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Prévenir les maladies, le rôle crucial de la santé publique

« Nous essayons de convaincre le gouvernement que son rôle, c'est de faire des choix santé les choix les plus faciles », explique l'ex-médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique.

Le médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, Perry Kendall.

Perry Kendall a occupé le poste de médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique de 1999 à 2018.

Photo : La Presse canadienne / Chad Hipolito

Depuis le début de la propagation du nouveau coronavirus au Canada, directeurs de la santé publique, épidémiologistes et autres experts de ce domaine crucial pour le bien-être de nos sociétés sont plus visibles et audibles que jamais. Mais quel rôle exactement, lorsqu'il n'y a pas de pandémie, joue la santé publique?

Notre travail, c’est de prévenir les maladies, résume l’ancien médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, Perry Kendall. Et de rappeler que nous sommes tous capables de vivre en meilleure santé.

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, on connaît la maladie dont il faut prévenir la propagation, et les actions prises par les gouvernements sont évidentes aux yeux de tous, tout comme le rôle qu’y joue la santé publique.

Toutefois, en temps normal aussi, dans toutes les sphères de notre société, une série d’actes motivés par des impératifs de santé publique sont posés régulièrement.

La vaccination des enfants contre la rougeole, la rubéole et les oreillons, en est un exemple. L’inspection des aliments, pour limiter certains types de contamination bactérienne, en est un autre.

La santé publique, c’est essentiellement dans tout, dit le Dr Kendall. Hygiène publique, immunisation et lutte contre les maladies infectieuses, mais aussi adoption de saines habitudes de vie, précise-t-il.

Un environnement de vie défavorable – peu d’espaces verts à proximité de chez soi, offre commerciale restreinte, notamment – conjugué à des capacités financières limitées, peut mener facilement à des habitudes de vie – consommation fréquente de malbouffe, absence d’activité physique – néfastes pour la santé, explique-t-il.

Une foule de monde à English Bay, à Vancouver, le 20 mars 2020.

La présence d'un parc à proximité de chez soi incite à l'activité physique, affirme le Dr Kendall.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Un des rôles de la santé publique est ainsi d’amener les gouvernements à influer sur l’ensemble de ces variables socioéconomiques. Parce qu’ils gagnent à le faire, assure le Dr Kendall.

Une épidémie d’obésité, par exemple, en augmentant la prévalence du diabète et des troubles cardiaques dans la population, contribue à alourdir le fonctionnement du système de santé en surchargeant les salles d’opération des hôpitaux.

Nous essayons de convaincre le gouvernement que son rôle, c’est de faire des choix santé les choix les plus faciles.

Dr Perry Kendall

Cela passe parfois par la mise en place de politiques pas toujours populaire, comme la taxation. Le Dr Kendall aimerait par exemple voir les provinces mettre en place une taxe sur les boissons gazeuses pour en limiter la consommation, un projet qui ne fait pas l’unanimité.

Selon lui, l’un des meilleurs exemples de réussite de la santé publique reste la lutte contre le tabagisme, qui a opposé les gouvernements à l’industrie du tabac à partir des années 60 et 70.

Les lobbyistes disaient qu’informer les gens [sur les dangers du tabac], ce serait suffisant, rappelle le Dr Kendall. Les gouvernements, conseillés par la santé publique et sous la pression de groupes antitabac, ont plutôt élaboré avec le temps des politiques combinant taxation, campagnes de sensibilisation, interdiction de publicité et restrictions de la consommation dans les lieux publics.

En 2018, le taux de fumeurs était d’environ 16 % au pays, selon Statistique Canada, contre près de 50 % en 1965.

Une cigarette entre les doigts (archives)

La lutte contre le tabagisme est une des « réussites » de la santé publique, affirme le Dr Kendall.

Photo : La Presse canadienne / Pawel Dwulit

Persuader les politiciens

Les employés de la santé publique, vu la nature de leur travail, sont souvent employés par l’État, ou du moins collaborent avec lui.

Nous tentons de fournir au gouvernement les outils, les informations et les preuves qu’ils peuvent ensuite incorporer dans leur pouvoir décisionnel, indique Peter Berman, le directeur de l’École de santé publique et de la population de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

La capacité de transformer les recommandations de la santé publique en politiques publiques relève de décideurs politiques. Les convaincre nécessite à la fois de la transparence et des démonstrations scientifiques convaincantes, affirme le Dr Berman.

Convaincre la population d’appuyer ces politiques n’est pas toujours facile non plus.

Une partie conséquente de la société, par exemple, s’opposera toujours à la mise en place d’une nouvelle taxe, ou encore à des mesures contraignantes comme la vaccination obligatoire, voire le port imposé du casque de vélo.

Il faut trouver un équilibre entre la liberté des individus de faire ce qu’ils veulent, mais aussi convaincre le gouvernement d’aller de l’avant avec des mesures parfois impopulaires, note Peter Berman.

Peter Berman en plan rapproché.

Le Dr Peter Berman dirige l'École de santé publique et de la population de l'Université de la Colombie-Britannique.

Photo : UBC

Les scientifiques qui travaillent dans la santé publique doivent aussi croire un minimum dans le bon sens de la population et lui communiquer des informations honnêtes et fiables, s’ils veulent gagner leur confiance, précise-t-il.

