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Consommer l’art en vert et blanc aussi

Alors que le milieu artistique québécois mise entre autres sur sa « musique bleue », l’Ontario français invite le public à consommer l’art en vert et blanc.

Plusieurs icônes représentant différentes disciplines artistiques dont la musique, le cinéma, le théâtre, la peinture, la litérature, la photographie et la danse.

L’Ontario français invite le public à consommer l’art en vert et blanc.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Marika Bellavance

Les initiatives visant à mettre de l’avant les produits locaux se multiplient dans tous les secteurs. Et les arts ne font pas exception. Le milieu culturel est à pied d’oeuvre pour trouver des solutions afin de permettre aux artistes de travailler et repenser son rapport au public.

Les plus affectés, dans notre milieu, en ce moment, ce sont les artistes, rappelle le gérant d’artistes José Bertrand, du groupe JKB, qui oeuvre à faire rayonner la culture franco-ontarienne depuis plus de 20 ans.

Avec les annulations et les reports de spectacles, les artistes ne reçoivent aucun salaire. Dans un tel contexte, encourager les créateurs locaux s'avère essentiel.

Une occasion à saisir

Malgré tout, certains voient dans la situation actuelle une occasion de développer un nouveau rapport avec le public. C’est le cas de Mathieu Fortin, qui est derrière le festival d’humour le Rire Fest, dans l’Est ontarien.

Un homme portant un complet sourit en regardant la caméra.

Mathieu Fortin, qui a créé le Rire Fest, considère que le rapport entre les artistes et le public pourrait être redéfini par la crise actuelle.

Photo : Facebook / Mathieu Buzz Fortin

Ça prend trois mois pour créer de nouvelles habitudes. On en a probablement pour trois mois encore dans tout ça, donc il y a une opportunité de changer les comportements des consommateurs, estime-t-il.

Selon lui, l’appétit du public pour la culture locale sera encore plus grand après la crise. J’ai l’impression qu’après la pandémie, les gens vont avoir le goût de rester près de chez eux et d’encourager les commerces locaux qui sont là pour eux, renchérit Mathieu Fortin.

Au Québec, plusieurs moyens ont été mis en place pour sensibiliser le public à consommer la culture locale, qu’il s’agisse du mouvement #Jelisbleu et #MusiqueBleue ou de la nouvelle plateforme d'écoute en continu QUB musique.

Mais il est plus difficile pour les artistes francophones hors-Québec de tirer leur épingle du jeu, selon José Bertrand.

Un homme seul debout devant sur un pont et portant des lunettes.

Évoluant dans le milieu culturel depuis plus de 20 ans, José Bertrand travaille à mettre de l'avant le talent des artistes franco-ontariens qu'il représente.

Photo : ANIM

On commence à être un peu désavantagé. Il va falloir pallier ce manque à gagner.

José Bertrand, gérant d'artistes

Ce dernier se veut néanmoins rassurant. Les discussions avancent bien, et de plus en plus d’initiatives seront mises en places au cours des prochains mois.

Un retour sur scène plus facile?

Pour l’instant, la priorité est de privilégier les artistes locaux et régionaux dans les programmations des salles de spectacles. Les diffuseurs vont faire en sorte que les artistes franco-ontariens vont certainement être au coeur de leur programmation, assure José Bertrand.

Un retour sur scène pourrait d’ailleurs être plus facilement envisageable pour les artistes franco-ontariens, selon lui, même si les salles doivent être reconfigurées pour respecter la distanciation physique.

Des sièges sont vides et un micro sur une scène également vide.

La «jauge» de 50 spectateurs dans une salle de 150 places sera plus facile à respecter lors de la présentation de prestations d'artistes franco-ontariens, à l'ère de la distanciation physique.

Photo : getty images/istockphoto / PinkBadger

La beauté des salles dans la francophonie ontarienne, c’est qu’on a en moyenne une cinquantaine de personnes pour les artistes francophones, dans des salles qui ont une capacité d’environ 100, 150 personnes, soutient-il.

Cet aspect rend plus facile de justifier cette “jauge” de 50 spectateurs en distanciation sociale qu’avec un artiste très connu, où une salle comble aurait pris place dans des temps normaux, poursuit M. Bertrand.

Et pour les humoristes en particulier, Mathieu Fortin entrevoit une lueur « d’espoir », évoquant que les spectacles d’humour sont plus faciles à organiser et nécessitent moins de ressources. D’autant plus qu’ils peuvent viser des petits groupes, fait-il valoir.

Je serais plus porté à aller dans une salle de 30 personnes avec des gens de mon village que d’aller en ville dans une grande salle avec des gens qui viennent de partout.

Mathieu Fortin, organisateur du festival d'humour le Rire Fest

La prochaine étape - et le grand défi - est maintenant de déterminer les dates de spectacles pour la saison d’automne, en gardant en tête qu’il est possible que les diffuseurs doivent les reporter à nouveau, si les salles de spectacles ne rouvrent pas leurs portes d’ici à la fin de l’année.

Une industrie en changement

Entre-temps, plusieurs artistes se sont tournés vers le numérique pour offrir des prestations à leur public. Et cette alternative pourrait être là pour rester.

On est dans une nouvelle ère, dans une renaissance de ce qu’est le spectacle live, mentionne José Bertrand.

Mehdi Cayenne pose sur scène avec son fil de guitare dans la bouche.

L'auteur-compositeur-interprète Mehdi Cayenne a été un des premiers artistes francophones du pays à présenter une prestation en direct sur Facebook, au début de la pandémie.

Photo : L-A be / Stany Noel

Déjà, certains artistes ont peaufiné leurs prestations en ligne, en utilisant notamment des caméras et du matériel technique plus sophistiqué. Certains pourraient également opter pour des spectacles en direct, sans possibilité de rediffusion, comme c’est le cas pour un spectacle en salle.

Tout changement peut faire peur. [Mais] ce n’est pas la fin du monde, c’est la fin d’un monde.

José Bertrand, agent d'artistes

Par contre, ce nouveau monde doit être bien pensé. Si offrir des prestations en ligne est une alternative intéressante, elle n’est pas sans risque pour le milieu culturel, déjà fragile. Le contenu en ligne ne peut pas rester gratuit.

Si on veut tous faire de l’argent, il faut professionnaliser ça, croit Mathieu Fortin. Les modèles d’affaires, on ne les a pas encore vus, [mais] ils s’en viennent, prévoit-il.

Sensibiliser le public

Malgré la situation, tous essaient de rester positifs.

C’est des montagnes russes, dit José Bertrand.

Il y a des gens créatifs, ajoute Mathieu Fortin. Tout est en construction en ce moment.

Et à ceux qui se demandent comment aider un artiste, ils répondent que la priorité demeure de consommer l’art qui porte nos couleurs, que notre drapeau soit bleu ou vert et blanc.

Avec les informations de Christelle D’Amours

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