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Une chercheuse franco-iranienne condamnée à cinq ans de prison en Iran

Fariba Adelkhah est une chercheuse du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.

Des manifestants avec en arrière plan la Tour Eiffel.

Un comité de soutien s'était rassemblé sur la place du Trocadéro, à Paris, le 11 février, pour demander la libération des scientifiques français Fariba Adelkhah et Roland Marchal arrêtés en juin 2019 en Iran.

Photo : The Associated Press / Michel Euler

Radio-Canada

Détenue en Iran depuis près d'un an, Fariba Adelkhah a été condamnée à cinq ans de prison pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale » et à un an pour « propagande contre le système », a déclaré, samedi 16 mai, son avocat, Saïd Dehghan.

L'arrestation de l’anthropologue franco-iranienne, en juin 2019, avait été dénoncée par la France, qui réclame sa libération, tout comme son comité de soutien à Paris.

Incarcérée dans la prison d'Evine à Téhéran, cette éminente chercheuse de 61 ans, spécialiste du chiisme, a toujours clamé son innocence.

La France, par la voix du chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian, a condamné samedi avec la plus grande fermeté ce verdict, exhortant Téhéran à libérer immédiatement Mme Adelkhah et réclamant un accès consulaire.

Cette condamnation n'est fondée sur aucun élément sérieux ou fait établi et revêt donc un caractère politique, a affirmé M. Le Drian dans un communiqué.

L'avocat de Mme Adelkhah a déclaré que l'universitaire franco-iranienne fera appel de la décision.

Affaiblie par une grève de la faim

Arrêtée en juin 2019 pour espionnage par les autorités iraniennes, la chercheuse a officiellement été condamnée à cinq ans de prison pour collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale ainsi qu'à un an pour propagande contre le système politique de la République islamique. Les accusations d’espionnage ayant été abandonnées, les accusations liées à la sécurité sont demeurées. Mme Adelkhah devra donc purger la peine la plus longue.

Le procès de la chercheuse s'était ouvert le 3 mars devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran. À l'issue de la deuxième audience le 19 avril, son avocat avait dit espérer une relaxe.

Fariba Adelkhah a été très affaiblie par une grève de la faim de 49 jours entre fin décembre et février, selon Me Dehghan, qui a évoqué une maladie rénale.

Son collègue et compagnon, Roland Marchal, avait également été arrêté en juin 2019, alors qu'il venait lui rendre visite à Téhéran. Accusé comme Mme Adelkhah de « collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale », il a fini par être relâché fin mars. Téhéran avait alors évoqué un échange avec un ingénieur iranien détenu en France et menacé d'extradition vers les États-Unis.

Spécialiste de l'Afrique subsaharienne, M. Marchal est, comme Mme Adelkhah, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.

Vu qu'au moins deux personnes doivent être impliquées dans l'accusation de « collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale », il se peut que la seconde soit M. Marchal, dont l'affaire n'a pas été classée même s'il a été libéré, a estimé samedi Me Dehghan.

L'accusation de « propagande contre le système politique » se réfère à des propos de la chercheuse sur le port du voile en Iran, mais, toujours d'après l'avocat, il s'agit de remarques d'une universitaire plus que d'un jugement de valeur.

Appel à la suspension de coopérations France-Iran

Après sa grève de la faim, le comité de soutien de Mme Adelkhah s'était alarmé des risques de propagation de l'épidémie de COVID-19 dans les prisons d'Iran, un des pays les plus touchés au monde avec près de 7000 morts.

Les arrestations d'étrangers en Iran, notamment des binationaux, souvent accusés d'espionnage, se sont multipliées depuis le retrait unilatéral en 2018 des États-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement de dures sanctions américaines contre Téhéran.

Le comité de soutien de Mme Adelkhah, à Paris, a dénoncé samedi une procédure judiciaire ressemblant au Procès, de Kafka. Il a également appelé à suspendre toutes les coopérations scientifiques institutionnelles avec l'Iran : comment continuer à travailler avec un État qui nie l'essence même de notre métier et qui, plus largement, viole les fondements les plus élémentaires de la liberté d'expression et de penser?

La dureté de cette partie de bras de fer ne nous surprend pas, a commenté le professeur Jean-François Bayart, membre du comité de soutien, soulignant cependant que Mme Adelkhah, prise dans un billard à trois bandes, demeurait extrêmement combative, lucide et déterminée.

Au cours des derniers mois, l'Iran a procédé à plusieurs échanges de prisonniers avec des pays détenant des ressortissants iraniens condamnés, en attente de procès, ou menacés d'extradition vers les États-Unis.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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