Il faut avoir la conviction fondamentale que les gens sont capables de faire la part des choses entre leurs désirs, leurs besoins et leurs intérêts individuels et les besoins de la société dans son ensemble.

Dr Peter Berman

Cela ne signifie pas que la santé publique a toujours, ou doit toujours, avoir le dernier mot. Nous avons une obligation spéciale de promouvoir la santé, note le Dr Berman. Nous lui donnons une valeur spéciale, mais d’autres peuvent donner plus de valeurs à d’autres choses.

Les libertés individuelles et l’autonomie de la personne, ou encore le développement économique et la préservation des emplois, en sont des exemples.

Le paradoxe de la santé publique

Pour bien saisir l’importance de la santé publique, explique le Dr Berman, il faut bien comprendre l’une de ses caractéristiques fondamentales, qui est aussi un point faible.

Nos plus grands succès, c’est lorsque quelque chose ne se produit pas, illustre-t-il, un réel défi lorsque vient le temps de défendre un bilan.

La pandémie actuelle permet cependant, selon le Dr Berman, en comparant différents territoires dans le monde, de noter pourquoi certains ont mieux fait que d’autres et d’apprécier dans quelle mesure une part du mérite revient à la santé publique.

Plusieurs hommes portant des équipements de protection transfèrent le corps dans une voiture.

Des travailleurs d'un hôpital de Brooklyn, à New York, transportent le corps d'une personne décédée des complications de la COVID-19.

Photo : Reuters / Stefan Jeremiah

L’expérience que nous vivons actuellement en Colombie-Britannique en est un exemple formidable, dit le Dr Berman. En répondant tôt et fermement contre la COVID-19, croit-il, la province a géré la crise de façon exemplaire par rapport à certains États américains ou à d’autres provinces canadiennes.

La santé publique est réellement mise de l’avant quand il y a une crise, observe de son côté Perry Kendall, soulignant qu’elle est souvent sous-financée parce que les êtres humains ont tendance à réagir à un problème une fois qu’il survient – parfois trop tard.

C’est une question de pression politique : on a soudain beaucoup d’argent à injecter en temps de crise, mais beaucoup moins une fois que les gens l’oublient.

Dr Perry Kendall

Aider les personnes défavorisées

Certaines tranches de la population sont plus à risque que d’autres de contracter des maladies infectieuses ou encore de souffrir de maladies ou d’affections chroniques.

Dans le cas de l’épidémie de COVID-19, on pense tout de suite aux personnes âgées, puis aux travailleurs de la santé ou ceux considérés comme essentiels, dont plusieurs sont issus des minorités visibles.

D’autres problèmes, comme l’obésité ou la malnutrition, qui peuvent avoir un impact majeur sur la santé d’une personne, sont souvent liés à des facteurs comme la classe sociale et le revenu familial.

Un homme avec un surplus de poids traverse une rue de Montréal.

Plus d'un quart des Canadiens sont obèses, selon Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un des domaines d’intervention de la santé publique, c’est de mettre l’accent sur les besoins de ces groupes plus désavantagés de la société, explique le Dr Berman. C’est parfois un défi pour la majorité des gens, qui peuvent se demande : “Pourquoi devrais-je abandonner quelque chose, ou avoir à prendre soin de ce groupe qui constitue une minorité?”

Comme la santé publique met l’accent sur la santé de la population, précise-t-il, et pas seulement de l’individu, comme la médecine, ses défenseurs sont souvent forcés de plaider en faveur d’un minimum de responsabilité sociale.

Selon le Dr Perry Kendall, cela rend leurs discours moins populaires auprès de tendances politiques qui préconisent plutôt un certain laisser-faire et un désengagement de l’État en matières sociale et économique.

De crise sanitaire en crise sanitaire

Parmi les groupes désavantagés de la société, on retrouve les utilisateurs de drogues injectables.

Non seulement sont-ils plus à risque de contracter des infections transmissibles par le sang, comme le VIH ou l’hépatite B, mais ils risquent également, depuis les dernières années, de mourir par surdose en raison d’opioïdes puissants comme le fentanyl.

En Colombie-Britannique, la province qui compte le plus de morts par surdose en proportion de sa population, il y a environ trois personnes par jour, en 2019, qui ont perdu la vie pour cette raison.

Une voiture de police dans une ruelle du quartier Downtown Eastside de Vancouver, connu pour sa population itinérante et son épidémie de surdoses.

Au Canada, entre janvier 2016 et septembre 2019, on compte plus de 14 700 décès associés à la consommation d’opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Le Dr Perry Kendall était médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, le 16 avril 2016, lorsque la province a déclaré l’état d’urgence sanitaire pour mieux lutter contre la crise des opioïdes : C’était la première fois qu’on utilisait ainsi la Loi sur la santé publique. De faire une telle déclaration, et recourir aux pouvoirs de la santé publique, ça a habitué le gouvernement à l’idée qu’on a ces pouvoirs.

Selon le Dr Kendall, la province a indirectement tiré profit de l’existence de cette première crise pour mieux affronter la pandémie, même si toutes les deux ne font pas bon ménage.

Son visage était connu, dit-il, à propos de la médecin hygiéniste en chef actuelle de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry. On était habitué au leadership de la santé publique.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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