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L'école en confinement : deux familles, deux réalités

Shanti Lessard-Larochelle et Caroline Duranleau sont toutes les deux en télétravail avec trois garçons d’âge scolaire. L’une vit à Montréal, l’autre à Shawinigan. Nous les avions contactées début avril pour voir comment s’organisait l’école à la maison. Qu’en est-il aujourd’hui?

Le petit garçon vu de dos sur son vélo.

Vincent-Olivier pratique le vélo sur le REV (Réseau express vélo) de l’avenue Souligny, à Montréal. Son grand frère, Louis-Alexandre, lui a appris comment faire au début du confinement.

Photo : Courtoisie de Shanti Lessard-Larochelle

Danielle Beaudoin

L’école primaire a rouvert à Shawinigan le 11 mai, comme partout en région, après deux mois d’arrêt pour cause de pandémie. Caroline Duranleau a décidé d’y envoyer son plus jeune, Olivier. Il est en quatrième année à l’École Immaculée-Conception.

J'avais plusieurs appréhensions, mais ça s’est vraiment bien passé, explique Caroline. Olivier est très heureux de son retour à l'école.

Quand on est arrivés lundi, raconte Caroline, l'équipe-école était super préparée. Tout le monde était à l'extérieur pour s'assurer que les enfants respectaient les consignes, que les parents comprenaient comment ça allait se passer.

Les enfants n’ont pas senti toutes ces restrictions comme étant contraignantes. En tout cas, pas le mien. Et de ce que j'ai entendu d'autres parents, non plus. Et au contraire, je pense que ça les a aidés à s'adapter.

Caroline Duranleau

Autre aspect positif, selon Caroline : les groupes sont plus petits. Seulement 60 des 230 élèves sont retournés à l’école. Dans la classe d’Olivier, ils sont quatre. Ce qui convient à Olivier, qui a des difficultés d’apprentissage, explique-t-elle.

Mon fils trouve ça vraiment bien. Il est plus timide aussi. Alors là, ça lui permet davantage de participer. Et il sent qu'il a un peu plus d'attention peut-être des adultes.

Les garçons sont sur leur vélo.

Olivier et Charles-Antoine profitent du beau temps le 21 mai à Shawinigan.

Photo : Courtoisie de Caroline Duranleau

Caroline Duranleau a trois garçons, dont un au cégep, qui étudie à l’extérieur. Les deux plus jeunes, Charles-Antoine, 13 ans, et Olivier, 10 ans, vont à l'école publique. La famille va prochainement déménager à Trois-Rivières, où Caroline travaille comme professionnelle de recherche au Département d’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Lorsque nous l’avons contactée en avril, après plus de deux semaines de confinement, cette mère de famille monoparentale a raconté l’organisation des journées, entre l’école à la maison et le télétravail, tout en faisant remarquer qu’elle ne pouvait à elle seule remplacer les professeurs.

Difficile conciliation travail-famille

Pour la conciliation éducation-télétravail, ça a été très difficile depuis qu'on s'est parlé, confie-t-elle. D’abord, sa charge de travail a beaucoup augmenté au fil des jours. Au début du confinement, elle avait moins de travail, car son employeur était encore en train de s’ajuster. Remarquez que j'ai un employeur qui est très ouvert et très flexible. Mais comme professionnelle, on se met aussi une certaine pression de livrer quand même un travail qui fait du sens, note Caroline.

Ensuite, la motivation des enfants a diminué à mesure que les semaines passaient. Il y a eu une période où il n'y avait pas beaucoup de communication entre l'école et les enfants par rapport à ce qui pouvait être fait, et ce qui devait être fait. Pour mon plus vieux, qui est au secondaire, ce fut très confus, les messages qu'on reçoit. Est-ce qu'il doit travailler? Est-ce qu'il ne doit pas travailler? En même temps, il est bon normalement à l'école. Donc, c'est moi qui insiste pour qu'il continue de faire des travaux, explique-t-elle.

Convaincre l'ado, qui est bon en plus à l'école et qui sent, lui, qu'il n’en a pas besoin, le convaincre de faire un travail, ce n'est pas évident.

Caroline Duranleau

Avez-vous remarqué des changements ces derniers jours, compte tenu du fait que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, exige maintenant des professeurs un meilleur encadrement des élèves? Oui, répond Caroline.

Il y a beaucoup plus de contacts avec les enseignants, qui semblent aussi, pour certains, mieux organisés dans ce qu'ils envoient et dans l'utilisation de la technologie [comme Classroom ou Zoom], surtout pour les matières de base.

Caroline Duranleau est souriante.

Caroline Duranleau, en télétravail. « Quand je me donne la peine de me maquiller pour une réunion Zoom! »

Photo : Courtoisie de Caroline Duranleau

J’aide les enfants par petits blocs

Comment organisez-vous vos journées? Caroline raconte qu’elle en profite le matin pendant que les enfants dorment pour travailler un peu. Après le déjeuner, elle emmène Olivier à l’école. Elle revient et travaille encore un peu. Elle aide Charles-Antoine à s’installer pour ses travaux. Elle va chercher le plus jeune à l’heure du midi. Et ainsi de suite.

Je travaille par petits blocs. J'aide les enfants par petits blocs. Finalement, j'ai l'impression d'ouvrir mon ordinateur à 7 h le matin et de le refermer à 6 h le soir, mais de ne pas avoir réussi à faire ma journée complète et de ne pas avoir tant que ça réussi non plus à accompagner mes enfants comme je voudrais les accompagner.

