les mesures de distanciation physique imposées par le gouvernement du Québec, les camps de jour qu'elle gère à Longueuil, en Montérégie, ne pourront accueillir que le tiers des 260 jeunes qu'ils reçoivent habituellement chaque semaine.

On n’a pas assez de locaux pour loger ces jeunes suite aux nouveaux ratios.

Anick Bribosia, directrice générale de la Base de plein air Jean-Jeune

À l’Association des camps du Québec (ACQ), la priorité en ce moment est d'abord de savoir si les camps auront les capacités financières pour rouvrir à temps pour recevoir les jeunes.

Le directeur général de l'Association, Éric Beauchemin, évalue à 11 millions de dollars les besoins financiers supplémentaires des camps indépendants en raison des nouvelles mesures sanitaires à respecter : ratios revus, espace supplémentaire à prévoir, achat de matériel d’hygiène, embauche de personnel supplémentaire, aménagement des lieux, etc.

Éric Beauchemin estime que les organismes à but non lucratif et les petites entreprises qui gèrent 75 % des camps de jour du Québec ne peuvent pas éponger une telle facture. Il espère que Québec octroiera d'ici une semaine du financement aux camps, sans quoi plusieurs camps pourraient ne pas ouvrir cet été.

Éric Beauchemin est assis dans son bureau.

Éric Beauchemin est directeur général de l'Association des camps du Québec.

Photo : Radio-Canada

Ce service est essentiel plus que jamais. On pense qu’on a un rôle à jouer, mais on ne le fera pas au prix de sacrifier notre survie, prévient-il.

Par ailleurs, M. Beauchemin souligne que le recrutement d’employés pour certains camps de jour était terminé.

Les camps étaient très avancés pour la majorité dans le processus d'embauche du personnel. Il y en a pour qui l’embauche était complétée. Pour la majorité, c’était 70 % et plus de l’embauche qui était complétée, a-t-il affirmé.

Un besoin de main-d’œuvre, selon Québec

Pourtant, lors de l'annonce jeudi de l'ouverture des camps de jour du Québec pour l'été, le premier ministre François Legault s'est penché sur le fait que le recrutement de moniteurs et de monitrices posait un problème.

Il faudrait doubler le nombre de moniteurs, donc c’est un grand défi.

François Legault, premier ministre du Québec

La tâche, selon lui, s’annonce d’autant plus ardue que les camps de jour font face à un redoutable compétiteur : la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE).

M. Legault en conférence de presse.

Le premier ministre Legault s'est dit « très content », jeudi, d'avoir obtenu le feu vert de la santé publique pour que les camps de jour ouvrent comme prévu le 22 juin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La PCUE offre un soutien financier qui s'élève à 1250 $ aux étudiants de niveau postsecondaire ainsi qu’aux récents diplômés de niveau secondaire qui ne peuvent pas trouver de travail en raison de la COVID-19.

Chiffres sur la PCUE

L’Agence du revenu du Canada a commencé à recevoir les demandes de Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants canadiens le 15 mai 2020.

Radio-Canada a appris vendredi qu'au cours de la première fin de semaine qui s’est terminée à 11 h 59 le lundi 18 mai, l’Agence avait reçu 328 402 demandes à travers le Canada, dont la valeur totale s’élève à environ 450 millions de dollars.

Les demandes seront acceptées jusqu’au 30 septembre 2020.

Or, François Legault craint que cette prestation incite les adolescents et les jeunes adultes à rester à la maison. Il leur a d'ailleurs lancé un appel pour qu’ils s’inscrivent en masse comme moniteurs cet été.

Je sais que d’un certain côté, on a un taux de chômage qui est plus élevé qu’à l’habitude – beaucoup plus élevé qu’à l’habitude –, donc il y a des personnes qui sont disponibles, incluant chez les ados et chez les jeunes adultes , a souligné le premier ministre, jeudi.

Il a évoqué la possibilité que les camps de jour ne puissent pas être capables de combler tous les postes de moniteurs et de monitrices en raison d'un potentiel manque de personnel.

Sa vice-première ministre, Geneviève Guilbault, est même allée plus loin, vendredi, en parlant d'une pénurie de places pour les enfants, admettant qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde, fort probablement .

Geneviève Guilbault assise à côté du Dr Horacio Arruda.

La vice-première ministre Geneviève Guilbault a évoqué une pénurie de places dans les camps de jour pour les enfants.

Photo : Radio-Canada / Jacques Boissinot

Ça va dépendre, je présume, de la disponibilité dans les installations, mais aussi de la disponibilité de la main-d’œuvre , a-t-elle résumé. Et là, il faudra voir […] de quelle façon on essaye d’organiser ça en fonction des travailleurs qui auront besoin de cette place.

Selon Mme Guilbault, des efforts de coordination avec les services de garde pourraient faire en sorte qu’un maximum de parents puissent disposer d’une place où [leur] enfant pourra être le jour.

