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Le nombre de décès au Québec en forte hausse en mars et avril

Des données confirment que les personnes âgées sont plus à risque de mourir de la COVID-19.

Un ambulancier transporte une civière vers une ambulance.

Les urgences du Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Joliette.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le nombre de décès au Québec est jusqu'à 50% plus élevé à la fin mars et en avril 2020 que dans les années précédentes, selon de nouvelles données de l'Institut de la statistique du Québec, publiées jeudi matin.

Des données publiées dans de nombreux pays montrent que le nombre de morts en 2020 est significativement plus élevé que dans les années précédentes, et ce, en raison de la pandémie de COVID-19. Cette même tendance s'observe au Québec, qui compte désormais plus de 3700 personnes décédées de la COVID-19.

Statistique Canada avait récemment publié des données sur le nombre de morts excédentaires en 2020, mais elles étaient incomplètes et ne permettaient pas de tirer des conclusions. Ces données montraient notamment une légère baisse dans le nombre de décès au Québec.

Les données de l’ISQ montrent une autre réalité.

Dans les premières semaines de 2020, le nombre de décès rapportés est relativement similaire aux années précédentes. Mais à partir de la mi-mars, le nombre de morts commence à augmenter de façon importante par rapport aux autres années.

Au début de l’année, le nombre de morts excédentaire est d’environ 1 % (par rapport à 2019). Ça prend rapidement de l’ampleur et ça dépasse le 50 % dans la semaine du 19 au 25 avril, explique Robert Bourbeau, professeur au Département de démographie de l'Université de Montréal.

Par exemple, au cours de la 17e semaine de 2020, il y a eu au moins 600 morts de plus qu’en 2019, et près de 400 morts de plus pour la 16e et la 15e semaine.

Chantale Girard, démographe à l'ISQ, croit que ces données montrent bien que la pandémie de COVID-19 a causé une hausse de la mortalité au Québec. C’est certain en partie et probablement en grande partie lié à la COVID-19.

M. Bourbeau abonde dans le même sens.

On peut parler de mortalité excédentaire élevée dans les premiers mois de 2020 à cause de la pandémie.

Robert Bourbeau, démographe

On peut également observer dans les données de l'ISQ que le nombre de décès constaté a monté en flèche pour les personnes de plus de 50 ans, et particulièrement chez les 70 ans et plus. Le nombre de décès chez les moins de 50 ans est très semblable aux années précédentes.

« Généralement, il y a 75-80 % de décès chez les 70 ans et plus. Maintenant, en raison de la COVID-19, c’est plus de 91 %. Ça vient confirmer que les personnes âgées sont très touchées », dit M. Bourbeau.

L’ISQ rappelle que les données des semaines les plus récentes doivent être interprétées avec prudence, puisque la situation actuelle peut faire varier le rythme de réception et de traitement des données sur les décès.

Tous des décès liés à la pandémie?

Est-ce que tous ces décès sont directement liés à la COVID-19? C’est encore difficile de dire, précise Mme Girard. Les démographes auront une meilleure idée lorsque les données sur les causes de mortalité seront disponibles. Généralement, ces données peuvent prendre jusqu’à un an avant d’être publiées, puisque le processus est complexe.

Sur les bulletins de décès, les médecins inscrivent plusieurs causes de décès. Il y a ensuite une analyse faite pour déterminer c’est quoi la cause initiale, les causes secondaires. La COVID-19 va rentrer dans cette équation. Il ne faut pas oublier que le code pour identifier la COVID-19 sur un certificat de décès n’existait pas jusqu’à tout récemment, explique Mme Girard.

Par ailleurs, une portion des décès supplémentaires observés en 2020 par rapport à la moyenne historique sera peut-être indirectement liée au virus : des personnes qui ont évité une visite à l’hôpital de peur d’être infectées, des personnes qui sont décédées parce que leurs traitements médicaux ou leurs chirurgies ont été reportés en raison de la pandémie. Il est également possible de voir plus de suicides en raison d'une détresse psychologique ou économique.

Pourquoi analyser le nombre de morts excédentaires?

Présentement, une personne qui meurt n’est pas systématiquement testée pour le virus. Ainsi, il est possible que la cause de la mort ne soit pas attribuée à la COVID-19.

Grâce aux données historiques et puisque le nombre de morts est relativement stable d'année en année, il est possible de retourner en arrière et de calculer le nombre de décès qui ne seraient pas arrivés normalement.

La surmortalité est également utilisée pour calculer le taux de mortalité de l’influenza et les décès lors de vagues de chaleur.

Des données provisoires

M. Bourbeau croit que ces données se rapprochent de ce qui se voit sur le terrain, malgré le fait que les données ne sont pas tout à fait complètes.

Ça me rassure sur le fait que les décès sont plutôt bien rapportés au Québec jusqu'à présent, même si on tient compte des intervalles d’incertitude, dit-il.

Habituellement, l’ISQ publie les données sur les décès deux mois plus tard, mais, dans le contexte actuel, il a poussé pour sortir des données plus rapidement.

Ces données sont provisoires, mais elles permettent tout de même d’observer l’impact de la pandémie sur la mortalité au Québec. Les données comprennent une partie de pondération, explique Chantale Girard, qui ajoute que cette méthode est utilisée par plusieurs autres pays.

En temps normal, l’ISQ reçoit 50 % des données sur les décès dans un délai de 15 jours, 80 % après 30 jours et 95 % après deux mois. Les cas reçus tardivement sont majoritairement des cas soumis à l’attention d’un coroner.

Ainsi, Mme Girard tient à rappeler qu'environ 20 % des décès du dernier mois ne sont pas encore comptabilisés et pourraient influencer les données. Est-ce que la révision sera à la hausse ou à la baisse ou on sera pile dessus? On va suivre les données attentivement.

Ces données seront mises à jour toutes les deux semaines par l'ISQ.

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