Ce que je trouve difficile, c'est que j'ai l'impression d'être toujours être en train soit de travailler ou d'accompagner mes enfants, et de jamais bien faire ni un ni l'autre.

Caroline Duranleau

Quels souvenirs allez-vous garder de cette période? Bonne question, répond-elle en réfléchissant.

Je ne suis pas du tout dans le mode des gens qui découvrent de nouvelles passions parce qu'ils ont plein de temps, lance-t-elle en riant.

On réussit quand même à avoir de beaux moments à travers tout ça. Mais c'est une période un peu particulière, où j'ai l'impression qu'il n'y a comme rien qui vient ponctuer les journées. On est juste en train d'essayer de passer au travers et faire de notre mieux.

Pendant ce temps à Montréal

Shanti Lessard-Larochelle vit une autre réalité sur l’île de Montréal. Contrairement aux régions, les classes du primaire reprendront en septembre.

Comment avez-vous pris le report à l’automne des classes du primaire? Les sentiments sont partagés, répond Shanti Lessard-Larochelle, mère de trois garçons d’âge scolaire, qui vit à Mercier-Est. Les deux plus jeunes, âgés de 8 et 12 ans, devaient retourner à l’école le 25 mai.

Shanti Lessard-Larochelle porte des verres fumés, tuque et foulard.

Shanti Lessard-Larochelle, dans sa cour récemment. « Récent et pas de coiffeur depuis trop longtemps! »

Photo : Courtoisie de Shanti Lessard-Larochelle

Je suis un peu ambiguë, parce que j'étais prête à les renvoyer [à l’école], dans le contexte, même si je ne trouvais pas ça facile comme décision.

Shanti Lessard-Larochelle

Shanti s’inquiète surtout pour Charles-Antoine, celui du milieu, qui est en 6e année, en anglais intensif. Il venait de commencer l’apprentissage des autres matières que l’anglais en janvier dernier. Il est donc loin d’avoir acquis toutes les notions de 6e année, et il entre au secondaire l’année prochaine, s’inquiète Shanti. Une reprise scolaire le 25 mai aurait permis à Charles-Antoine de faire du rattrapage.

Je trouve ça plate pour eux. Eux aussi étaient prêts à recommencer. Ils s'étaient comme mindés à ça , explique Shanti. Ils disaient : "Bon ben on va être à deux mètres de distance de nos amis, les récréations vont être vraiment plates, mais on va voir un petit peu de monde"!

Nous l’avions contactée le 1er avril. La famille était déjà en confinement depuis trois semaines, soit un peu avant tout le monde. Elle a dû se mettre en quarantaine le 10 mars, à son retour d’une semaine de relâche passée à l’étranger.

C'est important de continuer la routine

Shanti, qui est employée de bureau, est en télétravail. Son conjoint aussi.

Maintenant que vous avez appris qu’il n’y aurait pas de rentrée ce printemps, comment ça se passe à la maison? Ça va bien; on continue la routine. C'est important de continuer la routine, lance-t-elle. Comment s’organisent les journées? Ils se lèvent, ils ont leur heure de lecture à faire. Après ils font du NetMath, du AlloProf, des activités, explique-t-elle. Quelles activités? Aujourd'hui, Vincent a fait quatre pages de dictées avec AlloProf. Hier, il a fait des accords de verbes.

Et Shanti poursuit avec le programme de la journée. Ils font de la calligraphie; ils prennent une revue et ils copient des petits paragraphes. Ensuite, je les envoie dehors l’après-midi, pendant à peu près deux-trois heures.

Et quand il pleut? J'ai plus de la misère à leur dire : "Ben il pleut à boire debout, fait qu'allez dehors". Je les laisse en dedans, mais il faut qu'ils varient quand même un peu aussi leurs activités.

Les deux enfants sont dans la piscine.

Charles-Antoine et Vincent-Olivier en mode week-end, dans la piscine familiale.

Photo : Courtoisie de Shanti Lessard-Larochelle

Shanti est satisfaite du suivi que font les professeurs auprès de ses enfants. Ils nous écrivent régulièrement, ils nous envoient la trousse toutes les semaines. […] En plus de la trousse, ils nous expliquent un peu ce qui se passe, ce qui s'en vient.

Un suivi plus soutenu des professeurs

Avez-vous remarqué des changements ces derniers jours, depuis les nouvelles directives du ministre Roberge pour un meilleur encadrement à distance des élèves? Oui, répond Shanti. Les deux plus jeunes ont eu des rencontres cette semaine avec leurs professeurs au moyen de la plateforme Teams.

Quant au plus vieux, Louis-Alexandre, 16 ans, qui est en 4e secondaire, rien de neuf pour lui venant de l’école. Mais depuis trois ou quatre semaines, il participe à des rencontres sur Teams avec son professeur de français, et il a reçu une feuille de route regroupant les travaux et devoirs à faire dans ses différents cours.

Sentez-vous que l'année est perdue et qu’il va falloir tout reprendre? Mes enfants n’ont pas de difficultés d’apprentissage; c’est déjà très bien! J'ai confiance que l'année prochaine, ça va être repris; les profs vont s'adapter aussi avec cette réalité-là, répond Shanti.

Malgré tout, elle aime le rythme du confinement, qui, pour elle en tout cas, est plus lent. Un moment de répit, une pause de la vie normale, où se conjuguent le travail, les activités sportives des enfants, les repas, les leçons et autres tâches. J’ai l’impression qu’il y a moins de stress, conclut-elle.

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