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Début de saison difficile pour les pomiculteurs en Ontario

Un verger de pommiers.

Les vergers de la baie Georgienne accuseraient deux semaines de retard environ par rapport à leur floraison.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Jean-Philippe Nadeau

L'arrivée tardive du beau temps redonne espoir aux pomiculteurs de la province après un printemps anormalement froid et neigeux. La saison des récoltes ne s'annonce toutefois pas du tout catastrophique comme en 2012.

Le soleil et des températures beaucoup plus clémentes sont finalement de retour sur le pourtour méridional de la baie Georgienne et la localité de Meaford, la capitale de la pomme en Ontario.

Un pommier avant sa floraison.

Les boutons de fleurs commencent à peine à s'ouvrir dans le verger de Scotch Mountain à Meaford.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

La baie et l'escarpement du Niagara y créent un terreau fertile propice à ce type de culture. La région produit à elle seule le quart de toutes les pommes cueillies en Ontario.

Depuis 1987, Brian Gilroy cultive cinq variétés de pommes, juste au sud-est de la localité. Plus de 14 000 pommiers poussent dans ses vergers à haute densité d'une superficie totale de 25 acres (environ 100 000 mètres carrés).

Brian Gilroy affirme qu'il est encore trop tôt pour déterminer si ses vergers ont été endommagés par le gel du début mai. Il se dit au moins rassuré que certaines des variétés qu'il cultive en étaient encore au stade de dormance lorsque le mercure a chuté sous le point de congélation au début du mois.

Un verger sous une neige de printemps.

Le verger de Scotch Mountain sous la neige le week-end du 9 et 10 mai 2020

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

M. Gilroy affirme que la saison accuse deux semaines de retard par rapport à l'an dernier. Si nous avions eu du gel l'an dernier comme on en a eu il y a 10 jours, le froid aurait eu des conséquences considérables sur les bourgeons, dit-il.

L'Association des producteurs de pommes de l'Ontario rappelle que le mois d'avril a été heureusement relativement froid si bien que les pommiers n'étaient pas encore en fleurs lorsque le gel est survenu à au moins trois reprises durant la semaine du 4 mai dans les régions productrices comme la baie Georgienne, le Sud-Ouest et la région de Durham.

Sa présidente, Kathy McKay, possède elle aussi un verger à Port Perry au nord-est de Toronto. Elle dit que les températures ont été plus froides que la normale. Il a fait entre -5 et -2 °C le deuxième week-end du mois de mai, ce qui a endommagé quelques bourgeons, précise-t-elle.

Un verger sous la neige.

Les vergers de la baie Georgienne sont plus résistants au froid que ceux du Niagara ou du Sud-Ouest de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Des bourgeons à demi ouverts de couleur brune annoncent souvent de bien mauvais augures pour les pomiculteurs. Mme McKay peut d'ailleurs déjà voir le dommage que le gel a causé dans son verger. Elle pense que 5 % des bourgeons de ses pommiers ont gelé et qu'ils ne produiront aucun fruit.

Nous avons craint le pire, nous ne devrions plus avoir de gel au sol pour le reste du printemps; avec le retour du soleil et des températures chaudes le jour, les bourgeons pourront se développer normalement.

Kathy McKay, Association des producteurs de pommes de l'Ontario

Pour s'en assurer, Mme McKay sectionne un bouton de fleur avec un couteau à son équateur. Si l'intérieur est vert, la fleur a survécu. S'il est brun en revanche, la fleur est morte d'un gel tardif.

Une branche de pommier sous la neige.

La neige est moins néfaste que le gel lorsque les bourgeons ne sont pas encore éclos.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Je ne suis néanmoins pas inquiète, ce n'est pas une grosse perte à ce que je peux voir, mais les prochains jours seront déterminants, poursuit-elle. Elle souligne qu'un ensoleillement maximal et une bonne pollinisation permettront de sauver la donne.

