•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Incursion au coeur de la gestion de la pandémie

La santé publique de la Capitale-Nationale a ouvert les portes de son centre d’enquête épidémiologique.

Les infirmières aux enquêtes de la Direction de la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale ont contacté des milliers de personnes au téléphone depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Depuis bientôt quatre mois, les autorités sanitaires sont engagées dans une véritable course contre la montre pour freiner la propagation de la COVID-19. Détecter les personnes infectées, veiller à ce qu’elles s’isolent, identifier leurs contacts, retracer leurs moindres déplacements : rien n’est laissé au hasard. Incursion au coeur d’une gestion de crise sans précédent.

Il est 7 h 30 en ce vendredi matin du mois de mai lorsque Nathalie Beaulieu, coordonnatrice en prévention et protection des maladies infectieuses à la Direction de la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale, entraîne presque au pas de course une équipe de journalistes venus visiter les bureaux de l’organisme, situés sur l’avenue D’Estimauville.

C’est ici que sont menées, à l’échelle de la région, les enquêtes épidémiologiques, un outil crucial pour limiter la propagation du nouveau coronavirus. L’exercice est complexe et demande à la fois de la rigueur, de la rapidité et de l'agilité.

Faire face à une pandémie, je vous dirais, pour une coordonnatrice, c'est comme faire du surf. Il faut vraiment toujours ajuster les ressources humaines, la méthode de travail. Tout change tout le temps, explique Nathalie Beaulieu.

La coordonnatrice nous amène d’abord dans la salle des enquêtes. C’est là qu’arrivent, par télécopieur, les résultats des tests de dépistage de la COVID-19. Lorsqu’un test est positif, la Direction de la santé publique ouvre une nouvelle enquête.

C'est ici que se passent les enquêtes, complètement. Tout ce qui est fait auprès des clients, les cas positifs, l'évaluation, l'enquête, les questionnaires, le téléphone. Pas juste les cas positifs. On va par la suite repérer les cas étroits, puis c’est là qu’on va faire les téléphones, précise Mme Beaulieu.

Journées bien remplies

À 8 h, l’équipe d’enquête du jour tient une réunion pour faire le point sur les actions qui devront être prises au cours des prochaines heures. Le matin de notre visite, l’équipe sait déjà qu’elle devra abattre une quantité importante de travail. Pas moins de 19 dossiers d’enquêtes se sont ajoutés durant la nuit.

Hier, il y a eu quand même du dépistage de masse qui s'est fait dans certains milieux. Donc, je sais que ça va être une bonne journée aujourd’hui au niveau des enquêtes. Ça part gros ce matin, confie Isabelle Beaulieu, chef de service en prévention et en protection des maladies infectieuses.

Isabelle Beaulieu accorde une entrevue dans un local. À l’arrière-plan, une femme, photographiée de dos, manipule des dossiers devant une table collée contre un mur.

Isabelle Beaulieu, chef de service en prévention et en protection des maladies infectieuses

Photo : Radio-Canada

Elle gère les enquêtes et travaille en collaboration avec Nathalie Beaulieu. Le duo Beaulieu et Beaulieu est au front depuis le début de l'éclosion.

Pour aider à départager rapidement les cas et indiquer où en est rendu le processus [isolement, période de rétablissement de 14 jours, levée de l’isolement, etc.], une couleur est attribuée à chaque dossier.

Les dossiers orange correspondent aux cas positifs, tandis que les jaunes sont associés aux contacts d’une personne infectée. Il peut s’agir du conjoint, de ses enfants et de ses collègues de travail auprès de qui un suivi étroit devra être fait. On recommande à ces personnes de s’isoler durant une période de 14 jours.

Les contacts étroits [même s'ils] n'ont pas de symptômes [et qu'ils ne sont] pas positifs, ont un isolement à respecter et on s'assure de faire des relances pour voir comment ils vont, si les symptômes ont débuté. Si c'est le cas, on va au prélèvement pour le dépistage, indique Nathalie Beaulieu.

Des chemises orange rangées sur une étagère. Un papillon adhésif amovible sur lequel il est inscrit le mot « éclosions » est collé au sommet de l’étagère.

Ces dossiers correspondent aux cas positifs.

Photo : Radio-Canada

La couleur bourgogne correspond aux cas cliniques, c’est-à-dire les personnes qui ont reçu un diagnostic de COVID-19 sans avoir passé de test.

Un exercice de mémoire

Les infirmières-enquêtrices ont la responsabilité d’appeler les patients qui ont reçu un résultat positif de COVID-19. Elles doivent également joindre leurs contacts étroits. L’infirmière Michelle Gagné mentionne que le principal défi est de ne rien oublier.

