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Analyse

COVID-19 : le télétravail, la PCU pour étudiants et vous

Une fillette dessine alors que son père travaille à l'ordinateur.

Le télétravail s'impose durant cette crise du coronavirus.

Photo : Reuters / Bernadett Szabo

Le déconfinement progressif qui s’organise un peu partout relève davantage de la reprise graduelle des activités que d’une véritable relance. L’objectif poursuivi par les autorités en matière de santé publique est de permettre un retour à des activités sociales et économiques sans pour autant assurer un retour à des activités rentables et efficaces.

La reprise est donc progressive, prudente et il faudra beaucoup de temps avant un retour à la normale.

Deux questions fondamentales se posent alors qu’on poursuit le déconfinement : est-ce que la demande sera au rendez-vous et est-ce que l'offre pourra être la même?

Il y a trois grands changements fondamentaux qui s'annoncent dans l'économie.

1. La productivité à repenser

D’abord, il y aura des enjeux de productivité. Le service, la production, la construction se feront nécessairement plus lentement avec les consignes de santé publique qui s’imposent. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, il faudra repenser nos attentes en matière de productivité.

2. Des changements structurels

Ensuite, il y aura des changements structurels dans bien des industries.

Par exemple, dans le secteur aérien, les entreprises seront obligées d'ajuster leur offre à la demande. Les voyageurs seront moins nombreux, moins enclins à se déplacer pour des questions de santé et de finances. Le tourisme international sera moins grand et le tourisme d’affaires ralentira sérieusement. L’offre devra donc baisser pour s’ajuster à la nouvelle donne.

C’est pour ça qu'Air Canada prévoit 20 000 suppressions d'emplois. Et c'est pour ça qu'Air France devance de deux ans la fin de l'utilisation de son très gros avion A380 construit par Airbus, un signe également que les compagnies aériennes reverront leur flotte d’appareils en misant moins sur les gros porteurs et peut-être davantage sur de plus petits avions.

Cela pourrait d’ailleurs profiter au développement de la C Series, l’A220 d’Airbus, dont la capacité moyenne tourne autour de 150 sièges. Et ça pourrait aussi accélérer le développement des avions d’affaires de Bombardier, comme l’exprimait Éric Martel, le PDG de l’entreprise, à RDI économie le 7 mai, qui a affirmé que les gens d’affaires chercheront à sécuriser davantage leurs déplacements.

3. Le télétravail s’impose

Et puis, le télétravail s'impose durant cette crise. De nombreux dirigeants se rendent compte qu’il est tout à fait possible de favoriser le télétravail, qui s’avère une solution simple et productive dans bien des cas.

C’est peut-être positif sur la productivité, mais c’est certainement positif sur le plan écologique : le télétravail pourrait réduire la congestion et contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports. Les gouvernements devront repenser d’ailleurs leurs investissements en infrastructures routières dans cette perspective.

Cependant, on ne peut pas sous-estimer l’effet important de l’utilisation de la bande passante et du déploiement des technologies qui sera nécessaire pour rendre le télétravail plus efficace. De plus, le fort développement du télétravail pourrait nuire à la vitalité commerciale des centres-villes et augmenter le nombre de locaux vacants sur les grandes artères.

Le professeur Jean-Nicolas Reyt, de l’Université McGill, étudie de près, depuis plusieurs années, les conférences que tiennent les PDG américains de grandes entreprises avec leurs actionnaires. Sur un total de 120 000 conférences analysées, le mot télétravail est revenu 300 fois de 2006 à 2019. Autrement dit, on n’en parlait jamais!

Depuis le début de l’année, et surtout depuis la mi-mars, environ 50 % des conférences étudiées ont abordé la question. Le télétravail est devenu un sujet central. Le 20 mai, Jean-Nicolas Reyt a dit, en entrevue à RDI économie, que le télétravail peut réduire la pollution atmosphérique et la pollution mentale également. Si vous imaginez, par exemple, de laisser les gens télétravailler une journée ou deux par semaine, ça ferait déjà un soulagement considérable à notre infrastructure.

Fait à noter : le nombre de participants à des réunions virtuelles de l'application de téléconférences Zoom est passé de 10 millions en décembre 2019 à 300 millions en avril 2020.

Le soutien aux étudiants, compétiteur du marché du travail

Alors que la réouverture de l’économie s’amorce progressivement, le premier ministre du Québec François Legault a exprimé une inquiétude de plus en plus partagée par certains employeurs : l’aide fédérale pourrait décourager certaines personnes à revenir au travail.

Il a raison. Il y a un danger réel que certaines personnes ne cherchent pas d’emploi alors qu’elles ont droit à une prestation fédérale. Le premier ministre Legault vise surtout la Prestation canadienne d’urgence (PCU) pour étudiants, un programme de soutien qu’il voit comme un compétiteur au travail dans les camps de jour, par exemple, qui vont reprendre au Québec le 22 juin prochain.

Même s’il y a des enjeux d’incitation au travail, il faut quand même établir quelques faits. D’abord, le taux de chômage des jeunes Québécois de 15 à 24 ans a frôlé les 35 % en avril, du jamais-vu. Beaucoup de secteurs, qui emploient des jeunes, ont été frappés de plein fouet par la crise, dans le commerce de détail et la restauration notamment. S’il est vrai que des jeunes pourraient préférer toucher la PCU pour étudiants plutôt que d’aller travailler, force est de constater que le gouvernement fédéral ne pouvait pas rester les bras croisés devant des taux de chômage de plus de 30 %.

Il faut dire aussi que l’aide actuelle va se terminer bientôt. Les gens qui touchent la PCU depuis le 15 mars n’y auront plus accès le 4 juillet. Et les jeunes qui demandent la PCU pour étudiants n’auront plus accès à ce soutien le 29 août prochain. Même chose pour la subvention salariale, qui a été prolongée de trois mois, mais qui prend fin le 29 août.

Les programmes ne sont pas parfaits. Il y a des effets collatéraux et indésirables. Mais le gouvernement fédéral a décidé d’arroser le plus rapidement possible la maison qui était en feu sans se demander si la quantité d’eau était la bonne. Pour éviter des retards administratifs, l’État a réduit au minimum les exigences pour faire parvenir le plus vite possible le soutien aux Canadiens dans le besoin.

La très grande majorité des gens ont besoin de cet argent pour passer à travers la crise. Mais une petite partie ne devrait pas avoir droit à ces soutiens. Le gouvernement fédéral promet de trouver les fraudeurs et de réclamer les sommes versées en trop.

650 000 Québécois demandent l’aide alimentaire

On peut critiquer, si on le désire, l’amplitude des soutiens fédéraux. Mais il faut retenir une chose fondamentale : la crise actuelle est exceptionnelle et extrêmement douloureuse pour des millions de personnes au Canada. On ne peut pas minimiser le besoin d’aide des gens.

Une enquête menée par Synopsis Recherche Marketing, pour le compte de la Guignolée des médias, nous apprenait jeudi matin que 650 000 Québécois avaient fait une demande d’aide alimentaire depuis deux mois. C’est 10 % des Québécois, 12 % des Montréalais. La moitié de ces gens ne s’étaient jamais présentés à un comptoir d’aide alimentaire.

De plus, une personne sur cinq affirme qu’elle ne pourra pas continuer à nourrir sa famille un mois après la fin des aides gouvernementales. Et une personne sur quatre dit s’attendre à devoir fournir de l’aide alimentaire à un proche dans les prochains mois. La moitié des personnes interrogées affirment se sentir inquiètes face à la crise actuelle.

Ces données sont frappantes et doivent recadrer le débat autour des besoins des citoyens et de la transformation qui s’amorce de notre économie.

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