•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

40 jours en télétravail : comment le service web continue de vous informer

La pandémie de COVID-19 a fondamentalement changé la manière dont les journalistes travaillent. Nous sommes des êtres curieux qui aimons le contact, l’imprévu et l’extérieur. Or, depuis la mi-mars, nombre d’entre nous à Radio-Canada Manitoba travaillons depuis chez nous.

Thibault Jourdan et son chat devant un ordinateur.

Le journaliste Thibault Jourdan travaille entre autres pour le service web au Manitoba en 2020.

Photo : Fournie par Thibault Jourdan

Ce vendredi, cela fait exactement 40 jours que je travaille depuis la maison. Quand on choisit de devenir journaliste, ce n’est pas vraiment de cela dont on rêve, mais bien d’être sur le terrain.

Depuis 40 jours donc, fini les éventuelles sorties pour des entrevues ou prendre des photos. J’ai l’impression d’avoir retrouvé un travail de desk, comme je l’ai déjà fait auparavant dans ma carrière dans d’autres médias. Ce travail peut se résumer, en partie, en veille de l’information.

L’ennui n’a cependant pas le temps de s’immiscer et les journées sont longues et rythmées. Depuis la mi-mars, notre quotidien est ponctué par les conférences de presse du premier ministre provincial et celles du médecin hygiéniste en chef qui, chaque jour, annonce les nouveaux cas de COVID-19 au Manitoba. À celles-ci s’ajoutent parfois celles de la Ville de Winnipeg, d’un ministre ou de la police de la capitale manitobaine.

Mais, bizarrement, le temps s’est un peu allongé aussi depuis 40 jours. Tout est plus lent parce que tout prend plus de temps à faire. D’ordinaire, les conférences de presse qui se font en personne durent une quinzaine de minutes, voire un peu plus. Maintenant, toutes durent presque une heure! Elles se font toutes par téléphone et les journalistes posent leurs questions à tour de rôle.

L’avantage, c’est que ce n’est plus la foire d’empoigne et chaque média à un temps de parole – même les plus petits médias en région qui, d’ordinaire, n’ont pas accès au premier ministre aussi facilement. L’inconvénient, c’est que 10 journalistes qui attendent leur tour pour poser deux questions, ça prend du temps…


Thibault Jourdan n'est pas le seul journaliste de Radio-Canada Manitoba qui a dû changer ses habitudes de travail. Comment peut-on animer une émission de radio de son sous-sol, préparer un téléjournal de sa cuisine, installer le bureau de RDI Manitoba dans son salon? Denis Chamberland et Radja Mahamba ont rencontré des artisans passionnés qui vous le racontent!


La rapidité pénalisée par la technique

Une difficulté du journalisme à la maison, c’est la lenteur imposée par les transferts de fichiers via des réseaux privés virtuels de l’entreprise, entre les différents logiciels audio et vidéo qu’on utilise pour alimenter aussi la radio et la télévision.

Il faut ainsi entre 15 et 30 minutes pour télécharger une entrevue audio d’environ 15 minutes enregistrée dans notre logiciel Dalet, selon les connexions Internet aux domiciles des journalistes. Et nous devons obligatoirement télécharger les fichiers si nous voulons travailler dessus (les couper, les éditer etc.) car il est impossible de travailler à distance sur le logiciel même.

Les processus de production sont aussi alourdis. Le nombre de lignes téléphoniques disponibles pour faire des entrevues est limité et, parfois, il faut attendre si l’on souhaite avoir une entrevue avec un bon son audio.

La suite Google est notre amie dans le cas où notre entrevue est urgente et que notre intervenant ne peut pas attendre, mais le son est moins bon et le système coupe automatiquement la conversation lorsqu’elle arrive aux alentours de 18 minutes. Les néophytes ont tous fait l’erreur une fois, mais pas deux!

Quant aux reportages, ils sont toujours faisables mais là encore, le montage et l’enregistrement des voix prend plus de temps. On tente comme on peut d’éviter les échos (parmi les techniques qui ont fait leurs preuves, l’enregistrement dans les salles de bain ou sous des couvertures) et les voix métalliques.

Avec ces contraintes techniques, le web, et donc l’écrit, reste encore le plus rapide à produire… même si c’est plus lent qu’auparavant. C’est d’ailleurs au service web que la transition a peut-être été la plus facile, même si pour plusieurs d’entre nous, il a fallu découvrir et apprendre à utiliser de nouveaux logiciels pour continuer d’alimenter, outre le site Internet, la radio et la télévision.

C’est là qu’entre en jeu la solidarité entre les journalistes qui disposent de compétences informatiques plus avancées que les autres pour aider et, ainsi, faire en sorte que les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs ne remarquent rien.

Un journalisme plus institutionnel

La pandémie a aussi changé un peu le type de journalisme que je fais. Parce qu’on peut moins sortir et que tout le monde est pendu aux lèvres des politiciens et des autorités sanitaires pour connaître les dernières nouvelles de la COVID-19, je fais plus d’institutionnel qu’auparavant. Cela va de pair avec un travail de desk.

Mais cela change petit à petit. Avec le temps, les réflexes et les habitudes qui se sont créés en 40 jours, on est plus rapide qu’au début pour traiter certains sujets. On a aussi fait le tour des sujets possibles liés au coronavirus, et il est temps, pour les lecteurs comme pour nous, de parler d’autres choses.

Gavin Boutroy pose avec son chien.

Gavin Boutroy, journaliste pour Radio-Canada Manitoba, est lui aussi affecté à la production de textes depuis le début de la période de confinement.

Photo : Elizabeth McMechan

Même si le virus reste toujours en toile de fond, nos articles sont plus diversifiés que lorsque le Manitoba s’est confiné. L’institutionnel, toujours présent, laisse peu à peu la place à d’autres sujets. Et avec la réouverture progressive de l’économie, cette tendance devrait s’accentuer.

Pas pressé de retourner au 541 Portage

Après 40 jours en télétravail, je n’ai aucun empressement à retourner dans notre station située au 541 avenue Portage. Nous ne savons de toute façon pas quand cela sera possible, et, pour ma part, travailler depuis la maison me convient. J’avais déjà eu ce genre d’expériences auparavant quand je travaillais pour d’autres médias. Par conséquent, l’adaptation n’a pas du tout été difficile me concernant.

Mais l’envie de ressortir se fait de plus en plus pressante et je dois avouer que je me trémousse de plus en plus sur ma chaise depuis deux semaines. Je suis impatient de pouvoir retourner sur le terrain, pas forcément quotidiennement, mais ne serait-ce qu’un ou deux jours par semaine pour faire de la photo et documenter, en image, le retour à la vie normale.

Car, on ne le réalise peut-être pas encore, mais, en tant que journalistes, nous aurons eu la chance de vivre et couvrir un événement majeur du 21e siècle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Manitoba

Technologies et médias