Si on fait mal nos devoirs, c’est sûr qu’on va devoir rappeler. [L’idéal] c’est d’appeler le client une [seule] fois. Ça, c’est un défi, parce qu’il y a toujours des choses qu’on a oubliées. Des médecins qui nous posent des questions auxquelles on n’a pas pensé. Alors, il faut rappeler le client. Il faut penser à tout. Il faut revenir en arrière, aller voir ce qu'ils ont fait, savoir où ils étaient.

Une femme assise devant un ordinateur, à l’intérieur d’un espace de travail, parle au téléphone.

Michelle Gagné récolte des informations auprès des personnes infectées et de leurs contacts.

Photo : Radio-Canada

Recevoir un diagnostic positif peut générer énormément d’anxiété, voire de la détresse psychologique, notamment chez les personnes âgées ou gravement malades. Les infirmières-enquêtrices tentent de les rassurer du mieux qu’elles le peuvent.

Des gens qui ont beaucoup de peine, qui ont peur, ça nous arrive régulièrement. Des fois, il faut leur donner un peu de temps, parce qu’ils pleurent au bout du téléphone, ils ont peur des conséquences [...] Ils écoutent les nouvelles, alors ils savent que c’est dangereux pour les gens qui sont très malades, souligne Michelle Gagné.

Il faut prendre le temps de bien lui annoncer, renchérit Isabelle Beaulieu. Qu'est-ce que ça implique ce diagnostic-là, les mesures à prendre pour éviter la propagation et surtout faire la recherche de symptômes, la recherche de contacts autour de cette personne-là.

Suivre les éclosions en temps réel

Nous poursuivons notre visite en nous rendant dans une salle où sont documentés les foyers d’éclosion sur le territoire du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Les murs sont placardés de tableaux blancs sur lesquels sont inscrits les établissements de santé et les résidences pour personnes âgées où sévit le nouveau coronavirus.

Des papillons adhésifs amovibles sont collés sur les tableaux. Leur couleur varie selon le type de personne infectée.

Les couleurs veulent dire si c'est un employé (vert) ou si c'est [un] usager (jaune). On y va par milieu. On voit par milieu nos éclosions et on est capable de suivre en temps réel, explique Nathalie Beaulieu.

Nathalie Beaulieu donne des explications à des journalistes devant un mur placardé de notes et d’informations sur les foyers d’éclosion de la COVID-19 dans la région de la Capitale-Nationale.

Les foyers d’éclosion sont représentés sur des tableaux blancs. Les feuillets verts correspondent à des employés infectés, les jaunes, à des usagers ayant contracté la maladie.

Photo : Radio-Canada

La bataille contre le coronavirus a commencé bien avant que n’éclate la pandémie. Le 21 janvier, les urgences des hôpitaux relèvent leur niveau d’alerte en raison de l’arrivée imminente de voyageurs malades.

Le 23 janvier, les autorités de la sécurité civile s’associent à celles de la santé publique pour préparer la gestion de la crise. Dès le lendemain, soit le 24 janvier, la Capitale-Nationale fait face à un possible premier cas lorsqu’une personne ayant séjourné à Wuhan, en Chine, se présente dans une urgence de la région.

Le voyageur en question n’est finalement pas infecté. Sa prise en charge permet néanmoins aux équipes d’enquête de mettre en pratique les mesures établies à peine quelques heures plus tôt.

On déroulait le tapis et on marchait en même temps dessus, raconte Nathalie Beaulieu. Ça nous a obligés à monter les outils puis à gérer, à dérouler le tapis une première fois, de manière rapide, sans outil. On faisait face à quelque chose de nouveau [et] tout ce qu’on a construit [à ce moment-là], on l’a gardé [par la suite].

Des personnes participent à une réunion dans un local. Chaque personne se tient debout, devant son poste de travail, en observant une distance d’au moins 2 mètres avec son voisin ou sa voisine.

L’équipe d'enquête se réunit chaque matin pour faire le point sur les dossiers en cours et à venir.

Photo : Radio-Canada

Plus de 3000 enquêtes

Depuis le début de la crise, la Direction de la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale a réalisé 3360 enquêtes épidémiologiques.

À la mi-mai, on comptait 1310 cas positifs compilés dans des dossiers oranges, auxquels étaient associés 2050 dossiers jaunes.

Pour arriver à mener des enquêtes en une douzaine d'heures, il a fallu faire passer le nombre d'infirmières-enquêtrices de 3 à 30. Avec la levée graduelle des mesures de confinement, on estime qu'il en faudra encore une vingtaine de plus.

Avec les informations de Guylaine Bussière

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Santé publique