•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le milieu culturel partagé devant la réouverture progressive annoncée par Québec

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un rideau de théâtre rouge, entrouvert montre la salle éclairée et des sièges vides.

Le reportage de Nabi-Alexandre Chartier

Photo : getty images/istockphoto / MarioLisovski

L'annonce du feu vert pour la reprise des activités muséales et des bibliothèques, notamment, fait réagir positivement à travers le Québec. Les responsables de ces institutions culturelles disent toutefois vouloir agir avec prudence pour éviter une multiplication des cas de COVID-19.

À Québec, par exemple, les amateurs et les curieux ne pourront parcourir les corridors du Musée national des beaux-arts (MNBAQ) qu'à partir du 29 juin, soit un mois après l'autorisation qui a été donnée vendredi par le gouvernement et qui entrera en vigueur dans une semaine, très exactement.

Nous étions en plein blockbuster; il y avait eu 50 000 personnes en 29 jours, se rappelle Jean-Luc Murray, le directeur général de l'établissement, en parlant de l'exposition sur Frida Kahlo, qui a été suspendue dans l'urgence en raison de la crise sanitaire.

Le jour où nous avons fermé, j'étais dans les salles et je me disais : "Ça va bien". On a vécu beaucoup de deuil et de tristesse, comme tout le monde, mais nous voyons poindre la lumière au bout du tunnel, parce que nous sommes capables d'imaginer une expérience qui va être de grande qualité. Différente, c'est sûr, mais pour le mieux, parce que les musées vont se recentrer sur leur essence, qui est d'être un lieu d'humanité, a-t-il déclaré.

Heureusement, la populaire exposition est toujours installée au musée, et pourra donc de nouveau recevoir les visiteurs dans un peu plus d'un mois.

De son côté, Yann Dubor, directeur de la mise en marché et du mécénat au Musée de la civilisation, évoque une « adaptation nécessaire », notamment de « tout ce qui peut être touché, tout ce qui est tactile ». Les expositions seront donc modifiées en conséquence.

À Montréal, aussi, les musées sont soulagés, même si, là également, on veut prendre le temps de bien faire les choses. À l'instar du MNBAQ, le Musée des beaux-arts de Montréal rouvrira ses portes à la fin de juin. Selon Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef, l'annonce de Québec a entraîné une « réaction de joie », puisqu'il s'agit du « premier déconfinement dans le milieu culturel ».

Pour Mme Bondil, l'art en général et les musées, en particulier, « sont des lieux qui peuvent apporter beaucoup de réconfort pendant un moment anxiogène ». Et avec l'imposition de normes sanitaires « strictes », dit-elle, l'expérience muséale offerte sera « très exclusive et très intime ».

Je dirais que beaucoup attendent de pouvoir véritablement voir les œuvres, être en contact avec les œuvres d'art; c'est une expérience qui ne peut pas être remplacée par une expérience numérique.

Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal

Dans un autre musée montréalais, à Pointe-à-Callière, cette fois, la directrice des collections, programmes et services aux publics, Katy Tari, parle d'une annonce attendue depuis la fin de mars, soit depuis le début du confinement.

Quant aux bibliothèques, qui pourront elles aussi rouvrir leurs portes dès le 29 mai, en théorie, il sera impossible au début de flâner dans les rayons. Seuls les comptoirs de prêt seront accessibles au public.

À Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), ce changement nécessitera une adaptation. Nous espérons que l'offre redimensionnée sera complète le 2 juillet, a mentionné Jean-Louis Roy, président-directeur général de la BAnQ.

L'approche de Québec critiquée

Tous les acteurs du milieu culturel ne partagent toutefois pas cet optimisme. Pour Lorraine Pintal, directrice artistique et générale du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), il est dommage que rien n'ait été annoncé vendredi pour les théâtres.

Je me réjouis pour les musées, je me réjouis pour les bibliothèques [...], mais on s'attendait à beaucoup plus, de la part de notre ministre de la Culture, concernant les lieux de rassemblement, notamment les théâtres, mais aussi la danse, la musique, les concerts, a-t-elle déclaré sur les ondes de RDI.

On comprend très bien l'état actuel de Montréal, qui est un état dramatique, mais en même temps, il y a toute une volonté d'un milieu de rouvrir nos portes devant un public [...], faire travailler les comédiens, les concepteurs, les auteurs... En ce moment, le chômage, dans ce milieu-là, est terrible, et ce n'est pas en laissant les salles fermées qu'on va se sortir de cette crise.

Au dire de Mme Pintal, le milieu culturel québécois attendait de voir comment le ministère de la Culture et sa représentante, la ministre Nathalie Roy, pouvaient « parvenir à un équilibre avec les annonces du gouvernement fédéral », mais souhaitait que Québec annonce également, vendredi, des mesures d'aide aux institutions culturelles pour réengager les travailleurs du milieu.

Je veux bien faire des captations sur scène, cet été; on le sait tous, c'est la voie d'évitement en ce moment, on va faire des programmations numériques, on va occuper le web, on va essayer de bien payer nos artistes pour ce faire, mais ce que nous attendons du gouvernement du Québec, en ce moment, c'est une date, a-t-elle renchéri.

On a besoin d'avoir l'heure juste, parce qu'on est en train de faire attendre des gens qui ont signé des contrats avec nous [...].

Lorraine Pintal réclame ainsi des précisions de la part du gouvernement Legault, notamment si, dit-elle, les normes de distanciation sociale doivent demeurer en place jusqu'à ce qu'un vaccin soit découvert, c'est-à-dire dans au moins un an.

Les doléances de la directrice du TNM ne portent toutefois pas sur la présence ou l'écoute de la ministre Roy qui, affirme Mme Pintal, a participé à plusieurs rencontres et discussions avec des représentants du secteur culturel, notamment le milieu théâtral.

Je sais qu'elle est pieds et poings liés avec la Santé [...], et qu'elle attend, comme tout le monde, les règles de la Santé, mais il y aurait moyen d'être un peu plus à l'avant-garde et à l'écoute de ce qui se passe à l'étranger. Il faut avoir un signal clair pour l'automne.

Le cri du cœur de Mme Pintal trouve écho auprès de Martin Faucher, codirecteur général et directeur artistique du Festival TransAmériques, qui s'est dit « déçu, déçu! ».

Je ne peux pas être en colère, le monde entier va mal... Alors je suis très humble, mais j'aurais souhaité des mesures vraiment plus concrètes pour les arts de la scène.

Nous sommes prêts, nous avons fait toutes les études pour les mesures sanitaires... pas un mot!, a renchéri Madeleine Careau, chef de la direction de l'Orchestre symphonique de Montréal.

« Phase transitoire »

En entrevue sur les ondes de RDI, la ministre Nathalie Roy a rappelé qu'il était effectivement nécessaire de continuer à respecter les règles de distanciation sociale, et que le déconfinement progressif annoncé vendredi pour certaines institutions culturelles représentait une « phase transitoire ».

Nous devons avoir des pratiques qui permettent d'avoir des spectacles en toute sécurité, a-t-elle déclaré.

La ministre a aussi dit plancher sur des « appels à projets » pour des artistes qui « offriront des performances dans ce nouvel univers, avec ces nouvelles restrictions ».

On ignore quand la normale va revenir, a poursuivi Mme Roy.

Cette dernière a ajouté que les festivals, un pilier de la vie culturelle estivale du Québec, « ont déjà reçu la moitié de l'argent alloué ».

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !