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La recherche maritime plombée par la pandémie

Un bateau navigue des eaux glacées.

Des missions scientifiques à bord de l'Amundsen ont été reportées à 2021 en raison du coronavirus.

Photo : Getty Images / Clément Sabourin/AFP

Maintenir la distanciation physique sur des navires aux espaces exigus complique les missions de recherche scientifique. Quand elles ne sont pas carrément reportées ou annulées, elles sont scindées et les attentes sont revues à la baisse. Des chercheurs s'estiment tout de même chanceux de pouvoir sauver la mise.

Laboratoires difficilement accessibles, retards de préparation, équipes et équipages réduits : les scientifiques qui prévoyaient aller en mer pour récolter de précieuses données font face à toutes sortes de défis. Déjà que les navires de recherche ne sont pas légion au pays.

La Garde côtière canadienne (GCC) confirme qu'une partie des activités scientifiques prévues cet été sur le NGCC Amundsen n'auront pas lieu.

Il reste des inconnues et des incertitudes. À ce stade, plusieurs segments de la mission 2020 ont déjà été reportés à 2021, notamment les travaux en mer de Beaufort et dans l'archipel canadien, explique le porte-parole Barre Campbell.

Même sans pandémie, la saison de recherche est relativement courte sur le NGCC Amundsen, qui partage son temps entre la science (en été) et le déglaçage. Amundsen Science, entité qui coordonne les travaux scientifiques, est en pourparlers avec la GCC, propriétaire du navire, pour maintenir une mission réduite tout en respectant les consignes sanitaires.

La GCC assure par ailleurs ses activités essentielles auprès des communautés nordiques. Isolées et plus vulnérables si le coronavirus devait s'y propager, des mesures ont été prises pour s'assurer de les protéger.

Suivis cruciaux

Dès le début de la pandémie, les activités du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM) ont été affectées. Pilotant le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins, les équipes ne se déplaçaient plus pour des signalements de carcasse ou de présence animale.

À moins qu'il y ait un enjeu de sécurité publique, précise Robert Michaud, président du GREMM. Les régions étant fermées et la protection de la faune sauvage n'étant pas considérée comme une activité essentielle, il était tout simplement impossible de bouger.

Le GREMM a reçu une première autorisation vendredi soir, pour se rendre auprès de la première carcasse de béluga de la saison, trouvée à Matane.

Carcasse de béluga femelle

Le GREMM vient tout juste de recevoir le feu vert pour se rendre jusqu'aux carcasses de baleines, essentielles pour la compilation de données.

Photo : David Michaud

Pour les sorties de recherche, débutant généralement vers la fin mai, le GREMM a préféré repousser son calendrier. Tous les nouveaux projets ont été reportés à l'an prochain.

Le suivi de la population de bélugas, en voie de disparition, sera la priorité. Le groupe entend maintenir tout projet long terme pour lequel une pause constitue un drame, un trou important dans les données. Comme la photo-identification des bélugas, qui peut aussi se faire à partir de postes d'observation sur la terre ferme.

On fait preuve de plus de créativité et d’insistance, explique Robert Michaud. Des plans de contingence ont été développés pour le Bleuvet, navire du GREMM ne pouvant accueillir que 6 personnes.

Assurer un minimum de suivi, c’est vraiment important, mais on ne le fera pas au coût de ne pas respecter les règles.

Robert Michaud, président et directeur scientifique du GREMM

La recherche sur l'effet du bruit dans le Saint-Laurent sera elle aussi maintenue et pourrait même profiter de conditions expérimentales un peu inespérées, ajoute Robert Michaud.

Bien que le groupe Ocean Wise (Vancouver) ne puisse mener ses recherches cet été, des balises acoustiques autonomes seront posées afin de permettre la collecte sans intervention sur le terrain. Certaines étaient déjà en place dans le Saint-Laurent.

M. Michaud croit qu'il sera intéressant de voir si la réduction du trafic maritime affecte le comportement des baleines. 2020 pourrait être exceptionnelle pour la navigation maritime. D'où l'intérêt de vérifier le comportement des résidents de l'estuaire et, par exemple, s'il y aura des répercussions sur les naissances l'an prochain.

Équipages réduits

Le ralentissement des activités est similaire pour le Coriolis II, navire de recherche appartenant à l'Université du Québec à Rimouski. Sur les quatre missions projetées cet été dans le Saint-Laurent et dans le golfe, une a déjà été reportée, soit celle du professeur de géologie Patrick Lajeunesse, de l'Université Laval. Elle visait à récolter des données sur la composition des fonds marins.

Non seulement il y a des contraintes pour la mission comme telle, mais il y a des contraintes dans les universités. Il y a un aspect de préparation d'équipement, de tests à faire avant. Il n'y avait pas assez de temps dans ce cas-ci pour se préparer adéquatement, souligne Dany Dumont, professeur à l'Institut des sciences de la mer (ISMER) et directeur général du Réseau Québec Maritime.

Le navire Coriolis II amarré au quai de Rimouski

L'équipage et le nombre de scientifiques à bord du Coriolis II seront réduits de moitié.

Photo : Radio-Canada / Sandra Fillion

Les trois autres missions sont en cours d'adaptation afin de préserver un noyau de données intéressant. L'une d'elles, qui s'intéresse à la dispersion des eaux de surface, a été scindée en deux. On réduit les objectifs et on va en reporter une partie à l'année prochaine. Des scénarios similaires sont étudiés pour les deux autres sorties.

Dans tous les cas, tout sera au ralenti pour respecter les mesures sanitaires. Pouvant accueillir 28 personnes en temps normal, dont 14 scientifiques et 14 membres de l'équipage, le Coriolis II verra ses occupants réduits de moitié, toujours à parts égales.

Les personnes non essentielles à la collecte de données, comme des étudiants, ne pourront profiter de cette expérience unique.

Ça réduit la possibilité de faire de la formation. Ça réduit aussi la quantité de travail et le nombre d'opérations qu'on peut prévoir dans une mission pour ne pas surcharger le personnel.

Dany Dumont, chercheur à l'ISMER et directeur du Réseau Québec Maritime

Les cabines de deux n'accueilleront plus qu'une seule personne, toujours dans le but de limiter les interactions à bord. De plus, les chercheurs qui monteront sur le bateau devront effectuer une quarantaine de 14 jours avant de prendre le large. Même chose pour l'équipage.

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