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« On a besoin de faire des ventes, je suis tanné d’emprunter »

Les commerçants se réjouissent de la décision de Québec de permettre la réouverture des commerces du Grand Montréal.

Un passant, qui porte un masque, marche dans une rue commercial de Montréal.

La plupart des commerces de la grande région de Montréal pourront rouvrir lundi prochain, le 25 mai.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« C’est comme un boxeur qui a mené tout le combat et qui, rendu au dernier round, se fait geler solide! Pis là, faut que la cloche sonne pour qu’il gagne le combat. »

Le boxeur, c’est Philippe Sarrasin, copropriétaire avec sa blonde Joanne Méthé de la Librairie Verdun depuis 2006. La cloche, c’est la réouverture des commerces, le 25 mai.

Avant que frappe le désormais célèbre maudit virus, les affaires allaient super bien pour ces deux libraires de la rue Wellington. Tellement, en fait, qu’ils avaient même investi de l’argent, avec d’autres commerçants du coin, pour embellir la rue.

« C’était fantastique et merveilleux. C’est comme une joke qu’on se retrouve dans cette situation-là quelques mois plus tard. »

— Une citation de  Philippe Sarrasin, copropriétaire de la Libraire Verdun

Fermé depuis le 24 mars, ce sera finalement – « on espère que ce sera la bonne » – le temps de rouvrir dans six jours, exactement.

Évidemment, plus rien ne sera comme avant, du moins pas pour l’instant, mais une lueur d’espoir pointe à l’horizon. Je suis tanné d’emprunter, d’avoir des prêts, on veut travailler pis faire des ventes. C’est comme ça qu’on va s’en sauver, sinon on fait juste pelleter par en avant, soutient le sympathique libraire.

Il relativise, pense à ses amis, dont un qui a un bar, un autre qui a un resto. Eux, ils capotent.

***

Une dizaine de rues plus loin, chez Rita, restaurant de quartier spécialisé dans la cuisine italienne, voilà trois semaines que la transformation en épicerie est complétée.

La proprio Sophie Bergeron et son associé ont d’abord fermé, le 15 mars, le Rita et le Wellington, une autre table plus haut de gamme qu’ils possèdent à un coin de rue.

Depuis le 29 avril, ils ont rouvert, en formule plats pour emporter et produits à acheter.

On a d’abord pris un pas de recul, pour comprendre ce qui se passait, explique l’entrepreneuse verdunoise.

Avec les produits qu’ils servent, ils ne peuvent se permettre de rouler à 50 % de leurs capacités, loin de leur seuil de rentabilité. Aussi bien se transformer.

« La salle à manger au Rita ne ressemble plus à une salle. On a descendu toutes les tables et les chaises. On a monté des frigos vitrés dans lequel on a mis notre vin. On fait des produits d’épicerie. On a monté des étagères. »

— Une citation de  Sophie Bergeron, copropriétaire des restaurants Rita et Wellington

Grâce à la subvention salariale du fédéral, nos perspectives de survie sont bonnes.

De 30 employés, ils sont passés à 10, qu’ils ne payent qu’à 25 %. Ottawa se charge des 75 % restants. Pour le moment.

Ça, c’est si la réponse enthousiaste d’une clientèle locale et fidèle se poursuit au cours des prochains mois.

La décision de Québec de permettre aux commerces de la grande région de Montréal de rouvrir le 25 mai ne change pas grand-chose pour Sophie Bergeron.

Le pire qui pourrait arriver, par contre, c’est que les gens ne suivent pas les consignes et que le gouvernement décide de refermer les commerces.

Elle évoque un grand découragement collectif qui se pointerait alors le bout du nez. Ses restos resteraient ouverts. Le moral n’y serait plus.

***

Du côté des associations de commerçants, évidemment, on se réjouit de la décision du gouvernement.

