•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un tableau montrant Justin Trudeau partiellement nu fait polémique

La toile montre le personnage alter ego de l'artiste debout devant Justin Trudeau, qui lui est à quatre pattes et a les fesses dénudées dans l'attente d'une fessée. Il regarde le personnage en riant. La scène se déroule à l'intérieur d'une habitation autochtone,  devant d'anciens premiers ministres qui sont regroupés et semblent se soutenir. Un agent de la GRC est couché par terre, le pantalon baissé lui aussi. Tout autour, de nombreuses femmes autochtones regardent la scène en riant.

Cette toile de Kent Monkman intitulée "Hanky Panky" ne fait pas l'unanimité depuis son dévoilement sur les médias sociaux par l'artiste en fin de semaine.

Photo : gracieuseté Kent Monkman

L’artiste peintre d’origine cri Kent Monkman a dévoilé sur les réseaux sociaux, le 16 mai, sa plus récente toile qui est loin de faire l'unanimité.

Attention, l'article qui suit contient du contenu explicite.

Sur la toile, qu'il a intitulée Hanky Panky, on peut voir l’alter ego de Kent Monkman, Miss Chief Eagle Testickle, s’apprêtant à sodomiser un homme ressemblant à Justin Trudeau à l’aide d’un jouet sexuel. Assistant à la scène, des dizaines de femmes rient aux éclats, tandis que d’anciens premiers ministres canadiens, tels Pierre Elliott Trudeau, Stephen Harper et Jean Chrétien, ont un air atterré.

Plusieurs éléments de cette toile ont soulevé des questions, voire de la colère, dès sa publication.

Pour plusieurs, elle représenterait l’agression sexuelle comme une vengeance légitime des Autochtones contre les violences de la colonisation. Pour d'autres, ce renversement oppresseur/oppressé n'irait pas dans le sens de la réconciliation souhaitée, en plus de raviver de vives blessures chez les victimes de sévices sexuels.

Artiste renommé, membre de la Première Nation de Fisher River au Manitoba, Kent Monkman, qui vit maintenant à Toronto, est reconnu pour ses interprétations audacieuses de l’histoire de l’Amérique du Nord à travers des toiles de grand format. Il revendique son identité queer, qu'il met en scène dans le personnage de Miss Chief Eagle Testickle. Ses toiles posent un regard ironique, mordant, humoristique sur la société, l'histoire et les relations entre Autochtones et non-Autochtones.

La controverse suscitée par la toile Hanky Panky a amené l'artiste à expliquer sa démarche sur les médias sociaux. Il souligne ainsi que l’acte sexuel dépeint dans ce tableau n'a pas lieu sans consentement. On peut en effet voir, qui se fait discret dans la poche arrière droite de l’homme agenouillé, un foulard rouge, clin d’oeil au hankycode , ou code du foulard.

Kent Monkman écrit ainsi : Le code du foulard était largement utilisé dans la communauté gaie des années 70 et 80, où un bandana dépassant de la poche arrière droite ou gauche d’un pantalon signifiait l'assentiment à une grande variété de préférences sexuelles et de fétiches. Il s’agissait d’une invitation pour tout partenaire consensuel et compatible.

Ses explications n'ayant pas paru convaincre les critiques, Kent Monkman a poursuivi le dialogue, disant comprendre que la consensualité de l’acte dépeint ne soit pas assez claire. Plusieurs, dit-il, ont ainsi pu être choqués par un tableau auquel ils ont attribué une tout autre signification.

Je reconnais que les éléments que j’y ai inclus pour indiquer le consentement ne sont pas assez proéminents. Je vois maintenant comment la toile peut se présenter, écrit-il.

L’artiste a tenu à s’excuser, soulignant qu’il souhaitait que cette toile ne fasse pas ombrage à sa démarche.

J’ai toujours priorisé la sécurité et le bien-être des non binaires, trans, bispirituels et des femmes. Je vois qu’avec ce tableau, j’ai échoué. J’espère que mes oeuvres résisteront aux traumatismes coloniaux qu’ont subis ma famille et tant d’autres sur des générations et qu’elles ne perpétreront pas la violence.

Une question de contexte

Selon Eric Plamondon, directeur général d’Artspace, organisme culturel situé à Winnipeg, il ne faut pas soustraire de l’équation le contexte dans lequel la toile est abordée. Aller à la rencontre d’une oeuvre dans une galerie ou sur Internet sont deux choses assez différentes.

Il y a une certaine responsabilité d’encadrer, d’avertir le public, d’être en dialogue avec lui parce que l’art existe en relation avec un auditoire, avance Eric Plamondon. Avec les réseaux sociaux en pleine pandémie, l’encadrement existe différemment, et les réactions sont immédiates.

Le défi ici était double, mentionne-t-il, car en plus d’être un artiste qui provoque très souvent par ses oeuvres, Kent Monkman utilise différents codes et se réfère à différentes cultures, ce qui rend la charge artistique de ses tableaux plus complexe encore.

Les oeuvres de Kent Monkman veulent faire réagir, mais en même temps il utilise plusieurs codes culturels, ses oeuvres sont intersectionnelles et font référence aux cultures autochtones, celles du North End de Winnipeg et aussi à la culture queer. Les gens vont réagir à ce qu’ils reconnaissent, mais il y a aussi des choses qu’ils ne reconnaissent pas, explique Eric Plamondon.

Maya Cousineau Mollen, écrivaine et poète innue, estime que, si cette toile est choquante, elle l'est dans le bon sens du terme.

J’ai été choquée, mais dans le sens de surprise, choquée positivement. L'artiste, dit-elle, va dans des chemins différents.

Elle a d’ailleurs fait des commentaires sur la publication du peintre, soulignant l’importance de telles oeuvres dans le discours artistique contemporain.

Je crois que c’est le devoir de l’art de faire réagir, lui écrit-elle, que ce soit négatif ou positif. Moi, l’oeuvre m’a fait sourire, et je l’ai trouvée à mi-chemin entre audacieuse et choquante. [... ] Je t’encourage dans ton exploration, nous artistes traversons bien des tempêtes. Notre époque teintée de résilience et de blessures à vif ou en voie de guérison se ressent dans les réactions.

Kent Monkman n'était pas disponible pour une entrevue mercredi et le bureau du premier ministre Justin Trudeau n'a pas souhaité commenter.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Arts visuels

Arts