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De l'enseignement en ligne et des parents débordés

Un adolescent, qui écoute de la musique, fait ses devoirs en ligne.

Le reportage de Jean-Philippe Robillard

Photo : iStock

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au moment où l'enseignement à distance se met en place pour les élèves du primaire et du secondaire dans le réseau public, des parents font face à un véritable casse-tête en raison du nombre de cours en ligne de leur enfant.

Pour plusieurs parents, la matière envoyée aux élèves et les horaires de cours sont tels qu’ils n’arrivent pas à voir comment leurs enfants pourront faire tout ce qui est proposé par les enseignants. Pas de doute, pour plusieurs, les vacances sont terminées.

« Avec les horaires qu'on a reçus, ça devrait les occuper tous les jours. »

— Une citation de  Geneviève Guérin, mère de trois enfants

Geneviève Guérin anticipe les prochaines semaines. Avec trois enfants à la maison, une fille au niveau primaire et deux autres enfants au secondaire, elle se demande comment son conjoint et elle pourront les aider et les superviser à faire autant d'heures d'enseignement en ligne.

Mon conjoint et moi, on travaille de la maison, explique-t-elle. Moi, je travaille à temps plein. Je n'ai pas le temps de m'asseoir avec eux. Et souvent, moi-même, je suis en rencontre Zoom, alors ce sera difficile de jongler avec tout ça.

D'autres parents ont les mêmes préoccupations alors que les enseignants envoient des directives et des travaux à leurs élèves. Plusieurs parents se demandent comment concilier leur travail et les études de leurs enfants.

Mme Guérin soutient qu’elle n'a pas le choix de superviser ses enfants lorsqu'ils suivent des cours en ligne. Selon elle, il n’est pas évident pour des enfants, qu’ils soient au primaire ou au secondaire, de suivre seuls des cours à distance.

Il faut que je sois un peu là pour leur donner le coup de départ, dit-elle, ajoutant que c’est difficile de s’asseoir devant l’ordinateur en Zoom et de rester attentif.

Elle affirme que la disponibilité de l’équipement pourrait devenir un enjeu si ses enfants ont de l’enseignement en ligne en même temps.

De telles situations ne sont pas rares actuellement dans les foyers québécois, soulignait jeudi matin la porte-parole libérale en matière d'éducation, Marwah Rizqy, au micro d'ICI Première.

« Un parent qui travaille ou qui est en télétravail ne peut pas se transformer tout à coup en enseignant à temps plein à la maison. »

— Une citation de  Marwah Rizqy, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation

Dès le début de la pandémie, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a déclaré qu'il n'était pas question de demander aux parents de devenir des enseignants à temps plein, or c'est ce qui est en train d'arriver, affirme Mme Rizqy qui déplore par ailleurs une certaine confusion dans les messages envoyés par le ministre depuis le début de la pandémie.

Les grands oubliés du secondaire

Carl-Antoine Labrecque, qui est en cinquième secondaire, affirme pour sa part être débordé de travaux scolaires depuis que le ministre Roberge a signifié la fin de la récréation. Il y a beaucoup de professeurs qui envoient des travaux. Je peux en recevoir jusqu’à huit par semaine, dit-il.

Pour Marwah Rizqy, les élèves du secondaire sont les grands oubliés de cette pandémie.

Selon elle, le fait que le réseau scolaire n’ait pas été capable de rejoindre et de mobiliser plus rapidement les élèves du secondaire, notamment ceux qui sont le plus en difficulté, est très préoccupant pour l'avenir et la réussite de ces jeunes qui n'auront pas mis les pieds dans une école depuis presque six mois en septembre prochain.

On ne peut pas faire de l’enseignement à distance en croyant que ça va fonctionner. D’ailleurs, la très grande majorité des experts à qui j’ai parlé disent tous que ça va prendre du présentiel si on veut motiver nos jeunes, explique Mme Rizqy, qui demande au gouvernement d'abandonner l'idée d'une rentrée virtuelle à l'automne au secondaire et au cégep.

La disponibilité du matériel informatique

Dans certaines familles, le manque d'ordinateurs donne des maux de tête aux parents.

Par exemple, des parents comptant plusieurs enfants et qui travaillent de la maison se demandent comment ils parviendront à accommoder tous les membres de la famille, car la charge de travail envoyée par les enseignants est importante et que des horaires de cours pourraient se chevaucher.

Dans la famille de Carla Fauveau, qui possède un seul ordinateur, les enfants ont accès à l’équipement à tour de rôle. Cela représente un problème pour Carla, qui termine sa première année au cégep.

On a juste un ordinateur. Et moi, j'ai besoin d'un ordinateur pour travailler et ma sœur aussi, explique la jeune femme qui, pour le moment, partage également le temps d'utilisation de l'appareil.

Elle projette acheter un ordinateur avec l’argent qu’elle accumulera en travaillant dans une quincaillerie. Des parents pourraient devoir faire la même chose.

Pour certaines familles, l’accès à du matériel informatique pourrait devenir un enjeu si l’enseignement à distance se poursuit au-delà du printemps et que les parents ne parviennent pas à obtenir de l’équipement de leur école ou de leur commission scolaire.

Les élèves qui vivent dans des familles immigrantes pourraient être touchés, selon David Phaneuf, de l’organisme Diapason Jeunesse. Par exemple, illustre-t-il, on parle de familles nombreuses dans une maison où l'accès à un équipement électronique est difficilement atteignable.

Le gouvernement du Québec a promis de remettre 15 000 tablettes électroniques aux élèves.

Depuis, environ le tiers des appareils ont été livrés dans des écoles du Québec, mais aucun à Montréal, où la CSDM recense toujours les besoins dans chacune de ses écoles.

On a demandé de faire l’état des lieux. Qui sont au Québec les élèves qui ont besoin de support technologique? À ce jour, ni le ministre ni nous n'avons eu cette réponse du ministère de l’Éducation, déplore Marwah Rizqy.

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