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Frontière canado-américaine : des travailleurs divisés sur la question de la réouverture

Le poste-frontière américain à l'entrée du tunnel reliant les villes de Windsor, en Ontario, et de Détroit, au Michigan.

Le poste-frontière américain à l'entrée du tunnel reliant les villes de Windsor, en Ontario, et de Détroit, au Michigan

Photo : Reuters / Rebecca Cook

Thilelli Chouikrat

Justin Trudeau a annoncé que la frontière canado-américaine restera fermée jusqu’au 21 juin. Quelles sont les répercussions de cette décision pour les personnes qui travaillent habituellement aux États-Unis? Sont-elles satisfaites de cette annonce? Les avis sont plutôt partagés.

Dans le Sud-Ouest de l'Ontario, de nombreux résidents traversaient quotidiennement la frontière avec les États-Unis pour se rendre au travail avant l'apparition du coronavirus. Certains ont pu conserver leur emploi, mais tous n'ont pas eu cette possibilité. Comment réagissent-ils à l'annonce du report de l'ouverture de la frontière?

Je suis prête à attendre jusqu’en 2021

Towela Okwudire, une résidente de Windsor, est professeure de français dans une école de la région de Détroit.

Lorsqu’on lui demande son avis sur la prolongation de la fermeture de la frontière, elle n’hésite pas longtemps avant de répondre : ça me donne plus de soucis que de confort!

Une femme souriante est assise à une table. Des sacs et prospectus sont sur la table.

Towela Okwudire, une résidente de Windsor

Photo : French Lit/Facebook

Elle est actuellement en télétravail, et espère pouvoir continuer à enseigner à distance à la rentrée de septembre. Son mari, qui enseigne à l’Université du Michigan, est déjà assuré de pouvoir le faire.

Ils souhaitent éviter de se rendre aux États-Unis, et sont prêts à attendre la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus avant d’y retourner. Quitte, explique l’enseignante, à s’y rendre en 2021.

L'ouverture de la frontière ça ajoute à notre stress parce que nous ne voulons pas prendre le risque sanitaire. Nous voulons préserver notre santé.

Towela Okwudire, une résidente de Windsor employée dans la région de Détroit

Pourtant, la fermeture de la frontière leur pose plusieurs problèmes logistiques.

À commencer par la résidence qu’ils possèdent dans l'État voisin. Outre le fait de ne pas pouvoir récupérer leur courrier américain, c’est surtout la location de la maison qui pourrait se transformer en casse-tête. Pour l’instant, des étudiants occupent la maison, mais ils vont sans doute déménager en juin. Towela et son mari se demandent s’ils pourront trouver des remplaçants, surtout à distance.

Le couple a envisagé de vendre la propriété, mais le marché immobilier est fragile actuellement aux États-Unis.

Cette situation rend Mme Okwudire anxieuse. Je dois me promener beaucoup tous les jours, parce que chaque jour il y a de nouvelles réflexions. Je passe aussi beaucoup de temps à penser aux autres qui n’ont pas le même la même chance de travailler de la maison [...] pour être honnête, ce n’est pas facile de dormir, confie-t-elle.

Towela Okwudire s’estime privilégiée, parce qu’elle a pu conserver son emploi.

La santé d'abord

Ce n’est pas le cas de Claude Saizonou, résident de Windsor et informaticien au Michigan.

Portrait d'un homme souriant.

Claude Saizonou, un résident de Windsor, travaille habituellement à Détroit, en tant qu'informaticien.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Lui ne travaille plus que quelques heures par semaines pour son employeur aux États-Unis. C'est presque du bénévolat, plaisante-t-il.

Nous n’avons plus de revenus. Et qui dit plus de revenus dit résistance presque. Donc, nous avons vécu et nous continuons avec nos économies, précise-t-il.

Pourtant, lui aussi est satisfait d’apprendre que la frontière reste fermée.

Je suis content, dit-il, parce que si voyez du côté de Détroit, lorsqu'on suit les nouvelles, chaque jour ça ne fait que s'aggraver de l'autre côté, et nous nous avons la paix ici.

Malgré la précarité de sa situation, Claude Saizonou tient avant tout à privilégier les mesures sanitaires.Si nous sommes en santé, on peut travailler n'importe quand, rappelle-t-il.

Ne pas trop tarder à rouvrir la frontière

Allan Djordjevic, lui, n’est pas du même avis. Cet habitant de Windsor travaille aussi au Michigan en temps normal, en tant qu’architecte. Il a pu conserver son emploi, à distance également.

Un homme souriant devant une rue ensoleillée.

Allan Djordjevic, résident de Windsor et architecte au Michigan

Photo : Radio-Canada / Thilelli Chouikrat

On réalise qu’on n’a pas besoin d’un bureau pour travailler [...] Ça suggère à notre employeur qu’il n’a pas besoin d’immeuble, confie-t-il.

Selon lui, le télétravail présente des avantages, notamment une flexibilité des horaires. Cela lui évite aussi les trois heures de trajet quotidien pour se rendre à son bureau.

Mais, même s’il trouve cette situation plutôt agréable, il espère tout de même que la frontière rouvrira dans un mois. Sa principale préoccupation porte sur l'économie des deux pays. Il craint que les conséquences d'un rythme financier ralenti soient particulièrement graves.

Le [Canada] ne peut pas rester à l’arrêt, les gens ont besoin de ramener de quoi manger chez eux, affirme-t-il.

Il pense qu’il faudra peut-être apprendre à vivre avec le virus, sans être confinés pendant une trop longue période de temps.

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