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Les travailleurs essentiels, ces « nouveaux héros »

Trois travailleurs essentiels font le récit de leur quotidien depuis le début de la pandémie.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des ambulanciers en combinaison transportent un malade sur une civière.

Des ambulanciers transportent à l'hôpital un résident d'un centre d'hébergement de soins de longue durée.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Laurianne Croteau

Applaudissements, klaxons et autres marques de reconnaissance se sont accumulés en début de crise pour remercier les travailleurs de la santé pour leur service. Mais l'éventail d’individus sur lesquels s’appuie actuellement la société va bien au-delà des murs des hôpitaux.

Ce sont les commis d’épicerie, les conducteurs de camion qui transportent des aliments, les éducatrices qui prennent soin des enfants, les travailleurs de la santé ou encore les commis des stations-service qui nous permettent d’utiliser notre voiture.

On a découvert au fil du temps à quel point ils étaient importants dans le roulement de notre économie et combien, en contexte de pandémie, ils jouaient un rôle tout à fait essentiel , fait valoir Mathieu Wade, professeur en sociologie à l'Université de Moncton.

Trois d’entre eux font le récit de leur quotidien depuis le début de la pandémie.

Raymond Auffrey : établir un « contact à distance »

Un homme en uniforme de postier pose devant des colis.

Raymond Auffrey, postier chez Poste Canada

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Les gens sont très gentils. Des fois on voit des petits messages des jeunes comme ''Thank you Canada Post!'' sur les maisons. Ils nous remercient.

Raymond Auffrey, postier

Alors qu’auparavant, Raymond Auffrey faisait surtout affaire à des boîtes aux lettres et des paillassons, il interagit maintenant beaucoup avec les gens du quartier qu’il dessert.

Surtout avec les gens qu’on voyait jamais, ils nous voient maintenant, presque chaque jour. Donc c’est un contact à distance, mais c’est un contact quand même.

Les difficultés ont surgi au début de la crise, surtout en ce qui concerne la possibilité d’attraper le virus avec des colis en provenance de l’étranger. Le stress est toutefois bien moindre aujourd’hui, selon le postier.

Même s’il tente de conserver une distance avec les gens, ces derniers semblent avoir mis les mesures de distanciation de côté depuis quelques semaines, a-t-il remarqué. Les gens font attention, ils sont respectueux, mais on dirait qu’ils se rapprochent de plus en plus.

Mis à part les protections supplémentaires et le 2 mètres de distance, Raymond Auffrey estime que son travail est essentiellement le même. On cogne, la sonnette… ils viennent à la porte, on dit: ''Hi!'' puis on s’en va.

La pandémie lui a fait réaliser que son travail est plus crucial que jamais.

Ces jours-ci, les volumes sont assez élevés, ça ressemble aux volumes du temps des Fêtes.

Raymond Auffrey, postier

M. Auffrey raconte qu'il avait surtout l'habitude, avant la pandémie, de livrer des cadeaux.

Au début, les colis c’était surtout des chaises, des tables pour travailler de la maison. Maintenant, c’est des articles de tous les jours, comme de la nourriture… il y a de tout.

Janice Melanson : donner de l'amour pour compenser l'absence des proches

Portrait de Janice Melanson.

Janice Melanson, infirmière auxiliaire à la Villa du Repos de Moncton

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Depuis le début de la pandémie, Janice Melanson, une infirmière auxiliaire, essaie de compenser comme elle le peut avec l’absence des proches de ses résidents, à la Villa du Repos de Moncton. Une présence qui lui manque, à elle aussi.

On les aime trois fois plus parce qu'ils n'ont plus la visite qui vient. Ils ont encore l’amour de leurs proches, mais ils ne peuvent pas le sentir. Donc c’est nous autres qui leur donne plus d’amour.

Janice Melanson, infirmière auxiliaire

C'est sûr qu'on s'ennuie des familles. Les résidents sont ma famille, donc c’est sûr que leurs proches, c’est ma famille aussi. Ils nous aident beaucoup, surtout durant les repas, à leur donner à manger, so on n’a plus cette aide-là.

L’infirmière auxiliaire traite entre six et dix patients par jour. Elle aimerait pouvoir passer plus de temps avec chacun d’entre eux, mais la liste de tâches à accomplir s’accumule.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

C’est sans compter la demi-heure où, au début de son quart de travail, elle fait la file, prend sa température, répond à des questions et enfile son uniforme et l’équipement de protection. Puis, la chorégraphie reprend à l’envers à la fin de sa journée.

