•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Non, la thrombose n’est pas l’unique cause de décès des victimes de la COVID-19

Elle est toutefois une complication possible chez les personnes infectées par le nouveau coronavirus.

Capture d'écran d'une publication Facebook commençant par "ON S'ÉTAIT BIEN TROMPÉ SUR LE TRAITEMENT DU COVID 19". Le mot FAUX est superposé sur la photo.

Cette publication virale a été partagée plus de 19 000 fois.

Photo : Capture d'écran

Une publication Facebook partagée plus de 19 000 fois affirme que la COVID-19 « n’est pas une pneumonie », mais bien une thrombose, soit une maladie sanguine où se forment des caillots qui entravent des vaisseaux sanguins. C’est faux, bien que la thrombose soit une complication possible chez les personnes infectées.

« ON S’ÉTAIT BIEN TROMPÉ SUR LE TRAITEMENT DU COVID19, MAINTENANT ON SAIT ENFIN! », peut-on lire dans la publication, qui présente le professeur français Jacques Theron, « neuroradiologue CHU Caen » , comme son auteur.

On y raconte que « grâce aux autopsies pratiquées par les Italiens » , il a été démontré que l’unique cause du décès des victimes de la COVID-19 est une thrombose qui entrave un vaisseau sanguin lié au poumon.

Ces informations amènent l’auteur à la conclusion que des respirateurs artificiels et des unités de soins intensifs n'ont jamais été nécessaires pour traiter la maladie.

Des antibiotiques, des antiviraux, des anti-inflammatoires, des anticoagulants ou encore des aspirines dissoutes dans du jus de citron bouilli avec du miel sont présentés comme la façon recommandée de combattre le SRAS-CoV-2.

« L'auteur » dément

Joint par courriel, le professeur Jacques Theron nie être l’auteur du texte et dit qu’il n’est plus au CHU de Caen depuis une décennie, travaillant plutôt à Paris et à Madrid.

En fait je n'ai fait que relayer vers quelques amis ce travail italien qui m'a paru intéressant. Je n'ai pas l'article original. Les mystères d'Internet ont fait que les gens ont cru que j’étais l'auteur de ce travail. Je n'imaginais pas qu'un simple échange d'information entre amis pouvait avoir une telle diffusion involontaire, explique-t-il.

La thrombose, une complication observée

Plusieurs médecins et chercheurs ont constaté depuis le début de la pandémie que la thrombose, ou la formation de caillots sanguins qui bloquent la circulation sanguine, était une complication fréquente chez les patients COVID-19.

Illustration 3D de la formation de caillots sanguins. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La formation de caillots sanguins qui bloquent la circulation sanguine est une complication fréquente chez les patients COVID-19.

Photo : getty images/istockphoto / iLexx

La publication virale avance toutefois que la thrombose est l’unique cause de décès liés à la COVID-19. Selon elle, ces informations ont été confirmées par les résultats d’une cinquantaine d’autopsies dans la ville de Bergame, épicentre de la pandémie en Italie, et une vingtaine de plus en provenance de Milan. Les résultats auraient été rapportés par « un pathologiste italien ».

Or, il n’existe aucun travail de recherche italien avançant que l’unique cause de décès des victimes de la COVID-19 est la thrombose, ni aucun travail de recherche analysant ce nombre de cas dans ces deux villes italiennes.

L’AFP (Nouvelle fenêtre) a toutefois trouvé une étude (Nouvelle fenêtre) qui décrit les cas de 38 patients hospitalisés aux soins intensifs à Bergame et à Milan. Elle est a été mise en ligne sur MedRxiv, un site de prépublication, où l’on peut mettre en ligne des travaux sans qu’ils n’aient été vérifiés par d’autres scientifiques.

D’emblée, les auteurs de l’étude qualifient la COVID-19 de maladie respiratoire et mentionnent que tous les patients avaient été testés positifs et montraient des signes cliniques et radiologiques d'une pneumonie au moment de leur hospitalisation.

Des caillots de sang ont été trouvés chez 33 des 38 patients observés. Nos données appuient fortement l’hypothèse proposée par de récentes études cliniques, selon lesquelles la COVID-19 est aggravée ou liée à la coagulopathie (problème de coagulation du sang) et la thrombose, peut-on lire dans le document.

Pour ces raisons, l’utilisation d’anticoagulants a récemment été suggérée comme étant potentiellement bénéfique chez les patients avec des cas sévères de COVID-19, bien que son efficacité et sa sécurité n’aient pas encore été démontrées.

