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Aide financière : les villes à bout de patience

Les maires seraient dans l’obligation d’augmenter les taxes ou de couper dans les services.

Une femme avec un masque passe à distance d'un banc public sur lequel une autre femme est assise. Cette dernière regarde la ville de Toronto.

La ville de Toronto estime qu’elle perd 65 millions de dollars par semaine.

Photo : Radio-Canada / Evan Tsuyoshi Mitsui

Les maires de plusieurs grandes villes canadiennes tirent la sonnette d’alarme et demandent une bouffée d’oxygène au gouvernement Trudeau et aux provinces, faute de quoi il leur faudra augmenter les taxes ou couper dans les services. La frustration monte et les milliards se font attendre.

En ce moment, ni le provincial ni le fédéral ne nous aident et ne peuvent nous parler franchement de ce que nous allons faire de nos budgets, qui vont être dans le rouge, s’insurge la mairesse de Montréal en entrevue à Radio-Canada.

Les revenus des grandes villes s’effondrent alors que des dépenses montent en flèche en raison de la pandémie. Des choix difficiles se profilent à l’horizon. Je commence à me demander si je vais devoir couper le transport en commun pendant l’été, se demande le maire d’Edmonton Don Iveson.

Il a déjà dû mettre à pied 4200 personnes employées par la ville ou des agences. Ça me brise le cœur de devoir faire ça pour réduire nos coûts, déclare-t-il.

Faut-il rappeler que, contrairement aux provinces et au fédéral, les villes n’ont légalement pas le droit d’enregistrer de déficit?

Soit je vais devoir couper dans les services, soit augmenter les taxes, ou les deux. Pour moi, ce serait terrible parce que je considère que les provinces et le fédéral ont besoin des villes dans cette crise.

Valérie Plante, la mairesse de Montréal

La ville de Montréal estime qu’elle pourrait se retrouver avec une facture pouvant atteindre 250 à 500 millions de dollars en raison de la crise. Je le prends où, ce 500 millions de dollars là? C’est impossible, c’est ingérable, déplore Valérie Plante.

La Directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, tient un document.

La mairesse de Montréal Valérie Plante et la Dre Mylène Drouin de la Direction de la santé publique de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La ville de Toronto estime qu’elle perd 65 millions de dollars par semaine. Si les municipalités étaient laissées à elles-mêmes pour éponger la facture, cela représenterait des augmentations de taxes foncières de 30, 35 ou 40 %, prévient le maire de Toronto John Tory. Ce ne serait pas soutenable pour les citoyens qui souffrent, affirme-t-il.

Pour Edmonton, les pertes pour l’ensemble de la crise atteindront probablement 90 à 230 millions de dollars sur un budget total de 3 milliards.

Pour la ville de Gatineau, la baisse de fréquentation du transport en commun représente à elle seule un manque à gagner de 3,6 millions de dollars par mois.

Pour beaucoup de grandes villes, la baisse de fréquentation dans les transports publics est le coup le plus important à encaisser. C’est sans compter les baisses de recettes liées à l’interruption des chantiers de construction, l’augmentation des dépenses liées aux services policiers et l’achat d’équipement.

L’appel a-t-il été entendu?

Deux hommes assis.

Le maire d'Edmonton, Don Iveson, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne

À la mi-avril la Fédération canadienne des municipalités a demandé à Ottawa une aide d’urgence de 10 à 15 milliards de dollars à court terme pour que les villes puissent absorber les impacts de la COVID-19.

Or, la réponse du fédéral et des provinces tarde à se matérialiser. Ça fait trois semaines qu’on a lancé un appel urgent et on ne sent pas que la discussion avance, constate le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin.

Nous commençons à en avoir assez de la lenteur du processus, dit Don Iveson, le maire d’Edmonton.

Le message qu’on reçoit c’est que vous n’êtes peut-être pas assez importants et vous allez faire partie du problème. Pour moi, c’est inacceptable.

Maxime Pedneaud-Jobin, le maire de Gatineau

Le maire de Gatineau se dit carrément insulté par l’attitude du gouvernement fédéral récemment. D’un côté on nous dit qu’on est des gouvernements de proximité, qu’on veut être des partenaires, puis là quand il y a une facture qui vient avec on nous dit : ”vous êtes une créature des provinces”. J’ai l’impression qu’on recule, explique-t-il.

Aux yeux de Valérie Plante, c’est à Ottawa de faire bouger les choses. Je demanderais au gouvernement [Trudeau] de faire preuve de leadership et d’entrer en discussion avec tous les gouvernements provinciaux afin qu’eux aussi contribuent et fassent partie de la solution, explique la mairesse de Montréal.

Don Iveson déplore que les villes soient écartées des discussions entre Ottawa et les provinces concernant l’argent qui leur revient.

Constitutionnellement, nous sommes à la table des enfants et il faut que ça change, explique le maire d’Edmonton.

Préparer la relance

Un homme avec une veston devant un podium.

Le maire de Toronto John Tory.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Des villes en mauvaise santé financière nuiront à la relance économique selon les élus municipaux.

C’est dans l’intérêt du pays de garder les villes en santé.

John Tory, le maire de Toronto

Le maire de Toronto, John Tory, rappelle que sa ville contribue à elle seule à 20 % de l’économie du pays. Des coupes dans le transport en commun ou les services à l’enfance pourraient faire mal à l’économie de sa ville, mais aussi du Canada.

À mesure que l’économie rouvrira, Don Iveson souligne qu’il aura besoin de personnel pour opérer son service de transport en commun et faire appliquer les mesures de distanciation sociale.

Depuis le début de la crise, Valérie Plante rappelle que Montréal a aidé des refuges pour itinérants et a fourni des autobus pour créer des cliniques mobiles, notamment.

C’est nous qui sommes sur la ligne de front, souligne Valérie Plante.

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