Les gens sont épuisés, plus stressés. On a un stress parce qu’on ne veut pas emmener le virus dans le foyer. Pis on ne veut pas emmener le virus chez nous non plus. Donc c'est un plus gros stress avec toutes les nouvelles choses qu’ils ont mis en place, raconte-t-elle.

Peu de reconnaissance

Elle pourrait être dans un hôpital, explique-t-elle, mais a choisi de travailler dans un foyer de soins par amour pour les résidents. Elle déplore toutefois le peu de reconnaissance que ses collègues et elle reçoivent.

On fait cet ouvrage parce qu'on aime notre ouvrage, parce qu’on aime travailler avec le public puis nos résidents. Mais l’emphase est surtout mise sur les docteurs et les infirmières… au personnel dans les hôpitaux, déplore-t-elle. Moins sur ceux des autres centres, comme dans les foyers de soin.

Selon le sociologue Mathieu Wade, la crise met en lumière les inégalités dont plusieurs quarts de métiers jugés essentiels sont victimes.

Les personnes dans les foyers de soins sont vraiment en bas de l’échelle des soins de santé. Il y a présentement une prise de conscience de la précarité de leurs conditions de travail. Ces gens-là font un travail important, on est dans des sociétés vieillissantes et on va en avoir de plus en plus de besoins.

Un métier « typiquement » exercé par des femmes

C’est en se tournant vers le passé qu’on peut trouver une explication à ces conditions difficiles, selon le sociologue. Les métiers du care, sont typiquement prodigués par des femmes. Il s’agit par exemple des soins infirmiers, de la petite enfance, ou des soins aux personnes âgées.

Ce type de travail a historiquement été issu de la sphère privée, et n’était pas rémunéré, explique Mathieu Wade.

On a longtemps eu cette idée selon laquelle le care était plus naturel pour les femmes, que ça leur venait de façon instinctive grâce à l’instinct maternel, et donc ce sont elles qui allaient s’occuper des jeunes enfants. Et étant donné que c’était dans la nature de la femme de la faire, ce n’était pas nécessairement utile de la valoriser parce que la femme le faisait naturellement.

Il estime que c’est pourquoi aujourd’hui encore, les conditions de travail reflètent l’héritage de cette division ancestrale du travail.

Marcel LeBlanc : redoubler de créativité pour permettre aux gens de s'acheter à manger

Le plus grand coup à donner s’est aussi déroulé au tout début pour Marcel LeBlanc, commis d'épicerie à Moncton. Non seulement il fallait gérer les problèmes avec les fournisseurs, le stress des gens qui circulent dans l’épicerie et se protéger lui-même, mais ses collègues et lui ont aussi dû réfléchir à une façon d’offrir des aliments à récupérer de l’extérieur.

Il fallait trouver de nouvelles solutions pour permettre aux clients qui ne voulaient pas entrer dans le magasin d’avoir accès à leur nourriture et à des produits.

Marcel LeBlanc, commis d'épicerie
Marcel LeBlanc, commis à l'épicerie Dolma de Moncton

Marcel LeBlanc, commis à l'épicerie Dolma de Moncton

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

L’ajout d’achats en ligne et la création de paniers hebdomadaires ont rendu la transition plus facile. Il estime que le retour à la normale se fait désormais progressivement.

Il y a beaucoup de monde dans le voisinage qui a décidé de venir ici au lieu des grandes chaînes d’épicerie puisque c’est un endroit avec une moins grande concentration de clients, ce qui permet d’avoir moins de stress de ce côté-là.

Ça nous fait plaisir d’être capables d’offrir des services à la communauté, puis juste entendre les gens dire qu’ils nous apprécient, c’est déjà beaucoup.

Marcel LeBlanc, commis d'épicerie

Des remerciements, il en reçoit régulièrement depuis le début de la pandémie. Il y en a même qui nous ont appelés des héros… c’est un peu exagéré, admet-il en riant.

Néanmoins, l’appréciation des gens du quartier lui fait chaud au cœur . Ça a beaucoup valorisé ma position de travailleur essentiel, ça fait du bien d’entendre les gens nous faire des remerciements ou dire qu’ils apprécient notre travail. Ça nous encourage à continuer notre travail.

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