Ce sont là des conclusions qui diffèrent profondément de celles présentées dans la publication virale, qui dit carrément que la COVID-19 n’est pas une maladie respiratoire et affirme sans détour que les anticoagulants – ces médicaments servant à prévenir la formation de caillots sanguins – ainsi que plusieurs autres substances sont efficaces pour la combattre.

Le journal Libération souligne d’ailleurs (Nouvelle fenêtre) que d’autres études sur le sujet rapportent des taux de complications thrombotiques moins élevés que celui de l’étude italienne. Une étude française (Nouvelle fenêtre) a par exemple constaté de telles complications chez 64 des 150 patients observés. Seulement 31 % des 184 patients ayant fait l’objet d’une étude néerlandaise (Nouvelle fenêtre) ont développé une thrombose.

La cascade de la coagulation

Les anticoagulants étaient déjà utilisés auprès de la quasi-totalité des patients de n’importe quelle infection sévère avant même que la COVID-19 se propage, souligne le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Une personne tient des pilules dans sa main.

Les anticoagulants se prennent sous forme de comprimés.

Photo : getty images/istockphoto / nito100

L’inflammation qui vient avec une infection a le potentiel d’activer ce qu’on appelle la cascade de la coagulation. C’est ce qui fait que lorsque vous vous coupez, par exemple, il y a des protéines qui reconnaissent que vous êtes exposé à une perte de sang et qui vont se mettre à coller ensemble les éléments du sang et créer ce que les gens appellent une galle. C’est en fait un caillot qui vous empêche de vous exsanguiner , explique-t-il.

Ce qui semble particulier avec les patients infectés à la COVID-19 est qu’ils ont davantage de caillots sanguins, fait valoir le Dr Simon.

L’espèce de couple entre l’infection, l’inflammation et la coagulation est plus fortement exprimé dans les infections à la COVID-19 qu’avec les autres infections auxquelles on est habitués. C’est vraiment quelque chose qu’on ne comprend pas encore. C’est une maladie toute neuve.

Le Dr Mathieu Simon, pneumologue et chef des soins intensifs à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec

C’est pour cette raison que la plupart des patients COVID-19 admis aux soins intensifs dans son établissement reçoivent des doses élevées d’anticoagulants.

Ces médicaments peuvent toutefois avoir des effets négatifs sur des patients présentant certains facteurs de risque, comme ceux ayant déjà eu des ulcères, allant jusqu’à provoquer des saignées mortelles. Bref, ils ne sont donc pas pour tout le monde.

Anticoagulants : différentes approches

Les protocoles entourant les anticoagulants diffèrent d’ailleurs au sein de différentes équipes médicales. Si certaines évitent d’avoir recours à d’importantes doses en soulignant qu’il n’existe actuellement aucune preuve qu’elles sont plus efficaces et augmentent plutôt le risque de saignement, d’autres traitent les patients avec des anticoagulants très puissants.

C’est notamment le cas du Dr Maurizio Viecca, chef de la cardiologie de l’hôpital Sacco, à Milan, qui administre de l’héparine, un médicament utilisé pour traiter la thrombose, et d’autres médicaments, à ses patients (Nouvelle fenêtre).

Le Dr Viecca est le principal partisan de l'emploi de ce médicament comme traitement contre la COVID-19 en Italie et dit qu’il a observé une importante diminution de décès à son hôpital depuis qu’il applique son protocole, allant même jusqu’à dire que les gens ne meurent pas de pneumonie, mais de thrombose.

Un homme moustachu parle avec un interlocuteur.

Le Dr Maurizio Viecca.

Photo : Maurizio Viecca / Facebook

Il dit malgré tout que son protocole n’arrête pas les pneumonies et reconnaît que la COVID-19 est une maladie respiratoire. L’Agence italienne du médicament (AIFA) a d’ailleurs donné le feu vert le mois dernier (Nouvelle fenêtre) à des évaluations cliniques de l’héparine de bas poids moléculaire chez les patients ayant des cas sévères de COVID-19.

Le Dr Simon note que les médecins italiens sont ceux qui ont montré le plus grand intérêt pour ce type de traitement et qu’il ne s’appuie pas sur des preuves scientifiques rigoureuses.

La majorité des médecins et des groupes aux soins intensifs ont convenu d’augmenter la dose sans aller jusqu’à traiter à l’aveugle de manière perçue comme dangereuse.

Le Dr Mathieu Simon, pneumologue et chef des soins intensifs à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec

Il faut comprendre qu’on fait ça en suivant un consensus d’experts qui n’ont pas encore assez de recul sur la COVID et ses complications thrombotiques pour dire qu’on fait la bonne chose. Il va falloir attendre quelques mois pour regarder ce qu’on a fait, le comparer avec d’autres pays et d’autres institutions, et déterminer quelle est la dose optimale. C’est ça, le problème des nouvelles maladies, estime le pneumologue.

