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Le projet de loi chinois sur la sécurité nationale attise les tensions à Hong Kong

Des figures de proue du mouvement prodémocratie appellent à des manifestation en fin de semaine. La cheffe de l'exécutif du territoire se range sans broncher derrière Pékin.

Le reportage d’Anyck Béraud.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Radio-Canada

La décision de la Chine d'imposer à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale est l'une des pires attaques menées contre l'autonomie du territoire, ont tonné vendredi des militants prodémocratie, déterminés à descendre à nouveau dans les rues pour manifester leur indignation.

Le projet de loi, qui vise à interdire la trahison, la sécession, la sédition [et] la subversion, a été déposé vendredi matin à l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP), le Parlement chinois. Son adoption, prévue jeudi prochain, apparaît comme une simple formalité.

Ce texte intervient après des mises en garde répétées du pouvoir communiste chinois contre toute dissidence à Hong Kong, secouée l'an dernier par sept mois de manifestations monstres en faveur de la démocratie. Le président chinois Xi Jinping avait jugé qu'elles remettaient « gravement en cause le principe "Un pays, deux systèmes" ».

C'est la plus importante arme nucléaire jamais employée par le Parti communiste chinois pour détruire [...] Hong Kong, a souligné Jimmy Sham. Ce responsable du Front civique des droits de l'homme a été à l'origine de la grande manifestation qui avait donné le coup d'envoi au mouvement de contestation l'an dernier.

M. Sham a appelé les Hongkongais à défiler par millions dans les rues de l'ex-colonie britannique alors que d'autres militants ont appelé, via Internet ou des applications, à des manifestations dimanche.

Pour le militant Joshua Wong, figure du Mouvement des parapluies en 2014, le message envoyé par la Chine aux manifestants ne laisse aucune place au doute. Pékin essaie de faire taire par la force et la peur les voix des Hongkongais qui critiquent, a-t-il déclaré sur Twitter.

Un premier projet de manifestation en milieu de journée vendredi dans le quartier des affaires de la ville ne s'est toutefois pas concrétisé, à peine une poignée de personnes s'étant rassemblées, alors que la police antiémeute était visible dans les rues.

Cinq manifestants masqués marchent dans une rue en tenant une pancarte. L'un tient un micro, un autre, un mégaphone.

Des militants prodémocratie ont circulé dans les rues de Hong Kong vendredi pour dénoncer que le projet de loi chinois va détruire Hong Kong et mettre un terme au principe d'« Un pays, deux systèmes ».

Photo : Getty Images / AFP/ANTHONY WALLACE

Le projet de loi a toutefois pesé sur les marchés financiers. En effet, la Bourse de Hong Kong a clôturé vendredi en baisse de plus de 5 %, les investisseurs craignant de voir la ville perdre son statut de centre financier international et le statut économique spécial que lui accorde Washington.

Hong Kong a été rétrocédée à la Chine par le Royaume-Uni en 1997, aux termes d'un accord qui garantit au territoire pendant 50 ans une autonomie et des libertés inconnues dans le reste du pays, selon le principe Un pays, deux systèmes, développé par l'ex-président Deng Xiaoping.

Au fil du temps, le mouvement prodémocratie a pris de l'ampleur face à la mainmise jugée grandissante de Pékin.

Objectif : écraser la dissidence

Vendredi, le Parti communiste n'a pas caché que les objectifs du projet de loi, dont l'approbation par l'ANP jeudi prochain n'est qu'une formalité, visent à écraser ce mouvement.

Le premier ministre chinois Li Keqiang a ainsi déclaré que la Chine établirait un système juridique solide, doté de moyens pour sa mise en oeuvre, afin d'assurer la sécurité nationale à Hong Kong et Macao, qui dispose également d’une semi-autonomie.

Faisant référence aux forces antichinoises, le vice-président de l'ANP, Wang Chen, a pour sa part fait valoir la nécessité d'en finir avec les manifestants et de prendre à cette fin des mesures fortes pour les prévenir, les arrêter et les punir légalement.

Le projet de loi, dont Reuters a pu consulter une ébauche, prévoit en outre une transposition rapide des règles sécuritaires nationales dans la Loi fondamentale – qui fait office de Constitution pour Hong Kong – afin de lutter contre les activités jugées sécessionnistes, subversives et terroristes, ainsi que contre les ingérences étrangères.

Selon ce projet de loi, les services de sécurité et de renseignements chinois, qui ne peuvent pas intervenir à Hong Kong à l'heure actuelle, pourraient, si nécessaire, établir des antennes dans la ville pour défendre la sécurité nationale.

L'article 23 de la Loi fondamentale prévoit déjà que la région se dote d'une loi interdisant la trahison, la sécession, la sédition (et) la subversion. Il n'a cependant jamais été appliqué, une grande partie de la population hongkongaise y voyant une menace pour ses libertés.

La tentative de faire adopter une loi antisubversion au niveau local, en 2003, avait échoué après des manifestations monstres dans les rues de ce territoire de près de 7,5 millions d'habitants.

Carrie Lam et d'autres délégués chinois applaudissent le premier ministre chinois Li Keqiang qui retourne s'asseoir.

La cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam (rangée du haut, à droite), applaudit le premier ministre chinois Li Keqiang (en bas, à droite) après son discours devant l'Assemblée nationale populaire.

Photo : Getty Images / AFP/LEO RAMIREZ

Lam prête à « coopérer pleinement » avec Pékin

La cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, s'est dite prête vendredi à coopérer pleinement avec Pékin afin d'appliquer la loi sur la sécurité nationale que le régime chinois entend imposer au territoire autonome.

Dans un communiqué, elle a plaidé que la proposition de loi n'affecterait pas les droits et libertés légitimes dont jouissent les habitants de Hong Kong.

Elle a justifié l'intervention du parlement chinois dans les affaires constitutionnelles de Hong Kong par les violences survenues l'an dernier lors des manifestations.

L'émergence de divers incidents impliquant des explosifs et des armes à feu pose le risque du terrorisme.

Carrie Lam, cheffe de l'exécutif de Hong Kong

Mme Lam se trouve à Pékin à l'occasion de l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP) qui devra voter jeudi sur le texte concernant Hong Kong.

Nouvel obstacle dans la relation entre Washington et Pékin

Ce projet pourrait encore compliquer les relations entre Pékin et Washington, déjà marquées par les tensions commerciales persistantes et des accusations réciproques sur la gestion de la pandémie de COVID-19.

Le président américain Donald Trump a prévenu que Washington réagirait très fortement si Pékin allait au bout de ce projet.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi en dénonçant une interférence étrangère et a prévenu que la Chine riposterait si les États-Unis tentaient de s'opposer à son droit de garantir sa sécurité nationale contre les séparatistes.

En novembre, le Congrès américain avait adopté une résolution soutenant les droits de la personne et la démocratie à Hong Kong et menacé de suspendre son statut économique spécial.

Jeudi, les sénateurs ont présenté un projet de loi visant à imposer des sanctions à l'encontre de toute entité qui limiterait l'autonomie du territoire.

Exit la réunification « pacifique » avec Taïwan?

Le premier ministre chinois Li Keqiang s'est par ailleurs abstenu vendredi d'utiliser l'adjectif pacifique en évoquant la volonté d'une réunification avec Taïwan, un glissement sémantique qui pourrait suggérer une évolution politique dans un contexte de tensions croissantes entre l'île et le continent.

Dans son discours prononcé à l'ouverture de la session annuelle de l’ANP, il a déclaré que la Chine s'opposerait résolument et découragerait toute activité séparatiste visant à l'indépendance de Taïwan, considérée comme une province rebelle par Pékin.

Nous encouragerons (les habitants de l'île) à se joindre à nous pour s'opposer à l'indépendance de Taïwan et promouvoir la réunification de la Chine.

Li Keqiang, premier ministre chinois

Ses propos tranchent avec les discours habituels des dirigeants chinois, qui ont depuis plusieurs décennies constamment utilisé l'expression réunification pacifique en évoquant Taïwan.

La Chine n'a jamais exclu de renoncer à la force à l'égard de Taïwan et entend que l'île accepte le principe un pays, deux systèmes.

Réagissant aux propos de Li Keqiang, le conseil taïwanais des Affaires continentales, chargé des relations avec Pékin, a déclaré que les Taïwanais étaient résolument opposés à ce principe qui rabaisse Taïwan et affecte la stabilité dans le détroit de Taïwan, qui sépare l'île et la Chine.

Un haut responsable taïwanais au fait des relations entre les autorités de l'île et Pékin a cependant affirmé à Reuters que l'absence du qualificatif pacifique ne signalait pas un changement fondamental de l'approche de la Chine dans ce dossier.

Taïwan a dénoncé une multiplication des intimidations militaires chinoises autour de l'île depuis le début de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, des opérations décrites comme des manoeuvres militaires de routine par Pékin.

Trudeau « préoccupé » par la situation

À Ottawa, le premier ministre canadien Justin Trudeau a dit être très préoccupé par la situation à Hong Kong depuis longtemps, d'autant plus que 300 000 Canadiens y vivent.

L’approche de ''Un pays, deux systèmes" qui a longtemps gardé Hong Kong dans son caractère distinct continue d’être extrêmement importante. Nous avons souligné à Pékin à quel point c’est important de continuer un dialogue avec les citoyens de Hong Kong et de chercher à réduire les tensions et non à les augmenter.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François Phillipe Champagne, a aussi signé une déclaration conjointe allant dans le même sens avec ses homologues britannique et australien.

L'accord juridiquement contraignant signé par la Chine et le Royaume-Uni prévoyait que Hong Kong conserverait un degré élevé d'autonomie, soulignent-ils.

Elle prévoit également que les droits et libertés, entre autres les droits de la personne, de la presse, de réunion et d’association, seront garantis par la loi à Hong Kong, et que les dispositions des deux pactes relatifs aux droits de l’homme des Nations unies, soit le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, resteront en vigueur.L’adoption d’une telle loi au nom de Hong Kong sans la participation directe de sa population ou de son pouvoir législatif ou judiciaire porterait manifestement atteinte au principe "Un pays, deux systèmes" en vertu duquel Hong Kong bénéficie d’un degré élevé d’autonomie.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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