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L’actrice Monique Mercure s’est éteinte

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Monique Mercure sourit et tient son trophée.

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Photo : La Presse canadienne / DAVID BOILY

Monique Mercure, l'une des grandes actrices québécoises, est décédée à l'âge de 89 ans.

La comédienne s'est éteinte cette nuit des suites d'un cancer. Sa fille Michèle était à son chevet. Elle a par la suite publié un dessin qu’elle a fait de sa mère avec la mention : « Monique Mercure 1930-2020 ».

Le directeur du Conseil des arts du Canada Simon Brault a écrit dimanche matin sur Twitter : Monique Mercure est décédée paisiblement cette nuit. Une très grande artiste est disparue. Nous étions des amis fidèles et inséparables depuis 30 ans.

Simon Brault était au téléphone avec elle peu avant son décès. Sa voix et celle de sa fille Michèle auront été les dernières qu'elle aura entendues. L'homme l’a connue au moment où elle dirigeait l’École nationale de théâtre du Canada au début des années 1990.

Il n'y a personne qui résistait à Monique Mercure. Il n'y avait aucune porte qui ne s’ouvrait pas. Il n'y avait aucun cœur qui ne s’ouvrait pas. Parce que Monique avait une présence, une détermination incroyable. Elle pouvait être tranchante parfois. Elle pouvait être blessante parfois. Mais elle était extrêmement généreuse, extrêmement professionnelle. Je trouve que c’est une immense perte, a-t-il partagé sur les ondes de RDI.

L'homme ne tarit pas d'éloges pour l'artiste... et la citoyenne. Ce que je vais retenir de Monique, c’est cette capacité d’aller à la fois dans les zones les plus sombres de la nature humaine et les zones les plus drôles, les plus sarcastiques. Monique, c’est une rebelle, c’est une revêche, c’est quelqu’un qui était une éternelle insoumise face aux institutions. Pour moi, elle a été une influence. Je pense qu’une partie de ce que je suis, je le dois définitivement à Monique Mercure.

Monique Mercure habillée en blanc avec ses cheveux longs blancs.

Monique Mercure sur le plateau de l'émission de Pénélope McQuade le 20 août 2012.

Photo : Radio-Canada / Archives

Monique Mercure devient la première Canadienne en 1977 à obtenir le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes pour le film J.A. Martin photographe, de Jean Beaudin. Or, l’actrice est retenue à Montréal, car elle joue dans une pièce présentée au Théâtre du Nouveau Monde.

L’actrice québécoise n’ira donc pas sur la Croisette recevoir son prix. C’est plutôt l’acteur Marcel Sabourin, qui incarne J.A. Martin dans le film – et qui est encore à Cannes –, qui ira accepter son prix .

On m’a appelé à cinq heures du matin dans ma chambre d’hôtel. J’étais bien malade, puis on m’a demandé si je rendrais un grand service. J’ai dit "oui, c’est quoi? Je suis malade, j’ai la grippe". Ils m’ont dit : est-ce que vous iriez chercher une palme d’or? Quoi? Vous me demandez si je veux? Bien voyons! Je chantais et puis je dansais. Évidemment, que j’y suis allé, explique-t-il.

Marcel Sabourin croit que Monique Mercure avait le talent des grands et qu’elle aurait dû avoir une carrière encore plus exceptionnelle. Ce que je regrette beaucoup, c’est qu’en effet, elle a fait quelques films ici au Canada anglais et au Québec, mais après J.A Martin, il aurait fallu qu’on se réveille. Elle aurait pu faire une carrière internationale. Il n’y avait pas d’agents ici, déplore-t-il.

Malgré la perte de son amie, le comédien se dit heureux qu’elle soit délivrée. Je suis comme cela enthousiaste de Monique parce qu’il y a quelque temps, il y a quatre mois, elle m’a dit qu’elle ne voulait plus vivre, qu’elle était tannée, que cela suffisait, qu’elle souffrait. Vous voyez, c’est son vœu qui s’est réalisé, a-t-il affirmé.

Monique Mercure est assise dans un fauteuil.

Monique Mercure a tenu un rôle dans la populaire émission Monsieur le ministre.

Photo : Radio-Canada / Archives

Monique Miller et Monique Mercure étaient de grandes amies. Elles se parlaient toutes les semaines et blaguaient sur le fait que d’aucuns les confondaient, deux actrices prénommées Monique aux initiales M.M.

Je suis très troublée, surtout cette semaine. Cela a été une très dure semaine. On perd Renée [Claude] et on perd Monique [Mercure]. C’est beaucoup. C’est beaucoup pour nos petits coeurs, a-t-elle confié en entrevue à RDI.