Aspirine et jus de citron

Au-delà des anticoagulants, la publication virale dit que les antibiotiques, les antiviraux, et les anti-inflammatoires sont des traitements recommandés pour la COVID-19. Elle relate aussi l’histoire d’une guérison miracle aux États-Unis :

« Le cas impressionnant d'une famille mexicaine aux États-Unis qui prétendait avoir été guérie avec un remède à la maison a été documenté : trois aspirines de 500 mg dissoutes dans du jus de citron bouilli avec du miel, prises à chaud. Le lendemain, ils se sont réveillés comme si rien ne leur était arrivé! »

Un verre de jus de citron et un citron pressé.

Le jus de citron ne tue pas le coronavirus.

Photo : getty images/istockphoto / Acronycal

Comme l’a déjà expliqué ma collègue Bouchra Ouatik en mars, aucune boisson ne guérit le coronavirus. Bien que ce cocktail spécifique ne soit pas mentionné dans son article, il est mentionné sur les réseaux sociaux au moins depuis le mois d’avril, selon l’AFP.

Dans son article traitant de ce remède (Nouvelle fenêtre), un porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dit que l'automédication, quel que soit le traitement, y compris les antibiotiques comme technique pour se prémunir ou guérir de la COVID-19 n’est pas recommandée.

Certains antiviraux comme le remdesivir donnent des résultats encourageants dans des tests, tandis que des anti-inflammatoires comme la colchicine font présentement l’objet d’études cliniques. Quoi qu’il en soit, leur efficacité n’est pas scientifiquement reconnue.

L'utilité des respirateurs artificiels

« Selon des informations précieuses de pathologistes italiens, des ventilateurs et des unités de soins intensifs n'ont jamais été nécessaires », peut-on lire dans la publication partagée plus de 19 000 fois.

Or, nous n’avons pas été en mesure de trouver une telle déclaration de médecins italiens, et ce, même chez les plus fervents partisans des anticoagulants.

La maladie est une infection respiratoire qui peut se compliquer chez une certaine proportion des patients par d’autres problèmes d’oxygénation qui sont en lien avec l’inflammation qui altère l’équilibre de la coagulation et qui crée des infarctus. Si vous arrivez à l’hôpital avec la COVID, vous manquez d’air. Si je vous donne juste des anticoagulants et je vous dis de rentrer chez vous, je risque de recevoir un appel du Collège des médecins, illustre le Dr Mathieu Simon.

Des travailleurs de la santé tiennent un tube d'un respirateur artificel.

Le recours au respirateur artificiel est nécessaire chez les personnes dont la respiration naturelle est insuffisante.

Photo : iStock

Il est toutefois vrai que l’attitude des urgentologues face à l’intubation, un moyen de ventilation invasif qui nécessite l’insertion d’un tube dans la gorge pour lier machine et poumons, a quelque peu changé depuis le début de la crise. En général, ils tentent de privilégier des moyens de ventilation moins invasifs, diminuant ainsi les risques de complications et d’infections liés à l’intubation.

Le Dr Simon explique que, contrairement à l’intubation, la ventilation non invasive n’est pas étanche. C’est donc dire que chaque fois que le patient respire, de l’air peut s’échapper, ce qui aérosolise une maladie. Cela a mené à bien des décès au sein du personnel médical lors de l’épidémie de SRAS au début du millénaire.

Ce qu’on a appris, c’est que la COVID n’est pas aussi contagieuse que le SRAS : elle ne se transmet pas à partir d’aérosols purs, mais bien de gouttelettes comme des postillons. On a donc recommencé à utiliser des techniques moins invasives, dit le pneumologue.

L’intubation reste toutefois nécessaire pour certains patients.

Certains d’entre eux auront juste besoin d’oxygène pendant quelques jours, mais d’autres arrivent avec une réponse inflammatoire et une coagulation immense et se détériorent tellement vite qu’il n’y a aucune autre modalité que le tube et le ventilateur. Quand le patient est en mauvais état, il est trop tard pour essayer des techniques moins invasives, soutient le Dr Simon.

Vous avez vu une publication circuler et vous voulez que les Décrypteurs la vérifient? Envoyez-nous un courriel. Vous pouvez aussi rejoindre le groupe Facebook des Décrypteurs (Nouvelle fenêtre) ou nous suivre sur Twitter (Nouvelle fenêtre).

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Fausses nouvelles

Santé