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Laisser l’école pour travailler en période de pandémie

L’enseignement à distance s’installe pour les élèves du secondaire dans le réseau public, mais des adolescents ont décidé d’arrêter d’étudier depuis le début du confinement pour aller sur le marché du travail. Des enseignants de Laval se retrouvent avec des classes virtuelles aux trois quarts vides. Les directions d’écoles craignent une augmentation du décrochage scolaire.

Une caissière de supermarché portant un masque, une visière et des gants.

De nombreux élèves du secondaire ont commencé à travailler à temps plein pendant le confinement.

Photo : iStock / Pixfly

Depuis le début du confinement, la routine de Carl-Antoine Labrecque n’est plus ce qu’elle était. Plutôt que d’aller en classe chaque jour, l’étudiant de cinquième secondaire se rend quotidiennement travailler dans une épicerie de son quartier. « Je fais 35 heures et même plus des fois. Tout dépend comment c’est surchargé à la job, parce qu’il y a pas beaucoup d’employés et qu'il y a beaucoup de commandes. »

Après deux mois à la maison, sans nouvelles de ses professeurs et sans travaux scolaires, Carl-Antoine a décroché cet emploi qui lui permet de sortir de chez lui et de gagner un peu d’argent.

C’était un peu les vacances. On n’avait pas de travaux à faire. C’était fini, l’année [scolaire], alors j’ai décidé de travailler et là, j’ai su que les travaux allaient recommencer. Ça m’a un peu surpris, relate-t-il.

Alors que ses enseignants ont recommencé à lui envoyer des travaux et qu’il doit suivre des cours en ligne, le jeune homme se retrouve maintenant débordé de travaux scolaires. Il y a beaucoup de professeurs qui envoient des travaux. Je peux en recevoir jusqu’à huit par semaine, indique-t-il.

Maintenant que le ministre de l’Éducation a sonné la fin de la récréation, Carl-Antoine Labrecque affirme qu’il arrive difficilement à concilier l’enseignement à distance et ses heures à l’épicerie. Malgré tout, il n’a pas l’intention de quitter son emploi. Il dit avoir besoin de cet argent en prévision de sa première session au cégep à l’automne.

Au cours des dernières semaines, alors que les écoles secondaires étaient fermées, bien d’autres jeunes de Laval ont commencé à travailler dans des commerces essentiels comme des épiceries, des dépanneurs ou des quincailleries.

Ils ont beaucoup senti qu’ils se sont fait abandonner par l’école, le système je dirais. Avec le privé qui a commencé dès le départ avec l’enseignement à distance, [on a] gardé la motivation des enfants, ce que nous on n’a pas été en mesure de faire.

Jean Godin, président de l’Association des directions d’établissements scolaires de l’île Jésus

Dans les écoles secondaires de Laval, les directions et les enseignants sont inquiets pour les jeunes, selon Jean Godin, qui représente les directeurs d’écoles.

En troisième, quatrième et cinquième secondaire, c’est à ce moment-là que c’est le plus critique pour la persévérance scolaire… et on a besoin d’eux pour faire rouler les services essentiels. Donc, c’est sûr que c’est plus motivant de travailler que de devoir faire certains travaux qui vont peut-être compter, pas compter. On ne le sait pas, dit-il.

Il y a énormément de jeunes qui sont difficiles à rejoindre.

Philippe Arcand, enseignant au secondaire

Dans certaines classes virtuelles d’enseignants de Laval, seulement le quart des élèves sont présents. Philippe Arcand enseigne des cours de sciences humaines, comme l’histoire et la géographie, en cinquième secondaire. Il remarque beaucoup de démotivation chez les jeunes. Seulement 25 de ses 160 élèves sont inscrits à ses cours en ligne.

La grosse problématique à laquelle je dois faire face en ce moment, c’est vraiment les élèves qui travaillent à temps plein ou qui font quarante heures semaine. Quand j’appelle, souvent ce sont les parents qui vont dire : "Mon enfant n’est pas disponible. Il travaille énormément cette semaine", affirme-t-il. Il ajoute : Ces jeunes-là, ça va être difficile de les voir retourner sur les bancs d’école virtuels.

Le taux de décrochage scolaire à Laval est d’environ 22 %. Dans les établissements, plusieurs craignent que la crise le fasse grimper. Jean Godin s'attend au pire à l’automne si le retour en classe n'est pas possible. C’est le début, mais le gros du décrochage, ça va vraiment être à l’automne prochain si on continue l’enseignement à distance. Jamais de lien avec des élèves… ça va être très, très difficile. On entrevoit ça vraiment de manière assez sombre, souligne-t-il.

Des élèves à la maison, dont certains plus vulnérables, pourraient se décourager et laisser tomber l’école faute d’avoir l’encadrement des établissements scolaires. Pour Amélia Michaud, qui tente de terminer ses études secondaires, il est difficile de faire l’école à distance. C’est dur. Tu ne peux pas aller voir le professeur quand tu veux. Il faut que tu t’arranges avec toi-même. Il faut que tu répondes et que tu essaies de comprendre, mais c’est dur quand tu n’as pas de professeur près de toi, dit-elle.

Le ministère de l'Éducation souhaite que l'enseignement puisse reprendre en classe cet automne, mais cela dépendra du niveau de contrôle de la pandémie.

Quelle que soit la situation, les enseignants du secondaire devront continuer à faire des pieds et des mains pour garder les élèves motivés.

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