D'autres régions ont en revanche été beaucoup plus touchées par le froid, comme dans le Sud-Ouest de l'Ontario, où les pommiers fleurissent plus tôt qu'ailleurs dans la province, puisque les températures y sont en général plus douces.

Le sud de l'Ontario a battu tous les records et le printemps n'y a jamais été aussi froid en 150 ans, selon M. Gilroy. Il y aura des conséquences néfastes pour certains d'entre nous, c'est sûr, soutient-il. M. Gilroy ajoute que certaines variétés de pommes, comme Empire, sont très intolérantes face au froid.

Des boutons de fleurs de pommier.

Ces boutons de fleurs n'ont pas été endommagés par le gel.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Les vergers de Tillsonburg, près de St-Thomas, ont particulièrement été atteints par le gel ce printemps. Ils ont enregistré des températures de -7 °C au début mai et des nuits de gel prolongé de 22 h à 10 h le lendemain... ce sera donc difficile pour certains cultivateurs, explique M. Gilroy qui en connaît plusieurs dans la région.

L'association rappelle que certains pomiculteurs ont néanmoins pris des mesures contre le froid pour éviter que le gel n'endommage leurs vergers. Certains y ont par exemple installé d'énormes ventilateurs pour faire circuler l'air; d'autres ont même eu recours à des hélicoptères.

Les hélices de l'hélicoptère permettent ainsi de déplacer des masses d'air suffisantes pour altérer la température dans les vergers. L'air est composé de plusieurs couches de température différente, les plus froides étant plus proches du sol que les plus tièdes... il suffit parfois de quelques degrés pour éviter le gel, explique Mme McKay.

M. Gilroy s'estime lui aussi chanceux, parce que ses vergers sont légèrement élevés et qu'il bénéficie d'une bonne circulation d'air qui modère le climat. Il ajoute en outre que les bourgeons sont moins sensibles au froid, lorsqu'ils n'ont pas encore éclos.

Une pomme rouge dans un arbre.

Le verger de Scotch Mountain, qui compte environ 600 arbres, produit deux variétés de pommes à jus.

Photo : Radio-Canada / Janic Godin

Le résident de Meaford se dit confiant malgré tout de faire une bonne récolte à l'automne à la condition qu'il n'y ait plus de gel, ni trop de pluie et le moins de vent possible. Des vents trop forts empêchent les abeilles de polliniser les vergers.

Les derniers jours du mois de mai seront donc déterminants. On le saura dans quelques jours, lorsque les pommiers seront complètement en fleurs... les dommages seront plus visibles à l'oeil, dit-il.

Brian Gilroy dit avoir perdu 85 % de sa production en 2012 après des gelées printanières tardives. Les années 2014 et 2015 ont quant à elles connu des hivers sibériens, ce qui avait endommagé les jeunes arbres des vergers.

Des pommes dans un seau en métal.

La baie Georgienne est la région qui produit le plus de pommes en Ontario.

Photo : iStock

Plus d'un million d'arbres n'avaient pas survécu au froid polaire en Ontario. La production de fruits et légumes a toujours été une entreprise qui comporte des risques, mais elle sait aussi offrir des récompenses inestimables, précise Brian Gilroy. Il affirme qu'il s'en remet à Mère Nature pour décider de son sort de pomiculteur.

Si je faisais confiance aux météorologues, je me promènerais tous les jours dans mon verger à guetter le moindre dommage causé par le froid, mais quand ils se trompent de 5 degrés dans leurs prédictions, je ne leur fais pas du tout confiance.

Brian Gilroy, pomiculteur de Meaford

La grande majorité de la production de M. Gilroy est destinée à l'automne à la vente au détail; les pommes les moins belles, elles, prennent le chemin des conserveries pour être transformées en jus.

Selon l'association, l'Ontario est le premier producteur de pommes au Canada avec environ 40 % de la production totale devant la Colombie-Britannique et le Québec (25 % chacune) et la Nouvelle-Écosse (10 %).

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