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Pour qu’il reste de la relève humoristique après la crise

Alors que l’expression « se réinventer » s’infiltre dans l’industrie culturelle et qu’il incombe aux artisans de la scène de ne pas tomber dans l’oubli, les initiatives en ligne se multiplient.

Un homme tenant un micro devant un montage d'une scène de spectacle d'humour.

Le jeune humoriste Jonathan Dion, originaire de Clarence Creek dans l’Est ontarien, n’a eu d’autre choix que de se tourner vers la communauté virtuelle.

Photo : Radio-Canada / Yves Elou Légaré

Où tracer la ligne entre des blagues improvisées sur Instagram Live et un spectacle d’humour travaillé, puis rodé? C’est ce que se demande l’organisateur du festival d’humour franco-ontarien le Rire Fest, Mathieu Fortin. L’humoriste de la relève Jonathan Dion craint quant à lui que certains de ses confrères ne tombent au combat, faute de scènes pour s’exercer.

Jonathan Dion travaille d’arrache-pied depuis trois ans pour se faire connaître sur les différentes scènes d’humour du Québec et de l’Ontario francophone. Il s’inscrit à toutes les soirées de micro ouvert, anime des soirées d’humour, fait des allers-retours entre Montréal et Ottawa pour monter sur les planches le plus souvent possible, écrit de nouvelles blagues tous les soirs et pratique régulièrement ses textes pour les peaufiner.

L’humoriste de 24 ans, originaire de Clarence Creek dans l’Est ontarien, partage son temps entre ses fonctions d’animateur culturel dans les écoles et sa vie sur scène, travaillant jusqu’à tard le soir pour bâtir sa réputation artistique. Cette année, ses efforts devaient porter fruit puisqu’il pensait enfin pouvoir faire de l’humour à temps plein.

La pandémie a tout saboté.

Bien qu’il ne soit pas trop du type « médias sociaux », Jonathan n’a eu d’autre choix que de se tourner vers la communauté virtuelle. Il s’est mis à offrir des rendez-vous sur Facebook en direct avec d’autres amis humoristes.

Le gros défi, c’est comment se trouver des fans? Parce qu’on n’est pas super connus, on n’a pas l’occasion de faire des spectacles, donc c’est de voir comment on peut rester actifs et faire découvrir notre art, avance-t-il.

Celui qui se décrit comme « un gars de scène » reconnaît que les blagues improvisées en ligne permettent de garder le contact avec le public, mais ne se comparent en rien à l’énergie que peut dégager une foule. Pour un humoriste en plein apprentissage comme lui, les réactions du public sont cruciales pour perfectionner son contenu.

C’est là d’où vient le terme "divertissement de survie" parce qu’on a tous peur de tomber dans l’oubli si on n’est pas capables de monter sur scène bientôt.

Jonathan Dion, humoriste de la relève

Mathieu Fortin, impliqué dans le milieu de l’humour depuis quelques années en Outaouais et dans l’Est ontarien, abonde. En humour, ce sont les heures sur scène qui comptent. Le défi, pour les humoristes locaux, sera de se renouveler et d’aller chercher l’expérience, soutient l’organisateur d'événements, qui n’est lui-même plus en mesure de leur offrir du temps de glace.

Contours flous

Mathieu Fortin organise régulièrement des soirées d’humour pour faire découvrir la relève de sa région. L’an dernier, il a aussi lancé le premier festival d’humour de l’Est ontarien, le Rire Fest.

Il avoue être un peu sceptique face à ces rendez-vous en direct qui pleuvent sur Facebook et Instagram, durant lesquels les artistes discutent entre eux et lancent des blagues à qui mieux mieux.

Est-ce que tout ce qu’un artiste fait, parce qu’il est humoriste, est considéré comme de l’humour?, soulève Mathieu Fortin. Ce dernier se demande d’ailleurs si, à long terme, les vidéos drôles vont surclasser les spectacles sur scène pour lesquels les blagues ont été rythmées, calculées et doivent susciter le rire à des moments précis.

Il croit que plus le public prend l’habitude de consommer son humour en ligne, plus il y a un risque que l’humour « de contact » se perde.

L’image de marque de l’humoriste survit bien [dans cette pandémie], mais son humour, son matériel, son écriture, ce n’est pas ce qui est célébré en ce moment.

Mathieu Fortin, organisateur du Rire Fest
Un homme portant un complet sourit en regardant la caméra.

Mathieu Fortin anime également l'émission virtuelle « Buzz Fortin » durant laquelle il s'entretient avec des personnalités de l'humour. Il se rend également régulièrement au tapis rouge du Gala Les Olivier.

