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Des parents s'unissent pour réclamer la réouverture rapide des écoles secondaires

Le reportage de Pierre-Alexandre Bolduc

Photo : Radio-Canada

Des parents de Québec réclament que les élèves du secondaire puissent retourner en classe le plus rapidement possible. La motivation de plusieurs jeunes est en chute libre depuis le début de la pandémie. Des parents craignent de voir leurs enfants décrocher de l'école.

Le garçon de Marie-Claude Bergeron est en 2e secondaire et sa fille, en 6e année. Elle tente, depuis le début des mesures de confinement, de maintenir leur intérêt et de les inciter à poursuivre leurs études, tout en étant en télétravail.

C'est extrêmement exigeant, fatigant. J’en fais de l'insomnie. La nuit, je me réveille à deux, trois heures du matin, comme M. Arruda. Lui, c'est parce qu'il regarde les statistiques des décès. Moi, je regarde comment je vais faire pour maintenir une relation correcte avec mes enfants. Parfois, ça se dégrade. Ils ont l’impression que je leur mets de la pression et que je leur en demande plus que les autres enfants, raconte-t-elle.

Elle est loin d’être la seule dans cette situation. Père de cinq enfants, dont une fille en 5e secondaire, Éric Courtemanche Baril voit lui aussi la motivation diminuer avec le temps.

Il est convaincu que l’enseignement à distance y fait pour beaucoup.

Il y a des cours où ils ont rassemblé les groupes. Des fois, ils sont jusqu'à 150 dans une vidéoconférence avec le professeur. Dès que quelqu'un parle, ça coupe. Ce n'est pas de qualité. Elle est en train de décrocher en se disant que, de toute façon, elle passe pareil. Elle s'en fout un peu, relate-t-il.

Génération sacrifiée

Ces parents demandent que les élèves du secondaire puissent retourner en classe, pour bénéficier d’un meilleur soutien pédagogique, mais aussi pour socialiser et reprendre une partie de leurs activités sportives.

Marie-Claude Bergeron estime que les mesures imposées ont pour effet de sacrifier l’avenir d’une génération.

On est en train de leur demander de se sacrifier eux, leur vie, leurs loisirs, leurs amitiés, leurs amours, leur scolarisation, leur éducation. S'ils décrochent de l'école, ce n'est pas garanti qu'ils vont reprendre plus tard, affirme-t-elle.

Iniquités accentuées

Enseignante au cégep et mère de deux garçons au secondaire, Solange Bergeron partage les mêmes inquiétudes.

Elle craint que le taux de décrochage, qui est déjà élevé au Québec, n’augmente de façon importante.

Elle soutient que l’école à la maison accentue les iniquités.

Les élèves du premier cycle sont trop jeunes pour faire de la formation à distance. Ils ne sont pas capables de s'organiser avec les plateformes différentes, les nombreux messages qu'ils reçoivent, de mettre de l'ordre là-dedans. Actuellement, il n'y a pas un jeune au secondaire au Québec qui a la même formation. La formation à distance accentue les iniquités, les inégalités entre les jeunes, avance Solange Bergeron.

Une jeune femme utilisant une tablette électronique.

Ce ne sont pas toutes les familles qui sont en mesure de fournir des appareils technologiques de qualité à leurs enfants.

Photo : Getty Images / JGalione

Jeunes en difficulté oubliés

Elle s’en fait surtout pour les élèves qui étaient en difficulté, avant la pandémie.

Au régulier, il y a plusieurs jeunes qui ont des plans d'intervention, qui ont des problèmes d'attention, d'organisation et autres. Eux, la formation à distance, ça ne fonctionne pas. Ils sont laissés à eux-mêmes depuis mars. Ils n’atteindront pas leur plein potentiel d'ici la fin juin. Ils vont traîner des lacunes, affirme Solange Bergeron.

S'il y a des signes de détresse, s'il y a des signes d'ennui, des signes de décrochage, il y a du dépistage qui peut se faire à l’école. Ce n'est pas vrai que ce dépistage-là peut se faire sur un écran, ajoute Éric Courtemanche Baril.

Le spécialiste en réussite scolaire, Égide Royer, leur donne raison.

De manière globale, pour combler un retard d'apprentissage ou pour les élèves à besoins particuliers, il faut absolument qu'on ait une rentrée en présentiel. Il faut que les contacts sociaux, ce gros, gros besoin des adolescents, soit satisfait, parce qu'on est vraiment à risque d'augmenter notre score global de décrochage, affirme-t-il.

Confusion dans le message

Mère de cinq enfants, Anne-Catherine Têtu demande dès maintenant un plan clair de la part du ministre de l’Éducation. Elle souligne que la confusion dans les messages a contribué à la démotivation des élèves.

On s'est fait dire au début que c'était des vacances pour les enfants. Du jour au lendemain, ils se font imposer des travaux. Je ne suis pas contre, mais on leur a lancé ça comme ça. Ils doivent maintenant gérer plusieurs profs avec plusieurs plans de cours différents et des travaux obligatoires. C'est très confus, explique-t-elle.

Comme la Suède

Marie-Claude Bergeron croit que le Québec devrait s’inspirer de la Suède et rouvrir les écoles, sans même imposer une distance de deux mètres entre les enfants.

Il faut apprendre à vivre avec le virus. C'est comme avec la grippe ou la gastro. On ne ferme pas les écoles quand il y a une éclosion de gastro, alors qu'on sait que les jeunes peuvent en mourir, de complications, de déshydratation, conclut-elle.

Plusieurs pétitions en ligne circulent présentement pour réclamer la réouverture des écoles secondaires. Les parents avec qui Radio-Canada a parlé mardi en ont signé chacun au moins une.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge ne souhaite pas commenter. À son cabinet, on assure qu’on va tout faire pour permettre un retour en classe physique de tous les élèves à la prochaine année scolaire.

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