Malheureusement, cela fait un moment qu’elle souffrait. Quand j’ai eu le téléphone ce matin, je n’étais pas surprise. On ne pouvait pas la voir à cause de cette pandémie.

Monique Miller

Mais Monique Miller se console en ayant au moins eu la chance de lui parler ces derniers mois. On s’est tellement parlé au téléphone depuis à peu près trois ou quatre mois. Mon Dieu qu’on s’est parlé au téléphone! […] Dans son petit appartement, c’était ce qu’elle avait, le téléphone, relate-t-elle.

Les deux actrices ont joué ensemble à plusieurs occasions, comme dans le film Saints-Martyrs-des-Damnés de Robin Aubert, où elles interprétaient des sœurs jumelles, et dans la pièce de théâtre Les manuscrits du déluge de Michel-Marc Bouchard.

Quel souvenir garderez-vous de votre grande amie? Sa beauté, sa gentillesse, sa spontanéité, a-t-elle répondu.

Monique Mercure affiche un air surpris.

La comédienne Monique Mercure a fait partie de la distribution du téléroman L'héritage.

Photo : Radio-Canada / Archives

La comédienne Marie-Thérèse Fortin parle de Monique Mercure comme d’une source d’inspiration

Monique c’était quelqu'un qui inspirait beaucoup d’admiration. On avait beaucoup de reconnaissance pour tout ce qu’elle avait fait, parce que je pense qu’elle a ouvert beaucoup de portes aux femmes au Québec et particulièrement pour les comédiennes, estime-t-elle.

Marie-Thérèse Fortin a eu le plaisir de jouer avec elle dans le téléroman Mémoires vives dans lequel Monique Mercure incarnait sa mère. Impressionnée par l’actrice, Mme Fortin se rappelle que sur le plateau Monique Mercure imposait « une certaine force de caractère ». Elle dit que la femme était dotée d’un « rire absolument irrésistible » et d’un « regard aiguisé et pénétrant ».

Monique, elle était d’un tempérament qui n’attendait pas qu’on lui accorde la permission de quoi que ce soit pour être qui elle était et faire ce qu’elle voulait faire. On sentait ça chez elle. Je pense que c’est ce qui a frappé dans les interprétations de tous les rôles qu’elle a abordés. Il y avait cette force de caractère, cette espèce d’énergie très terrienne, qui faisait qu’elle prenait sa place. Il y avait quelque chose là-dedans de très séduisant, de très moderne, qui nous donnait envie d’en faire autant. Et elle avait un sex-appeal absolument renversant, affirme-t-elle.

Quand je pense à Monique Mercure, je pense à un sentiment de liberté, de force. C’est ce souvenir que je vais garder d’elle.

Marie-Thérèse Fortin, comédienne
Monique Mercure a l'air sérieuse.

Monique Mercure a fait partie de l'équipe qui a créé le Bye Bye 1980.

Photo : Radio-Canada / Archives

Ça m’attriste d’autant que, dans un sens, c’est Deux femmes en or qui a lancé Monique Mercure pour de bon. Elle ne jouait pas beaucoup à l’époque et m’avait dit que si je faisais un film, elle voulait jouer dedans. Avec Marie-Josée Raymond, on a un peu écrit le film pour elle, raconte Claude Fournier, réalisateur de cette comédie culte produite en 1970.

Le cinéaste de 88 ans se souvient de leur rencontre : J’ai connu Monique quand j’avais 21 ou 22 ans. C’était quelqu’un de clair-obscur, ce n’était pas juste une femme lumineuse, elle était aussi angoissée, comme beaucoup de gens de talent. Ce n’était pas une femme comme les autres.

Ce qui était le plus remarquable chez Monique, c’est qu’elle donnait toujours son 110 %, comme on dirait au hockey. Je vais me rappeler de sa fougue, de son ardeur, de sa passion. Ce n’était pas une femme à moitié, témoigne-t-il.

Monique Mercure et Louise Turcot.

Monique Mercure et Louise Turcot dans le film Deux femmes en or du cinéaste québécois Claude Fournier.

Photo : France Film/Les films Claude Fournier

Sur Twitter, la comédienne Salomé Corbo a rendu hommage à l'artiste avec qui elle a eu la chance de travailler. J'ai eu l'immense honneur de jouer avec la magnifique Monique Mercure, dans un scénario que j'avais écrit pour elle et moi, dans la série États-Humains. L'épisode avait pour titre Tendresse. Alors c'est avec tendresse et admiration que je vous dis merci pour tout Mme Mercure.

La classe politique a également salué la contribution de l'artiste à la société québécoise.

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau a déclaré sur Twitter : Une grande actrice canadienne s’est éteinte. Monique Mercure a marqué plus d’une génération de Canadiens. Elle a contribué à faire rayonner le cinéma québécois au-delà de nos frontières, et son héritage se perpétuera à travers son œuvre. Mes pensées accompagnent ses proches.

