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Les élèves du Québec seront assis sur les bancs d'école à la rentrée scolaire

Une petite fille avec un sac à dos vue de dos alors qu'elle entre dans la cafétéria d'une école.

Au primaire, un retour à 25 heures par semaine contribuerait à une « reprise de la vie familiale et d’une routine pour les enfants ».

Photo : Getty Images / SDI Productions

Le gouvernement Legault prévoit une présence physique des élèves du primaire et du secondaire en classe pour la rentrée scolaire de septembre. Cependant, on ignore pour l’instant si le retour en classe s’effectuera à temps plein ou partiel.

Québec a dévoilé jeudi son Plan pour la rentrée automne 2020 aux partenaires du réseau de l’éducation et aux partis d’opposition de l’Assemblée nationale.

Il s’agit d’un document de travail du ministère de l'Éducation qui servira de base aux discussions avec les divers intervenants afin d’être bonifié, puis soumis à la fin du processus à la Direction générale de la santé publique pour approbation finale en fonction du niveau de contrôle de la pandémie.

Deux scénarios

Le document contient deux scénarios différents pour les élèves du primaire et deux pour les élèves du secondaire, de la formation professionnelle et de la formation générale des adultes.

Au primaire, un retour à 25 heures par semaine contribuerait à une reprise de la vie familiale et d’une routine pour les enfants. Cette option nécessite par contre l'accroissement de mesures de nettoyage, désinfection, du personnel supplémentaire pour y arriver, et l'ajout d’équipement de protection. De plus, écrit le ministère, le transport scolaire posera problème si les règles de distanciation ne sont pas assouplies.

Cette option, que le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge considère comme son plan A, est celle qu'il priorise s'il obtient le feu vert de la santé publique à l'automne.

Ça ressemble à ce qu’on fait en ce moment au primaire dans les écoles à l’extérieur du Grand Montréal, mais avec des classes qui sont pleines. Le plan A, c’est que tous les élèves seraient là tous les jours, a précisé le ministre sur les ondes d'ICI Première.

J’ai espoir que le plan A, avec tous les élèves qui entrent, soit accepté parce qu'au fil des semaines qui passent, on s’approprie de nouvelles façons de faire. […] On est en train de dompter la bête graduellement.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur

Par contre, si la santé publique exige toujours à l'automne le respect des règles de distanciation de plus de deux mètres entre les individus, Québec n'aura pas le choix de se tourner vers le plan B, soit l'école.

Dans le cas d’un retour à demi-temps (12,5 heures par semaine), la fréquentation se ferait en fonction d'une présence en classe un jour sur deux, en alternant une semaine de deux jours avec une de trois jours.

Ce scénario permettrait de respecter la règle des deux mètres de distanciation, la reprise de contact de tous les élèves avec leurs enseignants titulaires et la possible fréquentation à temps plein pour les classes d’élèves à besoins particuliers étant donné le niveau d’encadrement requis et la taille réduite des groupes.

C’est moins idéal, on ne s’en cache pas. Mais si les règles imposent encore au mois de septembre la distanciation de deux mètres, on ne pourra pas avoir des classes qui soient pleines.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur

On sera obligés de faire l’école hybride, parfois à la maison, parfois à l’école. Par contre, je ne parle pas de congé. Le jour où on est à la maison, c’est un jour de scolarisation à distance.

Ce scénario se traduirait par la poursuite du plan de travail des élèves lorsqu’ils sont à la maison, et elle requerrait une grande adaptabilité des familles vu la fréquentation sporadique de l’école par leurs enfants. Une avenue qui compliquerait encore davantage le retour des parents au travail, cela va sans dire.

Secondaire, formation professionnelle et formation des adultes

Au secondaire, à la formation professionnelle et à l'enseignement aux adultes, une reprise à temps complet nécessiterait un accroissement des mesures sanitaires comme la désinfection et le nettoyage des espaces communs, et une organisation scolaire adaptée pour contrôler la circulation dans les aires communes et les locaux spécialisés comme les laboratoires.

Quant au retour à temps partiel, il pourrait se traduire par une présence en classe à 50 % ou à 33 % du temps régulier, selon les exigences de la santé publique. Les jours où les élèves ne seraient pas physiquement à l’école, ils seraient tenus de poursuivre leur formation à distance et devraient faire des travaux obligatoires.

Les élèves utiliseraient des cahiers d’exercices numériques pour faciliter la rétroaction rapide dans certaines matières. À cet effet, le choix des cours serait limité afin de mettre l’accent sur les matières de base et à sanction.

Le ministère de l’Éducation souligne que cela nécessiterait l'achat et le prêt d’outils technopédagogiques et de logiciels d’aide à l’apprentissage, ainsi que la formation du personnel scolaire sur le numérique.

Mais peu importe le plan que retiendra Québec pour la rentrée, le retour à l'école sera obligatoire pour tous en septembre, comme il est prévu dans la loi, a pris soin de préciser Jean-François Roberge.