Une envie de travailler

Plusieurs jeunes Québécois ne partagent pas l’opinion de M. Legault selon laquelle la PCUE peut être une incitation à rester à la maison. C'est le cas de Raquel Dragan, 18 ans, qui travaille au Camp de jour du Collège d'Anjou depuis deux étés déjà.

Raquel Dragan devant une aire de jeux dans un parc de la ville.

Raquel Dragan a travaillé dans un camp de jour pendant deux étés.

Photo : Radio-Canada

Elle était heureuse d'apprendre jeudi que le gouvernement du Québec permettait aux camps de jour de la province de rouvrir le 22 juin. Cependant, elle était un peu moins enchantée des mots employés par le premier ministre François Legault pour décrire la jeunesse.

Je trouve ça un peu décevant de nous catégoriser comme la génération des paresseux.

Raquel Dragan

N’empêche, Raquel Dragan est fière d’elle-même. C'est un genre d'accomplissement pour moi-même, puis en plus c'est mon premier été en tant qu'animatrice. C'est moi-même qui ai trouvé le travail. Je suis quand même heureuse, lance-t-elle.

Il est vrai néanmoins que la PCUE peut sembler alléchante pour certains étudiants qui travaillent au salaire minimum, ce qu'offrent beaucoup de camps de jour à leurs employés. En revanche, pour les jeunes qui souhaitent travailler, les offres d’emplois sont considérablement réduites.

Beaucoup de secteurs comme les commerces de détail, les restaurants, les festivals ou encore l'industrie touristique, qui normalement embauchent beaucoup d'étudiants, sont toujours fermés ou plongés dans l'incertitude.

Étudiante en communications, Emma Archambault reçoit la PCUE. Avant l’éclosion de la pandémie, elle avait l'intention de se dénicher un emploi dans le secteur événementiel où elle a déjà fait beaucoup de stages.

Emma Archambault dans une pièce éclairée.

Emma Archambault reçoit la PCUE, mais elle songe à retourner travailler dans un camp de jour.

Photo : Radio-Canada

J'aurais aimé avoir un emploi à temps partiel cet été en événementiel pendant que je termine mon baccalauréat. Puis je visais un emploi à temps plein à partir du mois d'août, admet-elle.

La possibilité de se trouver un emploi dans cette industrie en ce moment est presque nulle. Faute de trouver mieux, Emma Archambault considère retourner à son travail d'adolescence dans un camp de jour.

Ce n’est peut-être pas ce qu'on vise nécessairement en terminant nos études universitaires. Mais c’est certain qu'entre restez chez moi assise à ne rien faire versus avoir la possibilité d’aller travailler un peu, bien c'est sûr que je vais aller travailler, affirme-t-elle.

De l'inquiétude

La porte-parole du Carrefour jeunesse emploi Montréal, Ève Cyr, ne croit pas que la PCUE est un frein qui empêche les jeunes à travailler pendant la saison estivale.

Pour l'instant, honnêtement, la PCUE, on ne voit pas ça dans notre réalité. Les jeunes souhaitent aller travailler. Ils sont inquiets et se demandent comment c'est possible, constate-t-elle.

Ève Cyr porte des écouteurs dans une pièce blanche.

Ève Cyr est porte-parole du Carrefour jeunesse emploi Montréal.

Photo : Radio-Canada

Ève Cyr observe que les jeunes s’interrogent davantage sur le genre d'emplois disponibles et accessibles sur le marché à l'heure actuelle.

On n'a aucun jeune qui nous a dit : "bien, j'ai suffisamment d'argent, je vais rester chez moi". Mais on a des jeunes inquiets qui disent : "est-ce que mon emploi va exister?", relate-t-elle.

Elle fait remarquer par ailleurs que des jeunes de niveau secondaire ne sont pas admissibles à la PCUE et que certains ont besoin d'un emploi.

Malgré tout, il existe un autre facteur, plus insaisissable celui-là, qui conduit certains jeunes vers le milieu événementiel ou sur le chemin des camps de jour.

Quand la COVID-19 a écourté son année scolaire en cinquième secondaire, Ugolin Marcon a rapidement cherché à s'occuper. Je me suis dit que j'allais pouvoir me rendre utile en allant au IGA et contribuer à la société, raconte-t-il.

Actuellement, il travaille toujours dans l’épicerie, mais il retournera bientôt travailler au camp de jour Bruchési pour un troisième été d'affilée. Selon lui, plusieurs jeunes vont l'imiter, car au-delà du salaire, il y a le facteur plaisir.

C'est une job trippante. Ça crée plein de bons souvenirs. Tu es avec du monde le fun aussi, s’exclame-t-il.

Avec les informations de Nancy Caouette, Gabrielle Cimon, Jacaudrey Charbonneau et Jérôme Labbé

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Emploi

Société