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L'OMS pourrait survivre sans l'apport financier des États-Unis

L'organisation demeure toutefois sous-financée et sans grande marge de manœuvre pour fonctionner.

Logo de l'Organisation mondiale de la santé.

La chancelière allemande Angela Merkel à l'Assemblée mondiale de la santé, organe décisionnel suprême de l'OMS, le 18 mai dernier à Genève.

Photo : afp via getty images / FABRICE COFFRINI

Le président Donald Trump menace de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais cette menace ne signifierait pas la fin de l'organisme, croit une experte, qui rappelle que le budget de l’OMS est de plus en plus composé de dons philanthropiques.

Le budget annuel de l'OMS – un peu plus de 4,8 milliards de dollars américains sur deux ans – provient de quatre sources importantes : les contributions volontaires des pays membres, les contributions de fondations, d'organismes ou d'entreprises (33,18 %), les contributions fixes des États membres (16,87 %), des organismes philanthropiques (10,74 %) et des Nations unies (6,92 %).

La contribution des États-Unis pour l'année financière 2020-2021 est de 553 millions de dollars, soit plus de 20 % du budget total de l'OMS. Le Royaume-Uni est en deuxième position, avec plus de 519 millions de dollars pour l'année. Le Canada se place en sixième position, après la Chine, qui donne 100 millions de dollars de plus que le Canada.

Tandis que les États-Unis donnent de moins en moins à l’OMS (290 millions de moins qu’en 2016-2017), la Chine a presque triplé ses contributions annuelles depuis 2016-2017.

Si les États-Unis se retirent de l’OMS, l’impact financier sera important, mais il ne sera pas catastrophique, croit Kelley Lee, directrice de l'école d'études internationales en santé de l'Université Simon Fraser. Le budget sera serré après la pandémie, mais je pense que les autres pays reconnaîtront l’importance d’investir davantage dans cette organisation, croit-elle.

Le retrait des États-Unis n’est pas un problème insurmontable.

Kelley Lee, Université Simon Fraser

Elle croit plutôt que les États-Unis se tireraient dans le pied en se retirant de l’OMS. Notamment, ils n’auront plus accès au réseau international de collaboration et de données scientifiques qui aide les pays à se préparer à des crises sanitaires ou à lutter contre certaines maladies. Elle donne l’exemple de la coopération en cours entre divers pays pour accélérer la découverte d’un vaccin contre la COVID-19. Ce serait une sottise de se retirer à ce stade-ci, affirme-t-elle.

Près de 28 % des contributions américaines vont aux programmes d'urgences sanitaires aiguës, 23 % pour les programmes d'éradication de la polio, environ 20 % pour l'amélioration des soins en santé et 13 % pour les épidémies et pandémies.

Une organisation aux mains liées

Même avec la contribution des États-Unis, l’OMS est largement sous-financée, affirme Kelley Lee. L’OMS, qui a été fondée en 1948 en tant qu’agence spécialisée des Nations unies, a comme mandat de coordonner la coopération internationale dans le domaine de la santé. Ce mandat est beaucoup trop vague, dit Mme Lee, qui étudie le fonctionnement de l'OMS depuis plus de 20 ans.

L’OMS a un mandat très large; elle s’occupe d’une multitude d’enjeux, du VIH au Zika. Elle doit aussi coordonner les besoins de 194 pays, qui ont chacun des besoins très différents en santé. Mais c'est difficile de tout faire sans suffisamment de budget, indique-t-elle.

Une proportion de plus en plus importante du budget de l’OMS provient d’organisations philanthropiques. En 2020-2021, elles fournissent plus de 10 % du budget.

La fondation Bill & Melinda Gates lui a notamment fourni 340,9 millions de dollars en 2020-2021 (presque quatre fois la contribution du Canada), tandis que la fondation de la famille Bloomberg a donné 24,3 millions de dollars.

Toutefois, une grande partie de l’argent provenant de ces fondations est assortie de conditions; ces donateurs aiment choisir le programme qui doit être financé.

C’est controversé. L’OMS ne peut pas dire non à de si grosses sommes d’argent.

Kelley Lee, Université Simon Fraser

En fait, près de 80 % des contributions sont conditionnelles, dit Mme Lee. L’OMS est comme un cabinet de conseil qui répond à de nombreux bailleurs de fonds pour mettre en oeuvre leurs programmes.