Photo : Facebook / Mathieu Buzz Fortin

De plus, Mathieu Fortin s’inquiète de voir ces prestations en direct menées par des personnalités populaires, déjà bien visibles sous les projecteurs, éclipser ceux qui commencent. Les professionnels ont plus à raconter. Ils ont des amis et des réseaux plus grands. Des humoristes locaux qui feraient des directs sur Instagram, il y aurait beaucoup moins de gens [pour les regarder]. Ce n’est pas comparable à Arnaud Soly ou à Maryline Joncas, par exemple, signale-t-il.

Jonathan Dion renchérit qu’en temps de pandémie, il est encore plus difficile pour un humoriste de la relève de se distinguer. D’un côté financier, c’est extrêmement difficile. Et si tu n’as pas de spectacle ni de visibilité, c’est difficile de faire son nom, déplore-t-il.

Pendant que tout le monde est chez soi en confinement, l’étoile montante ottavienne avoue que l’inspiration peut manquer et qu’un gouffre créatif se creuse.

Un humoriste va s’inspirer de faits, d’une anecdote, d’un événement vécu pendant la semaine qui va devenir une bonne blague. Là, on ne vit pas grand-chose et tout le monde vit la même chose.

Jonathan Dion, humoriste de la relève

Comment faire pour proposer du contenu unique et espérer se démarquer? Le jeune humoriste entend ces préoccupations autour de lui et estime que les défis de la pandémie auront raison de la carrière d’artistes qui préféreront remiser leur rêve désormais intangible.

Humour éphémère

Mathieu Fortin tient à préciser qu’un humoriste en formation doit régulièrement écrire des numéros d’une dizaine de minutes chacun, puisqu’il doit renouveler ses contenus d’une semaine à l’autre. La relève doit constamment trouver de nouvelles idées pour demeurer pertinente.

On va voir le même chanteur, dans la même salle, faire les mêmes chansons, parce que la chanson va nous apporter de l’émotion. Mais le rire, c’est différent : c’est spontané, anecdotique. Il faut que ça nous surprenne, et une fois qu’on a été surpris, la blague est moins forte.

Mathieu Fortin, organisateur du Rire Fest

Les numéros qu’ils avaient avant ne seront peut-être plus d’actualité, formule le gestionnaire d’événements.

Ce dernier est d’ailleurs en discussion avec les artistes de la région pour réfléchir au prochain Rire Fest qui doit avoir lieu en novembre prochain. Il leur faudra décider si le festival peut avoir lieu en salles ou en ligne et surtout s’ils sont disposés à reprendre la scène.Mon objectif, avec [l’événement], c’est de mettre en scène des humoristes locaux, donc si je ne peux pas atteindre cette mission-là cette année, si on me dit que ce n’est pas le meilleur moment pour le faire, je réviserai, évoque M. Fortin.

Jonathan Dion est d’avis qu’au bout de la crise, ce sont les passionnés qui survivront. Et la compétition, déjà importante en humour, n’en sera pas moins forte depuis qu’elle a migré en ligne... Au contraire.

L’artiste mentionne que les petits talents complémentaires - chanter, imiter ou encore parodier - peuvent faire une différence entre couler ou oser. Il faut être opportuniste, dit-il

Puisque Jonathan Dion est aussi coach pour les jeunes aspirants au concours LOL, en Ontario, il conseille aux humoristes de demeurer fidèles à leur propre style. Pour sa part, il compte continuer à écrire quotidiennement et à pratiquer ses numéros. Lorsque les scènes seront de nouveau accessibles, le Franco-Ontarien sautera sur toutes les occasions de refouler les planches, question de faire passer « cette rouille qu’on aura accumulée ».

Un homme âgé d'une vingtaine d'années sur une scène.

L'humoriste de la relève Jonathan Dion croit qu'après le confinement, le public sera saturé des blagues concernant la pandémie et que les artistes devront contribuer à leur offrir un vent de fraîcheur.

Photo : Avec la permission de Jonathan Dion

Jonathan Dion rêve déjà du jour où il sera de nouveau devant un public : Ce sera un beau moment parce que le public aussi aura hâte de consommer de la culture, de rire en français, prévoit-il.

L’humoriste en ascension annonce déjà qu’il va parler de tout sauf de la COVID-19. Selon lui, lorsque les activités culturelles reprendront, le sujet sera déjà épuisé et les gens auront besoin de parler de ce qui fait du bien.

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