Exit l'école secondaire à la maison

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a évoqué du bout des lèvres, la semaine dernière, la possibilité que les cours de niveau secondaire ne recommencent qu'à distance, en septembre prochain, tout en évoquant l'importance de la présence des enseignants pour les jeunes.

Mais des experts ont dit craindre que l'école à distance n'exacerbe les inégalités entre les enfants. Des intervenants ont pour leur part réclamé que la rentrée de septembre se fasse en classe, en raison du risque que les plus vulnérables ne décrochent. Des parents se sont aussi unis pour réclamer la réouverture rapide des écoles secondaires.

M. Legault en conférence de presse.

Le premier ministre François Legault lors de son point de presse, jeudi.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’ai toujours souhaité que les écoles puissent rouvrir le plus rapidement possible, parce qu’il y a des impacts négatifs importants de ne pas les rouvrir. Je comprends qu’il y a des impacts négatifs de les rouvrir aussi dans le cadre d’une pandémie, a dit à ce sujet le premier ministre François Legault jeudi lors de son point de presse quotidien.

Le fait que les jeunes ne puissent pas voir leurs amis, ne puissent pas vivre une vie normale, ce n’est vraiment pas souhaitable.

François Legault

M. Legault croit qu’il est probable que tous les élèves puissent rentrer à l’école.

Compte-tenu d’où on est rendu dans la pandémie, je pense qu’on peut, si on respecte les consignes, avoir bon espoir que tous les étudiants vont pouvoir physiquement être à l’école, au cégep, à l’université à la rentrée au mois de septembre. Et c’est ce qu’il faut viser, a-t-il affirmé.

Des scénarios détaillés réclamés

Le retour en classe va aider les adolescents qui se sentent coupés de leurs amis et dont le moral baisse, s'est réjouie Nancy Granger, professeure au Département de gestion de l’éducation et de la formation à l’Université de Sherbrooke, en entrevue à l’émission Le 15-18 sur les ondes d’ICI Première.

On a noté des symptômes de dépression, de l’isolement, de la solitude. Je pense que cela va faire du bien, si c’est possible bien entendu.

Nancy Granger, professeure en gestion de l’éducation à l’Université de Sherbrooke

Elle considère que le retour en classe vise essentiellement à préserver la socialisation et la dimension affective des enfants et non la transmission de connaissances.

Je le vois plus comme étant : on retourne à l’école, on reprend nos repères. Tranquillement pas vite, on réactive les connaissances acquises, déjà on consolide. J’imagine que c’est très peu de nouvelles connaissances. Je ne pense pas que c’était le but. En tout cas, je ne le perçois pas comme cela, opine-t-elle.

Selon elle, les plans auraient dû être connus depuis des semaines. Déjà en avril, on aurait pu commencer à plancher [là-dessus], estime-t-elle.

La clef d’une rentrée réussie demeure une planification détaillée, prévient Mme Granger. Elle invite d’ailleurs le ministère de l'Éducation à structurer ses plans et à inviter certains acteurs sur le terrain à la table de réflexion.

On a eu comme consigne qu’il faut identifier les essentiels. Mais c’est quoi un essentiel véritablement? Il n’y a pas eu de discussions là-dessus. Les enseignants, il faut les préparer mieux que cela. Les consignes viennent d’en haut et elles tombent dans le milieu scolaire. Les gens s’activent comme de petites fourmis. Ils font leur 110 %. Ils se donnent corps et âme. Beaucoup disent qu’ils ont l’impression de travailler pour rien, parce qu’on ne sait pas ce qui nous pend au bout du nez et que le scénario n’est pas clair, observe-t-elle.

Elle se demande à quoi peut ressembler un retour à mi-temps au secondaire. Comment s’organiserait un horaire à 33 % pour élèves et enseignants? Pourquoi ne pas faire une semaine sur deux au lieu d’un jour sur deux, demande-t-elle.

Je pense qu’il faudrait quand même faire de vrais scénarios pour tous les plans qui ont été envisagés. Même si on espère pouvoir tous retourner au travail à l’école dans le meilleur des mondes, on sait très bien que ce n’est pas nécessairement ce qui est le plus plausible, analyse-t-elle.

Mme Granger avoue être déçue et irritée par le plan du gouvernement du Québec. À ses yeux, il constitue une occasion ratée de transformer l’école.

Il y a quelque chose à faire d’intéressant. Il me semble qu’on pourrait craquer le moule. On sait que l’école ne fonctionnait pas avant la COVID-19. On sentait qu’il y avait des besoins très pressants de soutenir des élèves en difficulté dans le milieu scolaire. Des iniquités aussi sociales et scolaires qui sont là depuis longtemps. Il me semble que là, il faudrait repenser l’école. J’aurais voulu voir ça émerger au gouvernement, déplore-t-elle.

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