C’est très certainement la meilleure nouvelle qu’on a reçue depuis les deux derniers mois, lance Billy Walsh, président de l'Association des sociétés de développement commercial de Montréal, qui regroupe les commerçants des 20 principales artères de la métropole.

Le ton n’est pas qu’à la réjouissance. Il évoque le loyer de juin, qui arrive vite, très vite. Les commerçants n’auront qu’une semaine pour se renflouer avant de devoir le payer.

Pour ce qui est de l’équipement et des produits sanitaires, M. Walsh dit mener des représentations avec d’autres associations auprès de Québec pour débloquer des subventions.

Surtout, les SDC, comme celle qu’il gère lui-même à Verdun, ont mis sur pied des groupes d’achats pour aller chercher des économies d’échelle importantes et permettre aux commerçants de trouver tout ce qu’ils ont besoin à la même place et à un prix excessivement compétitif.

Est-ce que tout le monde survivra? Pour le commerce au détail, on le saura dans un mois, un mois et demi, une fois que les opérations auront repris.

Il s’inquiète surtout pour les restos et les bars. Leur saison haute, c’est maintenant. Il évoque un sondage de l’Association des restaurateurs du Québec publié la semaine dernière et qui indique que, si la crise se poursuit, un restaurant sur deux qui pourrait fermer.

Ça fait très mal.

Si les restos et les bars n'ont aucune idée de ce qui les attend, les commerces du Grand Montréal qui rouvriront le 25 mai pourront se tourner vers ceux des régions, déjà déconfinés.

Tout le monde doit apprendre à s’ajuster, croit Marc Fortin, président de la section québécoise du Conseil canadien du commerce de détail.

Confiant, il assure que ça s’est bien passé en région et que ça devrait être le cas à Montréal aussi.

Les commerces font attention, dit-il, car personne ne veut devoir refermer. Tout le monde se tient à peu près à 30 % du code de feu [nombre de gens permis dans un commerce, NDLR], même si le gouvernement demandait 50 %. On veut s’assurer de gérer la distanciation et que les employés ne soient pas stressés.

Selon les chiffres qu’il a vus, les commerces les plus populaires lors du déconfinement des régions ont été ceux de bureautique, d’électronique et de plein air. La mode et les vêtements, un peu moins.

« Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a beaucoup plus de ventes de hauts que de bas! Les pantalons et les jupes se vendent beaucoup moins. Le monde est sur vidéo, ils n’en ont pas besoin! »

— Une citation de  Marc Fortin, président du CCCD-Québec

Le chiffre magique visé par le CCCD est de 40 %. Si on retrouve 40 % du trafic en magasin, les commerçants vont être capables de faire leurs frais, assure-t-il.

***

Pour Philippe Sarrasin, de la Librairie Verdun, il faut surtout éviter de refermer le magasin, ce qui serait une catastrophe.

Sa blonde et lui vont tout faire pour que leurs employés, qui sont relativement nerveux, soient en sécurité. Toutes les mesures seront prises pour les protéger.

Armés de masques et protégés par du plexiglas, ils ne pourront toutefois plus servir leurs clients comme avant.

Alors qu’on pouvait flâner des heures, qu’on nous incitait, en fait, à flâner des heures, à bouquiner, quoi, on devra maintenant nous servir pronto et nous remercier illico.

Car une libraire, « ce n’est pas une épicerie ». On avait des coussins pour les enfants, un café. C'est tout un modèle à repenser, car c’est impossible à court terme qu’on puisse offrir ça, dit l’entrepreneur.

Je ne pourrai plus t’offrir cette expérience le fun où la stratégie est de te faire rester le plus longtemps en magasin pour te faire sentir bien. Je vais devoir te précipiter. Dis-moi ce que tu veux, pis va-t’en! Pis approche-toi pas trop!

Il rigole, bien sûr. Puis il repense à ses amis restaurateurs et tenanciers de bar. C’est quand même mieux que d’être fermé!

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