Par exemple, le Rotary Club exige qu’on dépense ses contributions pour l’éradication de la polio, la fondation Bill & Melinda Gates demande que l'on finance des programmes de vaccination et de lutte contre les maladies infectieuses et la fondation des Clinton souhaite qu’on finance des programmes de lutte contre le VIH.

L’OMS n’a pas l’autorité de dire qu'elle va dépenser l’argent pour autre chose. Elle doit dépenser cet argent de la façon qu’on lui dit et il n'y a qu’un petit pourcentage sur lequel elle a le contrôle, souligne Kelley Lee.

Même chose du côté des pays; dans la plupart des cas (dont le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne), plus de 50 % des contributions totales ne sont pas des contributions fixes; elles sont plutôt destinées à des programmes choisis par le pays donateur.

Mais là où les donateurs aiment donner, c'est dans des programmes qui paraissent bien et qui peuvent être justifiés auprès de leurs contribuables. Ainsi, les programmes d’éradication de la polio, de nutrition et de vaccination sont les programmes les mieux financés.

D'autres programmes de santé publique – comme ceux sur la santé mentale ou l’arthrite, par exemple – qui sont moins populaires, mais tout aussi importants, sont sous-financés.

Le maigre 20 % qui n'est pas déjà destiné à des programmes particuliers n’est pas suffisant pour financer tous les autres programmes de l’OMS. En fait, selon Mme Lee, cette situation crée malheureusement de la compétition au sein des départements de l’OMS.

Sans pouvoirs de coercition

Le directeur général de l'OMS est entouré de journalistes dans les locaux de l'OMS.

Le directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, au terme de la conférence de presse où il a annoncé que le coronavirus était désormais une pandémie, le 11 mars 2020.

Photo : Getty Images / AFP/FABRICE COFFRINI

Le budget de l’OMS – à la fois d’où il vient et comment il est dépensé – est hautement politisé, dit Mme Lee. 

Je pense que c'est une grosse erreur de penser que l'OMS n'est pas politique ou ne devrait pas l'être, car c’est vraiment inévitable, soutient-elle. Dès qu'un pays comme les États-Unis affecte une certaine somme d'argent à un certain nombre de pays, il prend une décision politique pour soutenir ces pays et pas d'autres.

C'est pourquoi Mme Lee croit que les menaces du président Trump sont d'abord et avant tout un jeu politique.

Non seulement ce dernier accuse l’OMS d’être manipulée par la Chine, mais il lui reproche aussi de ne pas être intervenue à Wuhan, épicentre de la pandémie de COVID-19.

Mais ce que Donald Trump et plusieurs oublient, dit Mme Lee, c’est que l’OMS ne possède pas de tels pouvoirs; elle n'a pas de moyens pour forcer l’application des normes de santé.

L'OMS ne dispose pas de ressources pour agir sur le terrain, car il s’agit d’un organisme consultatif. Elle ne peut pas entrer dans un pays pour vacciner des gens ou pour prendre le contrôle d’une pandémie, explique Mme Lee.

Ça ne sert à rien de blâmer l’OMS de ne pas agir, quand elle n'a pas le pouvoir de le faire.

Kelley Lee, Université Simon Fraser

Cette critique de l’OMS n’est pas nouvelle, tient à rappeler Mme Lee. Dans les années 70, certains pays, notamment les États-Unis, ont accusé l'OMS de favoriser les pays sous-développés. Plusieurs pays ont gelé le montant de leurs contributions.

Depuis, l’OMS demande aux pays d’augmenter leurs contributions afin qu’elle puisse bénéficier d'un budget stable et récurrent. Il y a un réel problème. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu'une organisation soit super efficace et réactive si elle n’a pas de budget.

Une réforme est nécessaire

L’OMS doit certainement être modernisée, estime Kelley Lee, qui voudrait voir l’organisation adopter un mandat plus précis et obtenir plus de pouvoirs qui lui permettraient de contraindre les pays membres à respecter leurs engagements en matière de santé.

Si nous allons réinventer l'OMS, nous devons lui donner plus de pouvoir.

Kelley Lee, Université Simon Fraser

Le président Trump souhaite voir l'OMS agir avec plus de force, mais Mme Lee ne croit pas que les États-Unis soient prêts à donner davantage de pouvoirs à l'OMS qui lui permettraient d'intervenir en sol américain en cas de crise.

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