Pour sa part, le premier ministre du Québec a dit sur Twitter : Mes pensées vont à la famille et aux proches de l'actrice et grande officière de l’Ordre national du Québec, Monique Mercure, disparue à l’âge de 89 ans. Je vous offre mes plus sincères condoléances.

La ministre québécoise de la Culture Nathalie Roy a quant à elle affirmé : Monique Mercure nous laisse avec d’inoubliables rôles au théâtre, au petit et au grand écran, et autant de preuves de son immense talent et de son vaste registre. Mes condoléances à sa famille et à ses proches.

Monique Mercure détourne les yeux.

La comédienne Monique Mercure en 1963

Photo : Radio-Canada / Henri Paul

Une longue carrière

Monique Émond, alias Monique Mercure, est née à Montréal en 1930. Jeune, elle se destinait à une carrière de musicienne. Violoncelliste, elle est diplômée de l’École de musique Vincent d’Indy en 1949.

Elle s’intéresse par la suite à la danse et au théâtre. Elle s’envole pour Paris afin de parfaire sa formation théâtrale.

Elle épouse le compositeur Pierre Mercure en 1949. Avec lui, elle aura trois enfants : Michèle et les jumeaux Christian et Daniel. Le couple divorce en 1958.

Au fil des décennies, Monique Mercure est devenue une personnalité incontournable du cinéma, de la télévision et du théâtre au Québec. Son curriculum vitae est impressionnant : elle a notamment joué dans plus de 65 films plus de 100 pièces de théâtre.

Monique Mercure, dans un costume des années 1920, est assise à un bureau, souriante.

La comédienne Monique Mercure en 1975 dans la série télévisée « Le Gutenberg »

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

En 1960, Monique Mercure jouait son premier rôle dans la pièce L’Opéra de quat’sous, présentée au Théâtre du Nouveau Monde.

En 1977, elle devient la première Québécoise à obtenir le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes pour le film J.A. Martin, photographe, de Jean Beaudin.

Au cinéma, l’actrice a collaboré à des films marquants comme Mon Oncle Antoine de Claude Jutra, Le Violon rouge de François Girard, Emporte-moi de Léa Pool, Dans le ventre du dragon d’Yves Simoneau et bien sûr Deux femmes en or du cinéaste Claude Fournier.

Au cours de sa longue carrière, l'actrice aura été dirigée par divers réalisateurs et metteurs en scène québécois de renom : André Brassard, Lorraine Pintal, Dominic Champagne, Wajdi Mouawad, Alice Ronfard, René Richard Cyr, André Melançon, Fernand Dansereau et Martine Beaulne pour n'en nommer que quelques-uns.

Monique Mercure a aussi joué à l’extérieur du Québec avec de grands acteurs et d’éminents réalisateurs de cinéma comme Paul Newman, Robert Altman, Claude Chabrol et David Cronenberg.

Monique Mercure.

La comédienne Monique Mercure

Photo : Édouard Plante

Au théâtre, elle a collaboré à des pièces d’envergure comme Albertine en cinq temps du dramaturge Michel Tremblay, La Mouette d'Anton Tchekhov, L'hiver de force de Réjean Ducharme, Le Tartuffe de Molière ou encore Les Troyennes d'Euripide.

À la télévision, la comédienne a participé à de nombreuses productions comme Sous le signe du lion, Le retour, Innocence, Miséricorde, Monsieur le ministre, L’Héritage et Tout sur moi.

Ces dernières années, on a pu la voir dans des séries de Radio-Canada comme Providence et Mémoires vives.

Monique Mercure s’est également donnée à l’enseignement en 1990 à l’École nationale de théâtre du Canada. De 1991 à 1997, elle en deviendra la directrice générale.

En même temps, elle siège au Conseil des arts du Québec, de 1993 à 1996.

Monique Mercure tient son prix dans ses mains.

La comédienne Monique Mercure a gagné un prix Gémeaux en 20019 pour son rôle dans le téléroman Providence.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Au cours de sa carrière, elle a remporté plusieurs prix et distinctions.

Elle décroche en 2007 et en 2009 le prix Gémeaux de la meilleure interprétation pour un premier rôle féminin dans un téléroman pour son travail dans Providence.

Elle obtient le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 1993. La même année, on lui remet l’insigne de compagnon de l’Ordre du Canada.

L’artiste a reçu la médaille de grande officière de l'Ordre national du Québec en 2010.

Monique Mercure aux côtés de Jean Charest.

Monique Mercure a reçu la médaille de grande officière de l'Ordre national du Québec de la part du premier ministre Jean Charest le 3 juin 2010.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

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