•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des ressources pour itinérants aux prises avec des cas confirmés de COVID-19

Une personne itinérante fouille dans ses sacs devant un comptoir de distribution d'aliments au centre-ville de Montréal.

La situation des personnes itinérantes lors de la pandémie de COVID-19 inquiète les autorités publiques.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des cas confirmés de COVID-19 ont été recensés dans les centres temporaires d'hébergement mis en place par la Ville de Montréal pour venir en aide aux itinérants.

On rapporte des cas déclarés du nouveau coronavirus au Complexe Guy-Favreau, où on a installé une centaine de lits, au marché Bonsecours, où on a aménagé environ 50 lits et dans un centre d'hébergement de la Petite-Bourgogne qui dessert la clientèle autochtone.

Radio-Canada a appris qu'on a découvert deux à trois cas dans chacun de ces centres au cours des derniers jours. Les autorités ont donc procédé à davantage de tests de dépistage auprès de cette population vulnérable.

La semaine dernière, 130 itinérants avaient avait été testés. Le total a grimpé aujourd’hui à 540 personnes. Depuis le début de la pandémie, 19 itinérants ont reçu un résultat positif à la COVID-19.

La directrice par intérim du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Annie Savage, dit qu'il faut être prudent avec ces statistiques.

En termes de quantité, effectivement, ce n'est pas tant que ça. Mais combien de cas réels, en fait, sachant que plusieurs personnes peuvent être hésitantes à aller se faire dépister. Les obstacles à se rendre, à avoir accès au dépistage, peuvent être trop importants pour beaucoup de personnes. Pour nous, ça reste un chiffre. Mais la situation demeure très préoccupante, déclare-t-elle.

Bien que la Ville de Montréal ait déployé des ressources importantes pour venir en aide aux plus démunis, il existe encore des oubliés. Annie Savage souligne par exemple qu’il n'y a pas assez de lieux d'hébergement dans certains arrondissements et d'endroits non mixtes pour les femmes.

Elle constate également des enjeux pour les gens qui consomment des drogues et qui ne peuvent pas arrêter sans conséquence graves sur leur santé. Ceux-ci ne peuvent pas être confinés facilement.

Une population à risque

Une des raisons invoquées par la Ville de Montréal pour déclarer l'état d'urgence sanitaire le 27 mars dernier et ainsi déployer des mesures importantes pour venir en aide aux plus démunis est qu’on a identifié la population itinérante comme étant particulièrement à risque.

Une personne itinérante au milieu de la place Émilie-Gamelin face à l'hôtel de la Place Dupuis, au centre-ville de Montréal.

L'état d’urgence local permet, par exemple, de réquisitionner des locaux pour fournir un toit aux itinérants pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La directrice adjointe aux partenariats au CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, Julie Grenier, indique qu’un protocole est suivi pour prévenir et contrôler les éclosions.

Par exemple, quand une personne est appelée à passer un test de dépistage, elle se retrouvera obligatoirement en période d’attente de son résultat, isolée à l’abri des autres, confinée jusqu’à l’obtention du résultat.

Une fois que le résultat est connu, les scénarios sont divers. Si la personne est positive, cela vient déclencher une enquête épidémiologique de la direction régionale de la santé publique, qui va faire le lien entre tous les contacts plus étroits que cette personne a eus, explique-t-elle.

Lorsque le résultat est positif, la personne ne retourne pas dans sa ressource d’hébergement. Elle est plutôt transférée dans une aile de l'ancien hôpital Royal-Victoria, où elle pourra par ailleurs recevoir des soins.

Un faux sentiment de sécurité

Radio-Canada a pu s’entretenir avec deux personnes itinérantes qui ne semblaient pas trop préoccupées par le nouveau coronavirus.

Les gens de la rue ne sont pas portés à être en contact avec les gens qui voyagent. Ils sont toujours dans la rue. Ils ne sont pas en contact avec les gens qui travaillent dans les bureaux, à l’aéroport, ou peu importe. Il y a moins de chance que la COVID infecte les gens de la rue, estime Fabrice.

Il a aussi été possible de discuter avec un autre sans-abri qui a conservé son anonymat. L’homme toussait et disait combattre une petite grippe. Il pensait que peut-être que oui il faisait de la fièvre. Il n’a pas subi de test de dépistage. Allez-vous vous faire tester? Je pense que mes anticorps sont assez forts pour combattre le virus, a-t-il répondu.

Ces témoignages illustrent le faux sentiment de sécurité que certaines personnes en situation d’itinérance peuvent avoir dans la rue. La perception de Fabrice était vraie au début de la pandémie, mais la situation est tout autre maintenant.

La première vague, c’était beaucoup de gens qui avec la relâche [scolaire] avaient voyagé. On n’est pas dans un contact nécessairement entre ces types de strates de la population quand on parle de la population en situation d’itinérance. Désormais, on est vraiment dans une situation de transmission communautaire soutenue. Donc, notre vrai combat il est maintenant pour cette population, affirme Julie Grenier du CIUSSS.

Une personne itinérante, de dos, fait la file à l'extérieur à un comptoir pour de la nourriture.

Une personne itinérante, de dos, fait la file à l'extérieur à un comptoir pour de la nourriture à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour réduire les déplacements dans la population itinérante, la Ville de Montréal a instauré une série de mesures pour l'hébergement : quatre hôtels, trois arénas et quatre autres sites de débordement. Les itinérants peuvent passer presque toute la journée dans la ressource, mis à part les deux heures de fermeture dans la journée pour faire le grand ménage.

Le modèle diffère des refuges qui, avant le début de la pandémie, fermaient leurs portes à 8 heures du matin en mettant tout le monde dehors pour rouvrir le soir.

Cependant, les itinérants restent libres de leurs mouvements. Ils se déplacent notamment pour aller manger à la place Émilie-Gamelin ou au square Cabot.

Un long retour à la normale

Julie Grenier estime que le retour des beaux jours risque d’avoir un impact sur le mouvement de cette clientèle dans la métropole.

Le beau temps va être notre prochain défi. Tout le monde a envie de sortir actuellement. Malgré toutes les mesures qu’on met en place, c’est certain tout le monde va avoir envie d’être dehors et d’en profiter. Il va falloir redoubler de vigilance, avise-t-elle.

Pendant que le Québec est en plein processus de déconfinement, Annie Savage du RAPSIM considère qu’on est loin d'un possible retour à la normale pour les personnes itinérantes.

Tant que les restaurants, les Tim Hortons de ce monde, où beaucoup de personnes en situation d’itinérance trouvent refuge durant le jour et peuvent s’alimenter [ne rouvriront pas], tant que les centres communautaires ne vont pas rouvrir, tant que l’économie générale ne reprendra pas, l’économie de la rue ne pourra pas reprendre non plus, soutient-elle.

La mairesse de Montréal Valérie Plante a annoncé dans sa conférence de presse de jeudi que 1,5 million de masques de procédure ont été remis à la municipalité.

Elle a indiqué que 500 000 d’entre eux seront distribués aux itinérants par la voie des refuges été que 500 000 autres seront remis aux organismes communautaires pour protéger le personnel.

Avec les informations de René Saint-Louis

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Grand Montréal

Santé publique